Des Vikings au grand coeur

Engagée en deuxième division nationale, l’équipe de football américain de Villeneuve-d’Ascq est celle qui compte le plus de licenciés en France, avec un modèle associatif bien défini. Et dont les actions ne se cantonnent pas aux terrains de sport.

L’équipe des Vikings pendant le match contre les Templiers d’Elancourt

Les Vikings contre les Templiers. Ce n’est pas le nom du dernier jeu vidéo à la mode mais l’affiche de ce samedi soir au terrain de la Tamise à Villeneuve-d’Ascq, dans la métropole lilloise, entre le club de la ville et leurs adversaires venus d’Elancourt, en région parisienne. Loin du spectacle à l’américaine, des concerts à la mi-temps, des danseuses et des publicités à la télévision, le football américain se joue ici, dans ce complexe sportif mal éclairé. Sur un terrain boueux, niché entre les barres d’immeubles et à deux pas du Stade Pierre Mauroy et ses près de 50 000 places. Depuis 2001 l’équipe première des Vikings de Villeneuve-d’Ascq joue ici ces matchs à domicile, dans la deuxième division du football américain français, appelée Casque d’Or.


« Une belle bande de pote ». Jean-Philippe Delporte, 39 ans, décrit son club dont il est membre depuis 1991. Il vient tout juste de passer la main à la présidence, après vingt ans passés à diriger le club comptant le plus grand nombre de licenciés dans l’hexagone, près de 500. Un club victime de son succès : « On refuse du monde, une centaine de personnes par an car on veut accueillir les gens dans de bonnes conditions. Notre but c’est que l’on joue. » Une équipe de football américain compte en moyenne une cinquantaine de joueurs (voir encadré), 63 joueurs à Villeneuve-d’Ascq, de 19 à 47 ans. Mais les Vikings, c’est aussi une équipe féminine, des équipes de jeunes mais aussi une équipe handisport, qui existent depuis cinq ans : « Ils sont 22 en sport adapté, de 20 à 58 ans. Nous avons un partenariat avec le centre des Lauriers à Ascq. », explique Jean-Philippe Delporte.

Au-delà du sport, le social

Après le match. Source : Facebook de l’ESBVA

Le club assume parfaitement sa vocation sociale, en proposant des animations dans les quartiers populaires de Villeneuve-d’Ascq, qui permet de repérer des jeunes qui peuvent à terme intégrer l’équipe première. « Nous proposons une licence au cours des animations, pour quatre séances, afin que les jeunes puissent tester. » Mais cette volonté de s’intégrer dans le paysage local va plus loin. Chaque lundi, depuis cinq ans, une quarantaine de membres du club part en maraude, comme n’importe quelle association d’aide sociale : « On donne à manger et des vêtements aux SDF. Décathlon nous a même donné des duvets et organise une collecte de vêtements. ».

Une initiative hors du circuit classique de l’aide sociale : « Cela nous permet d’être libres. » « On fonctionne sans subvention et on va où on veut, assume Jean-Philippe Delporte, on veut juste aider les gens dans la rue, au début ils ne savaient même pas que l’on était un club de football américain. » Les Vikings ne comptent que des bénévoles dans leur organisation, les joueurs ne sont pas payés. « Nous sommes la seule équipe de deuxième division pour qui c’est le cas. », se félicite Jean-Philippe Delporte. Il y a une centaine de bénévoles dont les missions vont de « conduire les enfants pour les matchs à tracer les lignes du terrain en passant par la communication. » « Tout le monde se connaît. », souligne Margaux Desmoudt, membre de l’équipe féminine et l’une des responsables de la communication.

Un modèle financier assumé

Une organisation associative pour un club qui vise la montée dans l’élite du football américain français, pour rejoindre les Spartiates d’Amiens, l’autre grand club de la région des Hauts de France. Mais avec un budget de 60 000 euros par an, les Vikings vont devoir passer un cap financier après le cap sportif. « On a plus de partenaires privés que publics, car c’est dur de débloquer des subventions, décrit Jean-Philippe Delporte. Si on veut monter en élite, il faudra tripler voir quadrupler notre budget. On souhaite également obtenir le statut de sport communautaire auprès de la MEL (Métropole Européenne de Lille) pour pouvoir débloquer des subventions. » En attendant, le club bénéficie d’un large réseau de « petits partenaires privés fidèles, qui soutiennent le club depuis 10-12 ans. » « On préfère les garder sur le long terme plutôt que de faire des “ one-shot “ ». Cependant, le club peut compter sur le partenariat du grand équipementier sportif local, Décathlon : « On a fait leur communication sur leurs équipements ». La location du « Kipstadium », des infrastructures dont l’entreprise est propriétaire, est possible lorsque les terrains des Vikings ne sont pas praticables.


Le club compte également sur la Ligue des Hauts de France, qui accueillera au Stadium de Villeneuve-d’Ascq la finale du championnat élite, pendant deux ans à compter de cette année (l’édition 2019 se tiendra le 29 juin). 10 000 personnes sont espérées, pour ce qui sera la grande fête du football américain nordiste. Et les Vikings seront au coeur de cette organisation.
« Quand les joueurs partent dans un autre club ils me disent “ C’est dur “ »,dit Jean-Philippe Delporte en souriant. Il n’y avait qu’une petite centaine de spectateurs samedi soir, sur des chaises faisant office de tribune, à assister au match remporté 13 à 0 par les Vikings de Villeneuve-d’Ascq face aux Templiers d’Elancourt. Mais Villeneuve-d’Ascq profite l’espace d’une soirée d’un parfum léger d’Amérique.

Florent Vautier

Le football américain, c’est quoi ?

C’est un sport dit « de gagne-terrain ». Chaque équipe évolue en attaque et en défense à tour de rôle. En attaque, une équipe à quatre tentatives pour franchir l’équivalent de dix yards, soit environ neuf mètres. L’objectif final étant d’amener le ballon dans la « end-zone », au bout du terrain, pour marquer six points, voir un ou deux de plus en cas de transformation. L’autre équipe, en défense, doit l’en empêcher. «  Il y a de tout. Il nous faut des gros pour bloquer, des joueurs qui courent vite pour courir à l’arrière, des puissants pour faire les blocs mais avec de la vitesse. Ça va de 60 kilos à 160 kilos », explique Jean-Philippe Delporte. Un match se joue en 4 quarts-temps de 15 minutes.

Ligue 1 : Monaco lâche encore des points face à Nîmes (1-1)

Bousculés en début de match, les Monégasques n’ont pas réussi à renverser le valeureux promu nîmois (1-1). Les hommes de Leonardo Jardim perdent une occasion précieuse de revenir sur l’OL et l’OM.

Le match : 1-1

Après un début de saison laborieux (5 points en 5 matches), et une défaite en Ligue des champions contre l’Atlético de Madrid mardi, les hommes de Leonardo Jardim n’avait qu’un objectif ce vendredi soir : gagner, enfin, à domicile et se relancer en championnat avant l’Olympico de dimanche soir. Face à eux, le Nîmes Olympique, promu séduisant et prolifique en ce début de saison avec déjà 12 buts inscrits (troisième meilleure attaque de Ligue 1). En mode diésel, l’ASM a dominé l’ensemble de la partie, sans parvenir à s’imposer (1-1). Le club de la principauté accuse déjà 2 points de retard sur l’OL, et cinq sur l’OM. Pire, il reste sur six matches sans victoire, sa pire série depuis huit ans (voir par ailleurs).

Avec six changements par rapport à l’équipe de mardi, Leonardo Jardim a misé sur la fraîcheur face à Nîmes. Inédite, la défense de l’ASM a surpris  : Raggi, Barreca et N’Doram remplaçaient Sidibé, Jemerson et Henrichs. Leur manque de complémentarité a vite sauté aux yeux. Antonin Bobichon plaçait deux frappes lointaines, et dangereuses, avec trop de facilité (3e, 9e). Déjà buteur contre Paris, le milieu nîmois s’est mué en passeur à Louis-II. À la retombée d’un de ses coups francs, Briançon plaçait une tête puissante sous la barre de Benaglio (1-0, 19e). La gâchette nîmoise frappait encore. Mais les faiblesses défensives de l’équipe de Bernard Blaquart n’ont pas disparu. Plein axe, Falcao égalisait d’une frappe lointaine (1-1, 27e). Intenable, le capitaine de l’ASM manquait le doublé, en butant sur Bernardoni  (39e). Excellent face à l’OM, le gardien nîmois a sauvé son équipe avant la pause, sur un coup-franc lointain de Tielemans (45e). Gêné en début de match, l’ASM terminait fort… 

… et repartait sur le même rythme. D’une frappe lourde, Diop faisait une nouvelle fois briller Bernardoni. À l’affut, Mboula ne cadrait pas sa reprise (48e). Monaco insistait, emmené par son capitaine Falcao. Mais, les tentatives du Tigre trouvaient la barre (53e) ou les nuages (57e). Dépassés dans le jeu, les Nîmois s’en sont remis aux coups de pied arrêtés. Le duo Bobichon-Briançon n’était pas loin de refaire le coup de la première période, mais Benaglio claquait en corner (63e). Leonardo Jardim décidait alors d’injecter du sang-neuf avec les entrées de Grandsir et Sylla. Le premier centrait pour le second, qui ne cadrait pas sa reprise (81e). Malgré l’entrée de l’attraction russe Golovin pour les vingt dernières minutes de jeu (voir par ailleurs), Monaco ne parvenait pas à prendre le dessus. Son maigre public peut être déçu : l’ASM n’a pris que deux points sur neuf possibles à domicile depuis le début de la saison.

Le fait du match : les premiers pas de Golovin

Transféré à prix d’or (30 millions d’euros) cet été, Aleksandr Golovin a disputé ses premières minutes sous le maillot de l’AS Monaco, ce vendredi soir face à Nîmes. Touché à la cheville droite début août, l’international russe a disputé vingt minutes, comme l’avait annoncé son entraîneur en conférence de presse.

S’il n’a pas réussi à débloquer la situation, Golovin a fait parlé sa technique par des décalages bien sentis (73e) et une frappe dangereuse (85e). Pour enfin lancer sa saison, l’ASM peut – et doit – compter sur sa star russe. Leonardo Jardim avait indiqué qu’elle aurait besoin de « deux ou trois matches » pour exprimer pleinement son talent. Vite, le temps presse.

Le joueur : Paul Bernardoni sort le grand jeu

Si le Nîmes Olympique est l’avant-dernière défense de Ligue 1, où en serait-il sans Paul Bernardoni ? Auteur d’un excellent début de saison, le gardien des Crocos a une nouvelle fois réalisé une grande partie à Louis-II. Après un début de match tranquille, il a sauvé son équipe avant la pause, avec deux réflexes spectaculaires sur une tête de Falcao (39e) et un coup franc lointain de Tielemans (45e).

L’ancien portier de Bordeaux a récidivé dès l’entame de la seconde période, avec une superbe horizontale sur une frappe lourde de Diop (48e). La chance était même de son côté : la barre transversale le sauvait sur une reprise de volée de Falcao à bout portant (53e). Autoritaire dans les airs, il dévie une reprise dangereuse de Sylla sur corner en fin de match (86e). Un match solide. Il sera, à n’en pas douter, l’un des hommes de clé de l’opération maintien.

Le chiffre : 6

L’AS Monaco n’a plus gagné depuis six matches, toutes compétitions confondues. C’est la pire série du club de la principauté depuis décembre 2010 (six matchs sans victoires également). Cette saison-là, l’ASM avait été reléguée en Ligue 2.

Clément Commolet

Arsenal : in Arsène, they trust

Les supporters d’Arsenal aiment Arsène Wenger, et ce malgré des dernières années en demi-teinte. Si aujourd’hui, beaucoup de Gooners réclamaient son départ, l’Angleterre et les supporters d’Arsenal ne semblent pas près d’oublier le charismatique entraîneur français.

L’image est irréelle. En mai dernier, Stoke reçoit dans son Britannia Stadium l’équipe d’Arsenal, cinquième du championnat et loin de ses objectifs de début de saison. Les hommes d’Arsène Wenger mènent tranquillement 4-1, quand cet avion passe, avec une banderole au message très clair : « Wenger out, means out » (Wenger dehors, ça veut dire dehors!)

Le clivage entre pro et anti-Wenger était à son paroxysme la saison dernière, entre ceux qui réclamaient à tout va la tête du technicien, et les autres qui défendaient l’homme qui a tant apporté à leur club. Wenger a finalement été prolongé pour deux ans. Mais cette saison, le constat était le même pour tous : les résultats catastrophiques pour un club de l’envergure d’Arsenal (actuellement 6ème du championnat), loin d’une qualification en Ligue des Champions, devaient pousser le Strasbourgeois vers la sortie.

Un « Arsène Who ? » bien lointain

Mais licencier Arsène Wenger, l’homme aux trois championnats et sept FA Cup, et surtout l’artisan de la saison des Invincibles, était impossible à imaginer pour le board du club comme pour ses supporters. La décision devait venir de lui-même. Et finalement, c’est le choix qu’a aujourd’hui fait Arsène Wenger. La dépêche est tombée avant onze heures, et a surpris tous les supporters. Arsenal sans Arsène Wenger ? Toute une génération a vécu avec lui. Kylian Mbappé n’était pas né quand l’Alsacien a pris son poste en Angleterre. Dans les esprits, Arsenal et Arsène Wenger étaient synonymes.

Pourtant, quand Wenger est arrivé en 1996, l’accueil est glacial. L’Evening Standard titre un cinglant « Arsène Who ? » (Arsène qui?), et les joueurs dans le vestiaire sont surpris de l’allure de prof d’histoire-géo de ce coach français au drôle d’accent anglais. Tout commence bien, quand le 12 octobre 1996, Wenger remporte son premier match sur le banc d’Arsenal contre Blackburn, champion d’Angleterre un an plus tôt, 2 à 0.

La première saison permet aux Gunners de monter sur le podium de la Premier League, une première depuis le titre de 1991. L’année suivante, Wenger signe le doublé championnat – coupe. Les supporters commencent à apprécier le coach français. Même si le jeu n’est pas flamboyant, les résultats suivent. Le légendaire Highbury s’enflamme peu à peu pour les hommes de Wenger.

Le titre d’Arsenal en 2002, acquis grâce à une victoire à Old Trafford 1-0, conforte le nouveau statut de l’ancien entraîneur de Monaco. Les « In Arsène we trust » fleurissent dans Highbury, que Wenger et le board d’Arsenal viennent pourtant de condamner. Mais la saison qui fera rentrer Arsène Wenger dans la légende, c’est évidemment celle des Invincibles 2003-2004.

Imaginez : une saison sans défaite en championnat ! Au total, les hommes de Wenger seront invaincus pendant 49 matchs. Mais l’histoire de Wenger s’écrit un doux soir de printemps de mai 2004. Le titre est alors déjà dans la poche, depuis le North London Derby. Avec un match nul 2-2 contre les Spurs, Arsenal remporte, sur la pelouse de son plus grand rival, un nouveau titre.

Quelques semaines plus tard, pour la dernière journée de Premier League, Arsenal, leader invaincu reçoit Leicester, assuré de la relégation, à Highbury. Les Gunners sont ultra-favoris, mais écrasés par la pression, ils n’arrivent pas à trouver la faille. Ils se retrouvent même menés à la demi-heure de jeu, sur une tête de Paul Dickov.

Highbury est tétanisé, et craint l’invraisemblable. Wenger sent son rêve de saison parfaite s’envoler. À la mi-temps, « Le Professeur » s’emporte. « Je leur ai dit : « Écoutez, nous avons gagné le championnat, je veux désormais que vous deveniez immortels. » Ils ont dû penser : « Ce mec est complètement fou. Qu’est-ce qu’il veut de nous ? De quoi est-il en train de parler ? » Mais quelque part, ils ont commencé à y croire », explique-t-il dans le livre Invincibles.

Sortis des vestiaires, les Gunners jouent libérés. Quelques minutes à peine après le discours de Wenger, Dennis Bergkamp lance Ashley Cole dans la surface des Foxes, et l’Anglais obtient un penalty. Thierry Henry le transforme et marque son trentième but en championnat. Vingt minutes plus tard, Patrick Vieira profite d’un nouveau caviar de Dennis Bergkamp pour offrir la victoire aux siens. Au coup de sifflet final, Highbury se lève, comme un seul homme.

La performance est inédite dans l’histoire de la Premier League, et risque bien de le rester. Manchester City s’y est frotté cette saison, sans succès. Le souvenir est resté dans les mémoires des Gooners comme l’apogée de la carrière de Wenger. Depuis ce soir, Arsenal n’a plus été champion d’Angleterre.

Les Gooners ont pourtant vibré, notamment sur la finale de la Ligue des Champions 2006. Arsenal menait encore 1-0 à un quart d’heure de la fin du match, avant de se faire crucifier par un Barça en supériorité numérique. 2006 est un tournant pour Arsenal. Le club enterre alors Highbury de manière glorieuse, avec une victoire 4-2 contre Wigan, un triplé de Thierry Henry et une ambiance d’anthologie.

Les résultats de ces dix dernières années sont moins glorieux pour Arsène Wenger. Les déceptions se sont accumulées en championnat et sur la scène européenne. Neuf longues années de disette ont frustré Wenger et tous les supporters. Et dernièrement, les FA Cup n’ont pas toujours réussi à sauver le bilan du coach français.

Et pourtant, au moment de baisser définitivement le rideau sur l’aventure de Wenger à Arsenal, les supporters se remémorent les grands souvenirs. La magie de Dennis Bergkamp, le sens du but de Thierry Henry, la technique d’Andrei Arshavin, la justesse du « Wengerball ». La victoire impossible à l’Emirates contre le Barça en 2011, le but de Wilshere contre Norwich, la démonstration en Lombardie en 2008 face au Milan A.C.

Finalement, la terrible blessure d’Eduardo (2008), les humiliations contre United (8-2 à Old Trafford en 2011) et contre Chelsea (6-0 à Stamford Bridge,pour le 1000e match de Wenger en 2014), ou la saison 2011, broyée par la défaite invraisemblable en finale de la League Cup contre Birmingham (2-1), seront oubliés des esprits des Gooners quand, le dimanche 6 mai prochain, ils fêteront leur coach pour son dernier match à domicile, contre Burnley.

Parce que malgré les critiques, Wenger était une institution en Angleterre. Certes de plus en plus critiquée. Pour la première fois de l’ère Wenger, Arsenal devrait terminer en dehors du top 5. Mais sa longévité exceptionnelle (22 ans) force le respect. Henry Winter, journaliste au Times Sport, raconte : « J’ai parlé avec un supporter d’Arsenal qui a 25 ans. Quand il était tout petit, ses parents ont divorcé. Il m’a dit qu’il n’avait jamais rencontré Wenger, mais il lui sera toujours reconnaissant, parce qu’il était la seule figure masculine stable de sa vie. Wenger était une constante. »

Depuis ce matin, les hommages de ses anciens joueurs et du monde du football se multiplient. Le départ acté, l’union sacrée est déjà en place, pour aller chercher un dernier trophée avec Arsenal, l’Europa League. Pour offrir à Arsène Wenger la sortie qu’il mérite.

Au Carrefour comme dans son salon

Amateurs de vélo ou non, ils étaient nombreux autour du Carrefour de l’Arbre en ce dimanche de Paris-Roubaix, dernier secteur pavé cinq étoiles avant l’arrivée au Vélodrome. Si certains sont venus pour l’événement sportif, la plupart était là pour la fête. C’est le cas du groupe d’amis de Jensy, venus tout droit de Gand, en Belgique.

Jensy et ses amis, aux couleurs de la Belgique, sont bien installés devant leur télévision. JM

« Il y a de la saucisse, il y a de la saucisse, faut pas hésiter à venir se servir ». La phrase est prononcée avec un fort accent belge. Sous sa tonnelle installée pour l’occasion, le voisin de Jensy donne le ton de la journée. Partage, amitié, barbecue. Sur les 2,1 kilomètres qui composent le Carrefour de l’Arbre, on entend le bruit des grillades sur les braises où qu’on aille.

Jensy et ses cinq amis sont installés depuis 10 heures ce matin, pour être sûrs de trouver la bonne place. Ils viennent de Kruishoutem, à une soixantaine de kilomètres de la frontière franco-belge. Leur emplacement est stratégique : troisième virage du secteur pavé, très légèrement en hauteur. Autour d’eux, le blé pousse. Ils le piétinent un peu en agençant leur campement. Les Flamands n’ont rien oublié. Bac de bières – de la Stella Artois dans des bouteilles en verre brun – fauteuils pliants, glacière. De quoi tenir au moins la journée. Ils ont allumé un peu plus loin un barbecue, sur lequel les saucisses commencent à cuire. Elles seront à point pour midi. Pour l’instant, on en est encore à l’apéro. Mais une chose étonne surtout. Ils regardent la télévision. En plein champ. « Un ami nous a prêté son groupe électrogène, comme ça on a de l’électricité » rit Maarten, l’ami de Jensy. Le bruit est tellement fort que les Belges ont mis le générateur au milieu du champ. « Il gêne moins. » A grand renfort de rallonges électriques, la télévision fonctionne parfaitement. « On regarde les coureurs à la télévision, et tout à l’heure ils seront devant nous », s’émerveille Jasmien, qui assiste pour la première fois à Paris-Roubaix. Ses amis sont, au contraire, des habitués de la course. Une flûte de champagne à la main, Hanne et son mari viennent « depuis dix ans ! Cette année, on a fait la surprise à mon neveu de l’emmener avec nous. C’est son anniversaire aujourd’hui, on ne lui avait pas dit où nous allions ». Même s’ils sont ici surtout pour l’ambiance et le partage, ils ont tout de même un favori. « Zdeněk Štybar » de la Quick Step, « leur équipe belge ». 

Le groupe électrogène, trop bruyant, est au milieu du champ pour ne pas gêner les voisins.

Plus tard dans la journée, le groupe d’amis est parti se dégourdir les jambes un peu plus loin. Ils retrouvent Stefani, une de leurs connaissances en Belgique. Mais n’essayez pas de lui dire qu’elle est Belge. « Je suis Flamande, moi ! » Elle vient au Carrefour de l’Arbre depuis trente ans. « J’en ai trente-quatre, alors vous voyez, ça fait un bout de temps ! » renchérit-elle. Cette année, elle est accompagné par un cousin et des amis, français. « C’est ça le Paris-Roubaix, c’est le mélange, la convivialité. C’est la magie de cette course », affirme Jérémie, qui est venu de Wattrelos, dans la banlieue lilloise. Certains s’étonnent qu’il porte un drapeau flamand sur les épaules. « Quand ils me demandent pourquoi, je leur rappelle que Lille est la capitale des Flandres ».

Belges et Français se retrouvent devant la télévision de Jérémie, à l’arrière de sa camionnette. AD

Les Français aussi ont leur télévision. Posée à l’arrière d’une camionnette cette fois. « Ça nous a pris dix ans pour être installé comme on l’est aujourd’hui », rajoute avec fierté Jérémie. Lui aussi vient depuis qu’il est petit. « À l’arrivée des coureurs, je suis un gamin, j’ai les poils qui se dressent. Vous savez, il y a deux jours importants dans l’année. Le jour de l’anniversaire de ma fille et le jour de Paris-Roubaix. » Que dire de plus pour illustrer tout l’amour du public pour cette course.

Antoine Decarne et Juliette Michenaud

2005, Paris-Roubaix privé de Trouée

Dans un état déplorable, le célèbre secteur pavé avait été supprimé du parcours. Une prise de conscience bénéfique pour sa sauvegarde.

La Drève des Boules d’Hérin est un mythe en sursis perpétuel. Dangerosité, herbe, boue, pavés trop disjoints… De nombreux problèmes ont souvent posé la question de sa suppression. En 2005, les organisateurs franchissent le pas, et décident de s’en passer. « En réalité, tout commence en novembre ou décembre 2004, raconte François Doulcier, président de l’association Les Amis de Paris-Roubaix. L’organisateur de Paris-Roubaix à l’habitude d’effectuer une reconnaissance des secteurs pavés à cette période. Cette fois, il a trouvé l’état de la trouée d’Arenberg particulièrement dégradé. Pour lui, il y avait des affaissements miniers localisés sur certaines zones. Le pavé était complètement recouvert de boue, de mousse, extrêmement sale. » Amaury Sports Organisation (ASO) juge que la course ne peut se dérouler dans ces conditions. En cas de pluie, les risques de chutes s’avèrent trop importants. Il prend la décision à la fin de l’année 2004. « Nous, on a été mis au courant le 2 ou 3 janvier 2005, continue François Doulcier. L’organisateur a demandé notre aide pour faire un parcours alternatif. »  Jusqu’ici, la Trouée avait tenu bon depuis son introduction en 1968. Même dans le contexte des graves chutes de Johan Museeuw en 1998,  ou de Philippe Gaumont en 2001.  Mais à la détérioration du sol, s’ajoute la vitesse d’entrée dans le secteur, de près de 60 km/h.

L’état déplorable de la Tranchée d’Arenberg fatal à Philippe Gaumont en 2001

 

200 000 euros de travaux

 

Quelques semaines plus tard, l’information sort dans les médias. « La nouvelle a fait l’effet d’une bombe. Les élus sont tombés des nues. On en a parlé énormément. » Si les voix sont tristes de voir disparaître une légende, toutes s’accordent à dire que des travaux sont nécessaires. L’organisateur confirme qu’il reviendra seulement si la Trouée subit un profond changement. « L’emballement médiatique a certainement aidé à la réaction très rapide suite au non passage. Plusieurs réunions techniques ont été organisées, auxquelles nous avons été conviés. A travers elles, on a défini ce que l’on pouvait faire, on a trouvé des financements, et on a cherché à  mettre en place les travaux. Nous voulions que Paris Roubaix retrouve au plus vite sa Trouée d’Arenberg. » Au total, plus de  200 000 euros sont alloués pour redonner un coup de jeune à la légende. Dès le mois d’avril 2005, les organisateurs annoncent son retour. Mais les travaux prennent toute l’année. « On a modifié plusieurs parties, explique François Doulcier. Tout d’abord,  des zones ont été repavées. Les joints des pierres ont été complètement refaits en sable. Ensuite, on a élagué les arbres les plus proches du chemin. » Cette manœuvre est importante. La Tranchée, contrairement à la plupart des secteurs, se situe en plein milieu d’une forêt dense. De fait, la lumière du soleil et le vent passent peu, ce qui empêche le sol de sécher, et de s’aérer. « On a également refait les bas-côtés,  pour que l’eau s’évacue bien. On a modifié la bande de roulement sur les côtés, et mis des barrières pour empêcher les coureurs de d’y passer. »

 

« Elle n’est pas indispensable »

 

Le travail a porté ses fruits, la Trouée d’Arenberg n’a plus disparu depuis. Même si les difficultés demeurent. L’herbe toujours plus présente impose un désherbage thermique sur les neuf cents premiers mètres. On prévoit aussi de mettre de nouveaux joints avec un mortier spécial, pour empêcher les mauvaises herbes de s’installer. Les efforts sont conséquents. Mais la Trouée est-elle éternelle ? « Elle n’est pas indispensable à Paris-Roubaix, selon François Doulcier. En 2005, nous avons eu droit à une très belle édition, marquée par une météo piégeuse. Au final, Tom Boonen a raflé sa première victoire. Il en a gagné trois autres avec la Trouée. Après, quand on parle de Paris-Roubaix à un étranger, il pense tout de suite à Arenberg. » Le mythe survit à l’enfer du temps.

Adrien Toulisse

Christian Prudhomme – « Paris-Roubaix est une course hors du temps »

Le directeur du cyclisme chez Amaury Sport Organisation (ASO) a rencontré les étudiants de l’École supérieure de journalisme de Lille, ce mercredi. L’occasion d’évoquer Paris-Roubaix, à trois jours du grand départ de la « reine des classiques ». 

Depuis 1896, Paris-Roubaix passionne les foules. Comment expliquer ce constant succès populaire ?

« C’est une épreuve qui a des racines. Il y a la partie sportive, mais aussi la mise en valeur du patrimoine et celui du lien social. Sur les routes de Paris-Roubaix, il n’y a que des gens qui sourient. 

Que pensez-vous, à titre personnel, de cette course ?

C’est la plus grande classique au monde, la reine des classiques, une course atypique, hors du temps. C’est une course qui a nulle autre pareille. Ce dont je rêve, dès l’année prochaine, c’est d’avoir un coureur comme Nibali au départ.

Quel est votre meilleur souvenir de Paris-Roubaix ?

En 2006, je garde en mémoire mon dernier Paris-Roubaix avec Jean-Marie Leblanc. On a crevé deux fois le même jour.  Il y a aussi la victoire de Fabian Cancellara en 2006 avec le passage d’un train de marchandises. Et puis Tom Boonen en 2016 qui attaque de très loin. Tout le monde voulait le voir gagner ! Il en était capable, mais c’est le « vieux » Hayman qui l’emporte.

Quelles sont les principales nouveautés de l’édition 2018 ?

La principale volonté, cette année, était de passer de 8 à 7 coureurs par équipe sur les classiques, pour des raisons de sécurité. Concernant le parcours, il y a un nouveau secteur, le numéro 25, à Saint-Vaast, un peu avant Arenberg.

La Trouée d’Arenberg reste un passage mythique…

La Trouée d’Arenberg, c’est 2 400m de pavés tout droit, c’est quelque chose de très particulier. On ne voit pas ça ailleurs. Les coureurs rentrent à quasiment 60km/h. C’est une vraie émotion pour eux depuis 50 ans, avec toute la légende qui va avec.

Pourtant, en temps de pluie, elle pourrait s’avérer dangereuse pour les coureurs.

Dès la fin de l’édition de ce week-end,  il faudrait faire d’autres travaux sur la Trouée d’Arenberg, pour que la question du danger ne se pose plus, notamment par temps de pluie. La région s’investit pour sauvegarder les pavés, qui sont indispensables à Paris-Roubaix.

Quelles sont les chances françaises pour cette édition ?

Arnaud Démare a fini 6e l’année dernière. Il aime cette course. Son manager Marc Madiot est habité par Paris-Roubaix (vainqueur en 1985 et 1991). Il transmet cette passion à Arnaud, qui sera bon. Et puis, Adrien Petit (originaire d’Arras) est un coureur qui sera là aussi. Après, Paris-Roubaix est une course exceptionnelle mais aussi injuste, et cela il faut l’accepter avant de partir. 

Est-il possible d’envisager une course féminine, comme lors du Tour des Flandres ?

Ce qui est certain, c’est qu’il faut développer le cyclisme féminin. Le problème auquel on se heurte est celui de l’organisation, notamment en matière de sécurité. On ne sait pas le faire, on n’en a pas les moyens. Et pour que ça marche, il faudrait la lier à la course masculine, sinon ça n’aurait pas de résonance médiatique. »

Clément Commolet et Adrien Toulisse.

Crédit photo : Julie Sebadelha.

 

 

Sagan, San Remo sans les maux ?

Moins de jours de course, peu de victoires. Le triple champion du monde Peter Sagan arrive sur Milan-San Remo dans des standards moins imposants qu’à son habitude. Mais ça ne l’empêchera pas de se présenter samedi au départ de la Primavera pour tenter de gagner une épreuve qui se refuse à lui.

Tous les ans, il croit tomber sur le pire scenario possible. Et tous les ans, pourtant, on lui réserve un nouveau script. Peter Sagan est tombé amoureux de Milan-San Remo. Mais l’idylle est tourmentée et la Classicissima le fait souvent tourner en bourrique.

Le Slovaque a accompagné les attaquants dans le Poggio, tenté sa chance en bas de la descente, patiemment attendu son tour dans le peloton, tout perdu alors qu’il était idéalement placé dans le final. Toutes les physionomies de course y sont passées, et on se demande bien ce qu’il lui manque pour enfin s’imposer.

Sagan possède l’une des pointes de vitesse les plus élevées du peloton. Mais ce n’est pas un pur sprinteur. Le triple champion du monde passe bien les bosses et la présence du Poggio en fin de parcours revient tous les ans comme un dilemme : y laisser des forces ou attendre sagement le sprint massif. L’année dernière, Sagan était le plus fort. Le coureur Bora a voulu mettre toutes les chances de son côté en éliminant les meilleurs sprinteurs, mais il a été pris à son propre piège : Michal Kwiatkowski l’a débordé sur la ligne après un sprint décollé d’école.

TOUJOURS LE PLUS FORT, JAMAIS VAINQUEUR

Peter Sagan tombe toujours sur un adversaire inattendu sur Milan-San Remo. En 2013, dans une édition dantesque rabotée d’une cinquantaine de kilomètres, il est le plus rapide sur le papier des six autres concurrents présents dans l’échappée. Mais il est battu par Gérald Ciolek, revenu de nulle part après une carrière qui n’avait en rien été celle qu’on lui promettait.

Cette année, son bourreau sur Tirreno-Adriatico Marcel Kittel, a pris le temps de la réflexion. Le coureur Katusha s’alignera finalement au départ à Milan pour la première fois. Mais encore faut-il que l’Allemand, pur sprinteur, passe les «Capi», les bosses qui émaillent la fin du parcours. Sagan sera en revanche débarrassé de Fernando Gaviria, qui s’est cassé la main en tombant la veille de l’arrivée de Tirreno. L’ancien lauréat (2009) Mark Cavendish pourrait également représenter une menace, mais le Britannique a très peu couru cette année, meurtri par des chutes à répétition.

Ses trois deuxièmes places sur la course des «Deux Mers» ne l’ont pas forcément rassuré, mais elles ont confirmé sa bonne forme. Sagan a surtout brillé sur les étapes qu’il avait cochées, comme à Filottrano et son final escarpé. Le Slovaque a réglé le sprint du groupe des favoris, quand tous les sprinteurs avaient déjà renoncé.

SAGAN COMPTE LES JOURS

«Il est désormais temps de se concentrer sur l’une des grandes classiques de la saison, Milan-San Remo», a-t-il déclaré après Tirreno. Mais l’objectif est dans sa tête depuis longtemps. Encore plus après sa deuxième place en 2017. L’obsession est tenace.

Le coureur Bora a revu sa préparation cette année et se présente au départ avec le plus petit nombre de jours de course dans les jambes (14) depuis sa première participation en 2011 (15). Il a notamment zappé les premières classiques flandriennes de la saison, le Het Nieuwsblad et Kuurne-Brussel-Kuurne.

Après avoir lancé sa saison très tôt en Australie, sur le Tour Down Under, Sagan a préféré partir en Espagne pour un long stage en altitude à Sierra Nevada. Le Slovaque est passé de l’hiver ibère à la pluie toscane. Sa course de reprise en Europe, sur les Strade Bianche, l’a surpris, l’arc-en-ciel camouflé dans une parka noire, sous une pluie battante. Discret, il a malgré tout pris la 8e place.

Une équipe renforcée

Sagan a souvent dû se débrouiller seul dans le final des classiques. Il n’a pas semblé perturbé pour autant. Mais quelques équipiers peuvent aussi le soulager. Bora-Hansgrohe a donc recruté Daniel Oss, ancien capitaine de route de Greg Van Avermaet, qu’il connaît bien pour l’avoir côtoyé chez Liquigas. L’Italien s’est classé 9e de la Primavera et a même joué sa carte personnelle dans le Poggio en 2015. Un homme de confiance, un homme de terrain.

«Le meilleur ne gagne pas toujours, avait lâché le Slovaque dépité à sa descente du podium l’année dernière. Le résultat est important mais assurer le spectacle pour les fans l’est tout autant. Kwiatkowski me doit quelques bières.» A moins que samedi soir, ce ne soit enfin à lui de payer sa tournée.

Laurent MAJUREL

Julian Alaphilippe, l’éclosion du printemps ?

Samedi aura lieu la 109ème édition de Milan-San Remo. Une semaine après sa décevante dix-huitième place sur Paris-Nice, le Français Julian Alaphilippe remonte sur selle pour la première classique de l’année. L’occasion pour celui qui tourne de plus en plus autour de la victoire, de remporter une classique. Pour la première fois.

 Cliquez sur la photo pour en apprendre plus sur Julian Alaphilippe

« Je finis complètement à la rupture. » Les premiers mots de Julian Alaphilippe sur la ligne d’arrivée sont clairs. Dimanche dernier à Nice, celui qui espérait mieux qu’une dix-huitième place a failli. Encore deuxième au classement général lors de l’antépénultième étape Sisteron-Vence (à 22 secondes du leader), il termine finalement Paris-Nice dix-huitième, à presque un quart d’heure du vainqueur espagnol Marc Soler. Même pas un Top 10. Les deux dernières étapes ont eu raison de lui. La météo capricieuse aussi – la neige et la pluie étaient au rendez-vous. Mais excepté ce dernier week-end de course, Alaphilippe est « content d’avoir été à l’avant et de [s]‘être battu tout au long de la course» Il poursuit même : « Je ne peux pas dire que je suis déçu, au contraire. Je tire beaucoup de motivation de cette course pour Milan-San Remo ».

Et cela tombe bien. À peine une semaine après la Course au soleil, Alaphilippe est de retour sur les routes. Italiennes cette fois, entre Milan en Lombardie et San Remo, sur la littoral méditerranéen. Le puncheur de 25 ans sera au départ du premier Monument de la saison. Son deuxième Milan-San Remo. Sa chance : être l’un des leaders de son équipe Quick-Step Floors. À ses côtés, Philippe Gilbert, grand habitué des courses de printemps et vainqueur du Tour des Flandres et de la Flèche Wallonne notamment. Et ces deux-là feront la paire samedi après-midi. Après le forfait sur blessure de leur sprinteur Fernando Gaviria (fracture à la main gauche sur le Tirreno-Adriatico), l’un des favoris, Quick-Step Floors mettra Alaphilippe et Gilbert dans les meilleurs conditions. À deux, ils vont essayer de faire exploser la course. Une occasion à saisir.

Le parcours que devra effectuer le puncheur français pour tenter de s’imposer en Italie

L’an dernier, le puncheur auvergnat avait terminé à la troisième place. La victoire s’était jouée au sprint, en compagnie de Peter Sagan et Michał Kwiatkowski (vainqueur). Une des conditions pour jouer la victoire finale : attaquer et se détacher dans l’ascension du Poggio (169 mètres d’altitude), dernière difficulté du parcours. Et c’est bien le point fort d’Alaphilippe. Puncheur hors pair, il peut se défaire des sprinteurs à quelques kilomètres de l’arrivée. Il doit même. Au risque, sinon, de reproduire le scénario de l’année passée : se retrouver trop court face aux sprinteurs sur la Via Roma et ainsi voir la victoire finale lui passer sous le nez. Encore une fois.

Milan-San Remo 2017 – sprint final entre Alaphilippe, Sagan et Kwiatkowski

Car depuis deux ans, Alaphilippe est tout près, tout proche d’une grande victoire. Outre sa première place sur le Tour de Californie 2016, il ajoute surtout des podiums à son palmarès. Mais jamais de victoires finales (voir ci-dessous). Il faut dire aussi que sa jeune carrière (débutée chez les professionnels en 2013) n’a pas été un long fleuve tranquille. Gangrenée par des problèmes de santé, même. Le jeune adepte du cyclo-cross se blesse une première fois au genou en 2010 – il pense alors à arrêter le cyclisme. Puis c’est la mononucléose en 2015 qui l’empêche de terminer sa saison. L’année dernière, il se blesse à nouveau au genou sur le Tour du Pays Basque. Opéré au printemps, il ne participe pas ni au Tour de France, ni aux Classiques ardennaises, pourtant l’objectif de sa saison. Mais il est toujours revenu. « C’est un gros travailleur » affirme son frère Bryan, lui aussi cycliste professionnel.

Julian Alaphilippe n’a jamais terminé premier d’une classique

La plus longue course d’une journée de la saison (près de 300 kilomètres) est élégamment surnommée la Primaverala Classique printanière. Samedi, Julian Alaphilippe sait ce qu’il lui reste à faire pour aller chercher, enfin, sa première grande victoire. La quatorzième française sur les routes de Milan à San Remo. Et la Primavera verra peut-être éclore un nouveau champion printanier.

OM-OL : Steve Mandanda – Anthony Lopes, la guerre des goals

Le choc Marseille-Lyon de ce dimanche s’annonce aussi alléchant que primordial pour la suite du championnat. Les portiers Anthony Lopes (OL) et Steve Mandanda (OM) feront partie des grands acteurs de la rencontre. Où en sont les deux gardiens des Olympiques cette saison ?

Ils font partie des meilleurs portiers du football français. Ils l’ont encore prouvé, le week-end dernier, lors de la 29e journée de Ligue 1. Anthony Lopes (Lyon, 27 ans) est parvenu à garder sa cage inviolée face à Caen, pour sécuriser le succès des siens (1-0). Quant à Steve Mandanda (Marseille, 32 ans), il a été le grand artisan de la victoire des Olympiens sur le sol toulousain (2-1).

Jérôme Alonzo, ancien gardien de but du PSG (2001-2008), aujourd’hui consultant pour France Télévisions, abonde : « Ce sont deux gardiens que j’aime beaucoup. Ils sont à la fois spectaculaires et décisifs. Et surtout, et c’est là qu’un goal est important :  ils rapportent des points. » 



Dimanche, Marseillais et Lyonnais s’affrontent au Stade Vélodrome. Et le duel  Mandanda-Lopes s’annonce comme un match dans le match. Lequel des deux portiers parviendra à rapporter des points à son équipe ?

Deux gardiens, une saison quasi-identique

D’un point de vue comptable, les performances de Steve Mandanda et Anthony Lopes sont très proches, cette saison. Le portier marseillais figure à la 3e place des meilleurs gardiens de Ligue 1 (note moyenne de 5,68 dans notre journal). Son homologue lyonnais est tout proche au classement (7e, avec 5,61). Cette tendance se retrouve bien au-delà d’une simple notation.



Pour Jérome Alonzo, ces deux gardiens « complets » possèdent de nombreuses caractéristiques communes : « Au niveau des réflexes, ils sont les meilleurs du championnat, avec Stéphane Ruffier (ASSE). Ils sont tous les deux véloces, agiles et bons dans le jeu aérien. »

Les similitudes valent aussi pour le déroulement de leur saison. Anthony Lopes et Steve Mandanda ont tous deux connu une première partie d’exercice probante. Le gardien lyonnais a notamment enchaîné quatre cleansheets consécutifs de la 10e à la 14e journée. Le portier marseillais a signé, quant à lui, plusieurs prestations remarquées à Nantes (1-0, 2e journée, 9 arrêts), contre Angers (1-1, 3e journée, 8 arrêts) et surtout à Lille (1-0, 11e journée, 12 arrêts).


VIDEO – Revivez la victoire de l’OM à Lille, avec la superbe prestation de Steve Mandanda.


Depuis début 2018, les deux gardiens olympiens sont plus en difficulté. En neuf matchs de championnat, Lopes n’a gardé sa cage inviolée qu’à deux reprises (à Guingamp et contre Caen). En plus, le portier lyonnais s’est montré particulièrement nerveux contre le PSG, le 21 janvier. Selon Alonzo, « son caractère est sa faiblesse. Il va finir par être un joueur très regardé des arbitres. »

Mandanda, lui, a bien réussi trois cleansheets (à Rennes, contre Strasbourg et à Caen). Mais le dernier en date remonte au 16 janvier dernier, contre le Racing. Pour Alonzo, rien n’est affolant : « Ils ne peuvent pas tout faire non plus. Et puis, quand on a plus de cent matchs de Ligue 1 dans les jambes, on a de quoi être confiant... »

Avantage Lopes dans les grands matchs

Pourtant,  une différence notable existe entre les deux gardiens cette saison. Elle concerne les performances dans les rencontres face aux meilleures équipes du championnat (PSG, AS Monaco, Olympique Lyonnais/Olympique de Marseille). Steve Mandanda a disputé quatres matchs de ce genre depuis le début de la saison. Anthony Lopes en a, lui, joué cinq. Et la balance des statistiques penche nettement en faveur du portier lyonnais. 



Sur ces seuls matchs-là, Lopes obtient une note moyenne de 6,2 dans nos éditions, contre 4,5 pour Mandanda. Ces chiffres sont corroborés par le premier Olympico de la saison, au Groupama Stadium, le 17 décembre dernier (victoire 2-0 des Gones). Ce soir-là, Lopes avait réalisé une performance de haut vol (6 arrêts). Mandanda, lui, avait commis une grossière faute de main sur l’ouverture du score du capitaine lyonnais, Nabil Fékir.

« Steve, c’est la force tranquille » J. Alonzo, à propos du gardien marseillais

De là à déduire une supériorité du portier de l’OL ? Jérôme Alonzo préfère mettre des gants : « Oui, Steve (Mandanda) a pris plus de buts qu’Antho (Lopes) face aux meilleures équipes du championnat. Mais, il ne peut pas sauver tous les matchs ! L’OM, dans sa globalité, est moins performant face aux grosses écuries.« 

L’ancien portier marseillais (1995-1997) poursuit : « Il connait très bien le foot, il ne se prend pas la tête. Il sait qu’une saison est très longue. Steve, c’est la force tranquille. Il est très concentré, très constant. Il a tout vu, tout connu. Il a été champion de France (avec l’OM, en 2010). Il a disputé des matchs internationaux, des gros matchs en Ligue des champions. » L’Olympico promet d’être intense, dimanche soir. Et les deux équipes auront besoin de leurs gardiens sous leur meilleur jour. 

Lutte pour le podium – Lyon, le dindon de la farce ?

Le titre de champion étant promis au Paris Saint Germain, la lutte pour les deuxième et troisième marches du podium demeure passionnante. Ils sont encore trois en lice pour deux places. Championne de France l’an passé, l’AS Monaco (2e, 60 pts) est pour l’instant la mieux placée pour accéder directement à la Ligue des champions. Derrière, l’Olympique de Marseille (3e, 56 pts) et l’Olympique Lyonnais (4e, 51 pts) restent à la lutte. Mais les Gones peuvent-ils tenir le rythme ? 

« On a besoin d’être en C1. » Simple, clair et concis. Le message est signé Jean-Michel Aulas, président de l’Olympique Lyonnais. Après avoir dominé le football français au début des années 2000, son club est plus à la peine ces dernières années. Pour repartir de l’avant,  l’OL a besoin de la Ligue des champions, pour ses revenus et de son exposition. La recette pour y accéder ? Faire partie du podium de la Ligue 1. Mais la concurrence est rude, et Lyon pourrait échouer dans sa quête…. À moins que.

La malédiction des mugs 

21 janvier 2018, 22h48. Excentré côté gauche,  l’attaquant lyonnais Memphis Depay reçoit le ballon. L’attaquant néerlandais rentre sur son pied droit, arme une frappe soudaine du coup du pied qui trouve la lucarne droite d’Alphonse Areola. Le but est magnifique, le stade explose. L’Olympique Lyonnais vient de battre le Paris Saint Germain, au terme d’un match dantesque.



Toute une ville s’embrase, et certains Lyonnais s’enflamment. C’est le cas des responsables de la boutique du club. Le lendemain, des mugs à l’effigie de la victoire sont mis en vente sur le site de l’OL. Depuis ? Les hommes de Bruno Genesio boivent la tasse. Les effets au classement sont immédiats. Entre la 22e journée (21 janvier) et la 28e journée (2 mars), Lyon passe de la 2e à la 4e place.



Surtout, qu’en même temps, les concurrents de l’Olympique Lyonnais engrangent des points. Depuis la victoire face à Paris, l’OL présente le pire bilan de tout le championnat, avec trois nuls et trois défaites en six matchs  ! À côté, l’AS Monaco enchaîne (4 victoires et 2 nuls), et l’Olympique de Marseille limite la casse (2 victoires, 3 nuls et une défaite).


 


Des carences dues à un manque d’expérience 

Face aux meilleures équipes du championnat, les coéquipiers de Nabil Fékir sont souvent au rendez-vous. Contre les trois autres mastodontes du championnat (PSG, AS Monaco, OM) l’Olympique Lyonnais présente un bilan plus qu’honorable  (3 victoires en 5 matchs contre les trois premiers de  Ligue 1).  C’est mieux que les Monégasques (2 victoires, 1 nul, 2 défaites) et les Marseillais (2 nuls, 3 défaites). Une tendace se dessine : l’OL sait gérer les grands rendez-vous.



Dans les rencontres de haut-vol, la fougue lyonnaise triomphe souvent. Mais l’OL se fait aussi remarquer par son incapacité à garder les scores. À moult reprises, les jeunes Gones menaient au tableau d’affichage, pour finalement se faire rejoindre. Retour sur quatre exemples marquants, qui ont finalement coûté huit points aux Lyonnais.



Comment expliquer cette mauvaise habitude ? Le manque d’expérience joue beaucoup. Depuis quelques années, la stratégie de l’Olympique Lyonnais est de s’appuyer sur les jeunes pousses de son centre de formation. Les avantages sont nombreux. Mais à trop user de la carte jeune, Lyon finit par perdre des points, par manque de roublardise. Les différences d’âge et d’expérience avec l’OM ou l’ASM sont, d’ailleurs, flagrantes.


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Une autre alternative

 L’OL peut-il rattraper sa mauvaise fin d’hiver par un printemps brillant ? Les statistiques peuvent rassurer les supporters lyonnais.  Depuis l’instauration de la Ligue 1 (2002-2003), seules 53% des équipes qui étaient en tête à la 28e journée l’étaient encore à la fin du championnat (8 fois sur 15).

Pourtant, il reste neuf journées avant la fin du championnat. Et la plupart des matchs entre les quatre équipes de tête ont déjà été joués (10 sur 12). Reste à jouer un OM-OL (18 mars), et un PSG-Monaco (15 avril).  Il faudrait donc un effondrement des Monégasques et/ou des Marseillais pour que les Lyonnais puissent espérer atteindre la Ligue des champions.



La Ligue des champions (C1), une peine perdue donc ? Pas tout à fait. Car il existe un autre moyen d’y accéder. Encore engagé en Europa League (C3), l’OL peut espérer atteindre la plus prestigieuse des compétitions européenne (C1), en cas de victoire en C3. Cela tombe bien : la finale de l’Europa League se dispute, cette année, au Groupama Stadium de… Lyon. Un nouveau chapitre dans la belle histoire européenne de l’Olympique Lyonnais ?


Les grandes heures européennes de l’OL de clement commolet


Conclusion : L’après PSG a été très mal géré par l’Olympique Lyonnais.  Après leur victoire contre le club de la capitale, les hommes de Bruno Genesio ont étrangement baissé le pied en championnat. Cet écart semble difficile à combler, à neuf journées de la fin. Pour atteindre la Ligue des champions l’année prochaine, les Gones auraient donc un grand intérêt à tout miser sur… l’Europa League. Un choix risqué, mais qui peut s’avérer payant.