Docteur René, Mister Hamburger

Parmi les 480 participants au trail des mineurs à Grenay (Pas-de-Calais), le 16 février dernier, se cachait une petite vedette. René Gorecki, alias Monsieur Hamburger. Un personnage haut en couleurs, aussi coureur de trails aguerri. Une double facette qu’il cultive avec application.

Au passage sur la ligne, le chapeau est intact, la cravate toujours au cou. René vient de parcourir les 17 kilomètres du trail des mineurs. Il tousse, les mains sur les genoux, et reprend son souffle. Ce samedi encore, ce fut dur. Mais malgré les terrils, la boue, les difficultés, sa tenue n’a pas perdu de son éclat. Une cravate vert fluo, entourée d’un plastique noir, avec une tête de monstre. Une chemise de la même couleur, surplombée de deux bretelles d’un jaune plus éclatant encore, et des gants assortis. Le short est multicolore, orné de nombreux motifs rappelant les clowns, mais l’élément principal reste le chapeau : un hamburger. “Je suis Monsieur Hamburger, tout simplement”, explique-t-il en exhibant fièrement son couvre-chef.

Impossible de passer à côté. Mais pas question de lui parler de costume. “Ca n’est pas un déguisement, c’est une tenue de course ! C’est très sérieux. Je cours tout le temps avec cette tenue. C’est mon équipement, et ça fonctionne très bien.” En attestent les belles baskets de runner et les bas de compression au niveau des mollets. Les deux éléments dénotent. Une illustration de la dualité de ce personnage qui attire l’oeil. Entre esprit décalé et compétition.

Le goût de l’effort et de l’originalité

Le souriant sexagénaire n’est pas juste un amateur qui prend plaisir à rentrer dans la peau de son personnage à chaque course. C’est un coureur confirmé. “Tous les ans je fais déjà la Bours Six Côtes (25 km, 413 mètres de dénivelé positif), la course de mon club, le Footing Club de Bours. Et puis j’ai fait cinq fois l’Ultra Trail du Mont Blanc par exemple. Beaucoup de belles courses comme ça, la SaintéLyon aussi, la 6000D, etc. J’adore le trail, j’en ai fait beaucoup. Toujours habillé comme ça.” Habitant de Bours, au sud de Béthune, il n’a pas hésité à parcourir les 32 kilomètres le séparant de Grenay pour découvrir un nouveau trail.

“C’est une belle course, le parcours est vraiment pas mal avec les terrils. C’est assez technique et assez dur. Ce n’est pas très loin de chez moi, j’aime bien faire ces courses régionales, notamment dans l’Artois.” Il boucle les 17 kilomètres du jour en 1h54, à la 194e position. Une satisfaction pour cet habitué des longues distances, bien qu’à 61 ans les objectifs chronométriques soient secondaires.

Pendant la course, pas de place pour la rigolade.

Ce qui ne l’empêche pas de préparer chaque course avec minutie. La semaine, il travaille, et s’entraîne avec les autres pensionnaires du club de Bours. Le week-end venu, il prépare sa course soigneusement. Jusque dans sa tenue. “Ce chapeau date de 2003, il commence un peu à être délavé. Mais j’en ai d’autres ! J’en mets un pour aller chercher mon dossard, première étape. Puis j’ai celui-là pour la course, et après la récupération. Celui de course en a vu de toutes les couleurs évidemment.”

Plusieurs chapeaux à chaque course. Tout est prévu. Monsieur Hamburger assure sa présentation, en toutes circonstances. Le personnage est aussi fantasque que travaillé. Aussi à chaque fin de course, il est demandé pour des photos. L’occasion de glisser une boutade, puis esquisser un sourire timide derrière sa moustache de mousquetaire.

Samedi à Grenay, Monsieur Hamburger a quitté les lieux avec la satisfaction d’avoir découvert et couru un nouveau trail. René Gorecki peut prendre le relais. Le temps d’enlever son chapeau. Jusqu’à la prochaine course.

Arnaud Leyer

Face aux terrils

La quatrième édition du trail de Grenay-Mazingarbe avait lieu samedi 16 février. Le troisième de la série de l’Artois Trail Challenge. Une course pour tous les âges, tous les gabarits et tous les sexes. Les montées à flanc de terril font mal aux jambes mais chacun termine la course avec le sourire. Une grande satisfaction et une belle expérience.

Un trail se court au mental. Aucun répit. La difficulté des montées, la technique des descentes. Tout le monde peut en terminer un. Peu importe l’âge, la morphologie, le sexe.

La récupération du dossard est un moment important. Presque solennel. On prend conscience qu’aucun retour en arrière n’est possible. Il faut se concentrer et terminer le parcours. A Grenay-Mazingarbe, c’est 10km ou 17km. On ne devient pas un numéro. Juste un coureur du trail des mineurs.

Peu importe la distance à parcourir, il faut s’échauffer, mettre en route les muscles qui seront sollicités plus tard. Chacun dans son coin. Parfois, certains reproduisent les gestes de la personne devant eux. Rapidement, le départ arrive. Le speaker fait monter l’ambiance et prodigue quelques conseils : « le temps est idéal, environ 13 degrés, alors ne vous couvrez pas trop et hydratez-vous bien ». Pour motiver encore plus les 170 coureurs du 10km, la musique retentit. « Eye of the tiger », la meilleure de toute. La pression monte, l’envie d’en découdre avec le parcours et avec soi-même augmente. Chacun grappille le moindre centimètre devant lui. Les concurrents se serrent. Le décompte est lancé « Trois, deux, un ! ».

Départ sur le bitume, les meilleurs sont déjà loin. Beaucoup de gens, peu de place. Les foulées sont petites et chacun essaie d’éviter son voisin. De dépasser celui de devant s’il ne va pas au même rythme. Après quelques hectomètres, la course se décante, chacun est à sa place avant d’entamer le « vrai trail » : les terrils, la boue, les branches et les flaques.

Le terril « 58 a »

1,5km de course, la végétation apparaît enfin. L’entrée sur le terril est minutieuse. Quelques premiers obstacles obligent une grande concentration. Le rythme cardiaque redescend. Moins physique mais plus technique. On ne peut pas dépasser, le chemin est trop étroit. Il faut éviter les branches qui traînent, les racines qui sortent de ce sol couleur charbon, bien cachées par les feuilles en plein hiver.

Un kilomètre plus loin, chacun a pris son rythme. Des groupes se forment. La première difficulté se dresse devant les coureurs. Un mur. 160m de long pour 90m de dénivelé. Une montée à plus de 50% : le terril « 58 a ». La plus grosse difficulté de l’épreuve. « On a choisi de la mettre dès le début pour être tout de suite dans le vif du sujet », analyse Arnaud Leroy, l’organisateur de la course. A flanc de terril, les organismes sont mis à mal. Les cuisses brûlent. Le souffle devient lourd.

Tout est bon pour avancer. Les bras s’élancent à la recherche d’un arbre pour accélérer. Il faut regarder ses pieds pour ne pas commettre l’erreur fatale. Le sol est glissant, il faut s’accrocher. Un regain de forme arrive à la vue de la fin. Les dernières foulées sont énergiques. L’arrivée est somptueuse. Le paysage est magnifique. Il faut reprendre son souffle. Encore mieux lorsque l’on peut voir des champs à perte de vue. Sur la droite, une forme étrange attire le regard. Des montagnes noires sortent d’un décor vert. Un rectangle devant deux triangles qui laissent entrevoir le monde au loin. Trois terrils qui s’accordent à la perfection. Ceux de Loos-en-Gohelle, les plus hauts d’Europe.

« Courage ! »

Les organismes sont entamés. Il faut descendre. Toujours avec ce superbe paysage que le soleil du jour fait rayonner. Les flaques sont de plus en plus présentes. A force de marcher dedans, les chaussures coassent. « Cela rafraîchit » en rigole une concurrente. Le terril « 58 a » a fait des dégâts, certains concurrents marchent pour récupérer. Ils ont le droit à un « Courage » à chaque fois qu’ils se font dépasser. De quoi redonner de l’énergie, surtout qu’il reste encore 7km.

Dans la descente, la lucidité est le maître mot. En bas, un coureur est assis chaussure droite enlevée. Il se tient la cheville. A côté de lui, son acolyte, attend les secours avant de repartir. « Il s’est fait une vilaine entorse à mon avis. » Une dernière aide pour l’accélération avant de continuer sur quelques kilomètres de plat. On voit que beaucoup de concurrents sont déjà passés sur cette herbe. On ne la distingue presque plus. C’est de la boue. Les chaussures s’enfoncent puis glissent. Il faut aller chercher les extérieurs pour ne pas perdre trop d’énergie dans cette partie. C’est éprouvant. On est seulement à mi-parcours.

Désormais, la deuxième montée : « terril b » est dans toutes les têtes. « Il ne faut pas se cramer avant. » Un second mur, moins long, moins raide mais avec plus de fatigue à l’entrée. Juste devant, un bénévole, grand sourire, donne du courage. « Allez, encore un dernier effort. » A nouveau, les bras sont d’une grande utilité. Il y a plus d’arbres que sur la première, une chance.

Au sommet, le sourire d’avoir fait le plus dur, que les difficultés sont passées. Il ne reste plus qu’à courir 4km. A ce moment, un homme plein de gaieté arrive. Il est déguisé en mineur. Une combinaison bleue de peintre en bâtiment et du noir sur le visage comme le charbon en sortant de la mine. Il est l’essence de ce trail.

L’effort final

C’est presque la fin. Le mental joue un rôle primordial.Tout le monde a mal aux jambes et le souffle coupé. Mais il faut rejoindre la ligne d’arrivée. Les bénévoles redoublent d’attention, « la descente est glissante, ralentissez ». Le long du parcours, il y a des familles et des couples qui applaudissent chaque coureur. Les enfants tendent leurs mains, comme pour un champion du monde. L’envie de terminer est encore plus grande.

A la sortie de la forêt, il reste encore 2km. Ce sont les plus durs, sur du macadam, avec comme seul adversaire : son corps. Les dents se serrent, le rythme cardiaque s’intensifie. On voit le stade. Un dernier tour de piste avant de tirer sa révérence. Un dernier sprint comme un hommage aux mineurs, pour se mettre à nu devant les terrils.

Paul LOPEZ