Docteur René, Mister Hamburger

Parmi les 480 participants au trail des mineurs à Grenay (Pas-de-Calais), le 16 février dernier, se cachait une petite vedette. René Gorecki, alias Monsieur Hamburger. Un personnage haut en couleurs, aussi coureur de trails aguerri. Une double facette qu’il cultive avec application.

Au passage sur la ligne, le chapeau est intact, la cravate toujours au cou. René vient de parcourir les 17 kilomètres du trail des mineurs. Il tousse, les mains sur les genoux, et reprend son souffle. Ce samedi encore, ce fut dur. Mais malgré les terrils, la boue, les difficultés, sa tenue n’a pas perdu de son éclat. Une cravate vert fluo, entourée d’un plastique noir, avec une tête de monstre. Une chemise de la même couleur, surplombée de deux bretelles d’un jaune plus éclatant encore, et des gants assortis. Le short est multicolore, orné de nombreux motifs rappelant les clowns, mais l’élément principal reste le chapeau : un hamburger. “Je suis Monsieur Hamburger, tout simplement”, explique-t-il en exhibant fièrement son couvre-chef.

Impossible de passer à côté. Mais pas question de lui parler de costume. “Ca n’est pas un déguisement, c’est une tenue de course ! C’est très sérieux. Je cours tout le temps avec cette tenue. C’est mon équipement, et ça fonctionne très bien.” En attestent les belles baskets de runner et les bas de compression au niveau des mollets. Les deux éléments dénotent. Une illustration de la dualité de ce personnage qui attire l’oeil. Entre esprit décalé et compétition.

Le goût de l’effort et de l’originalité

Le souriant sexagénaire n’est pas juste un amateur qui prend plaisir à rentrer dans la peau de son personnage à chaque course. C’est un coureur confirmé. “Tous les ans je fais déjà la Bours Six Côtes (25 km, 413 mètres de dénivelé positif), la course de mon club, le Footing Club de Bours. Et puis j’ai fait cinq fois l’Ultra Trail du Mont Blanc par exemple. Beaucoup de belles courses comme ça, la SaintéLyon aussi, la 6000D, etc. J’adore le trail, j’en ai fait beaucoup. Toujours habillé comme ça.” Habitant de Bours, au sud de Béthune, il n’a pas hésité à parcourir les 32 kilomètres le séparant de Grenay pour découvrir un nouveau trail.

“C’est une belle course, le parcours est vraiment pas mal avec les terrils. C’est assez technique et assez dur. Ce n’est pas très loin de chez moi, j’aime bien faire ces courses régionales, notamment dans l’Artois.” Il boucle les 17 kilomètres du jour en 1h54, à la 194e position. Une satisfaction pour cet habitué des longues distances, bien qu’à 61 ans les objectifs chronométriques soient secondaires.

Pendant la course, pas de place pour la rigolade.

Ce qui ne l’empêche pas de préparer chaque course avec minutie. La semaine, il travaille, et s’entraîne avec les autres pensionnaires du club de Bours. Le week-end venu, il prépare sa course soigneusement. Jusque dans sa tenue. “Ce chapeau date de 2003, il commence un peu à être délavé. Mais j’en ai d’autres ! J’en mets un pour aller chercher mon dossard, première étape. Puis j’ai celui-là pour la course, et après la récupération. Celui de course en a vu de toutes les couleurs évidemment.”

Plusieurs chapeaux à chaque course. Tout est prévu. Monsieur Hamburger assure sa présentation, en toutes circonstances. Le personnage est aussi fantasque que travaillé. Aussi à chaque fin de course, il est demandé pour des photos. L’occasion de glisser une boutade, puis esquisser un sourire timide derrière sa moustache de mousquetaire.

Samedi à Grenay, Monsieur Hamburger a quitté les lieux avec la satisfaction d’avoir découvert et couru un nouveau trail. René Gorecki peut prendre le relais. Le temps d’enlever son chapeau. Jusqu’à la prochaine course.

Arnaud Leyer

Face aux terrils

La quatrième édition du trail de Grenay-Mazingarbe avait lieu samedi 16 février. Le troisième de la série de l’Artois Trail Challenge. Une course pour tous les âges, tous les gabarits et tous les sexes. Les montées à flanc de terril font mal aux jambes mais chacun termine la course avec le sourire. Une grande satisfaction et une belle expérience.

Un trail se court au mental. Aucun répit. La difficulté des montées, la technique des descentes. Tout le monde peut en terminer un. Peu importe l’âge, la morphologie, le sexe.

La récupération du dossard est un moment important. Presque solennel. On prend conscience qu’aucun retour en arrière n’est possible. Il faut se concentrer et terminer le parcours. A Grenay-Mazingarbe, c’est 10km ou 17km. On ne devient pas un numéro. Juste un coureur du trail des mineurs.

Peu importe la distance à parcourir, il faut s’échauffer, mettre en route les muscles qui seront sollicités plus tard. Chacun dans son coin. Parfois, certains reproduisent les gestes de la personne devant eux. Rapidement, le départ arrive. Le speaker fait monter l’ambiance et prodigue quelques conseils : « le temps est idéal, environ 13 degrés, alors ne vous couvrez pas trop et hydratez-vous bien ». Pour motiver encore plus les 170 coureurs du 10km, la musique retentit. « Eye of the tiger », la meilleure de toute. La pression monte, l’envie d’en découdre avec le parcours et avec soi-même augmente. Chacun grappille le moindre centimètre devant lui. Les concurrents se serrent. Le décompte est lancé « Trois, deux, un ! ».

Départ sur le bitume, les meilleurs sont déjà loin. Beaucoup de gens, peu de place. Les foulées sont petites et chacun essaie d’éviter son voisin. De dépasser celui de devant s’il ne va pas au même rythme. Après quelques hectomètres, la course se décante, chacun est à sa place avant d’entamer le « vrai trail » : les terrils, la boue, les branches et les flaques.

Le terril « 58 a »

1,5km de course, la végétation apparaît enfin. L’entrée sur le terril est minutieuse. Quelques premiers obstacles obligent une grande concentration. Le rythme cardiaque redescend. Moins physique mais plus technique. On ne peut pas dépasser, le chemin est trop étroit. Il faut éviter les branches qui traînent, les racines qui sortent de ce sol couleur charbon, bien cachées par les feuilles en plein hiver.

Un kilomètre plus loin, chacun a pris son rythme. Des groupes se forment. La première difficulté se dresse devant les coureurs. Un mur. 160m de long pour 90m de dénivelé. Une montée à plus de 50% : le terril « 58 a ». La plus grosse difficulté de l’épreuve. « On a choisi de la mettre dès le début pour être tout de suite dans le vif du sujet », analyse Arnaud Leroy, l’organisateur de la course. A flanc de terril, les organismes sont mis à mal. Les cuisses brûlent. Le souffle devient lourd.

Tout est bon pour avancer. Les bras s’élancent à la recherche d’un arbre pour accélérer. Il faut regarder ses pieds pour ne pas commettre l’erreur fatale. Le sol est glissant, il faut s’accrocher. Un regain de forme arrive à la vue de la fin. Les dernières foulées sont énergiques. L’arrivée est somptueuse. Le paysage est magnifique. Il faut reprendre son souffle. Encore mieux lorsque l’on peut voir des champs à perte de vue. Sur la droite, une forme étrange attire le regard. Des montagnes noires sortent d’un décor vert. Un rectangle devant deux triangles qui laissent entrevoir le monde au loin. Trois terrils qui s’accordent à la perfection. Ceux de Loos-en-Gohelle, les plus hauts d’Europe.

« Courage ! »

Les organismes sont entamés. Il faut descendre. Toujours avec ce superbe paysage que le soleil du jour fait rayonner. Les flaques sont de plus en plus présentes. A force de marcher dedans, les chaussures coassent. « Cela rafraîchit » en rigole une concurrente. Le terril « 58 a » a fait des dégâts, certains concurrents marchent pour récupérer. Ils ont le droit à un « Courage » à chaque fois qu’ils se font dépasser. De quoi redonner de l’énergie, surtout qu’il reste encore 7km.

Dans la descente, la lucidité est le maître mot. En bas, un coureur est assis chaussure droite enlevée. Il se tient la cheville. A côté de lui, son acolyte, attend les secours avant de repartir. « Il s’est fait une vilaine entorse à mon avis. » Une dernière aide pour l’accélération avant de continuer sur quelques kilomètres de plat. On voit que beaucoup de concurrents sont déjà passés sur cette herbe. On ne la distingue presque plus. C’est de la boue. Les chaussures s’enfoncent puis glissent. Il faut aller chercher les extérieurs pour ne pas perdre trop d’énergie dans cette partie. C’est éprouvant. On est seulement à mi-parcours.

Désormais, la deuxième montée : « terril b » est dans toutes les têtes. « Il ne faut pas se cramer avant. » Un second mur, moins long, moins raide mais avec plus de fatigue à l’entrée. Juste devant, un bénévole, grand sourire, donne du courage. « Allez, encore un dernier effort. » A nouveau, les bras sont d’une grande utilité. Il y a plus d’arbres que sur la première, une chance.

Au sommet, le sourire d’avoir fait le plus dur, que les difficultés sont passées. Il ne reste plus qu’à courir 4km. A ce moment, un homme plein de gaieté arrive. Il est déguisé en mineur. Une combinaison bleue de peintre en bâtiment et du noir sur le visage comme le charbon en sortant de la mine. Il est l’essence de ce trail.

L’effort final

C’est presque la fin. Le mental joue un rôle primordial.Tout le monde a mal aux jambes et le souffle coupé. Mais il faut rejoindre la ligne d’arrivée. Les bénévoles redoublent d’attention, « la descente est glissante, ralentissez ». Le long du parcours, il y a des familles et des couples qui applaudissent chaque coureur. Les enfants tendent leurs mains, comme pour un champion du monde. L’envie de terminer est encore plus grande.

A la sortie de la forêt, il reste encore 2km. Ce sont les plus durs, sur du macadam, avec comme seul adversaire : son corps. Les dents se serrent, le rythme cardiaque s’intensifie. On voit le stade. Un dernier tour de piste avant de tirer sa révérence. Un dernier sprint comme un hommage aux mineurs, pour se mettre à nu devant les terrils.

Paul LOPEZ

Au Carrefour comme dans son salon

Amateurs de vélo ou non, ils étaient nombreux autour du Carrefour de l’Arbre en ce dimanche de Paris-Roubaix, dernier secteur pavé cinq étoiles avant l’arrivée au Vélodrome. Si certains sont venus pour l’événement sportif, la plupart était là pour la fête. C’est le cas du groupe d’amis de Jensy, venus tout droit de Gand, en Belgique.

Jensy et ses amis, aux couleurs de la Belgique, sont bien installés devant leur télévision. JM

« Il y a de la saucisse, il y a de la saucisse, faut pas hésiter à venir se servir ». La phrase est prononcée avec un fort accent belge. Sous sa tonnelle installée pour l’occasion, le voisin de Jensy donne le ton de la journée. Partage, amitié, barbecue. Sur les 2,1 kilomètres qui composent le Carrefour de l’Arbre, on entend le bruit des grillades sur les braises où qu’on aille.

Jensy et ses cinq amis sont installés depuis 10 heures ce matin, pour être sûrs de trouver la bonne place. Ils viennent de Kruishoutem, à une soixantaine de kilomètres de la frontière franco-belge. Leur emplacement est stratégique : troisième virage du secteur pavé, très légèrement en hauteur. Autour d’eux, le blé pousse. Ils le piétinent un peu en agençant leur campement. Les Flamands n’ont rien oublié. Bac de bières – de la Stella Artois dans des bouteilles en verre brun – fauteuils pliants, glacière. De quoi tenir au moins la journée. Ils ont allumé un peu plus loin un barbecue, sur lequel les saucisses commencent à cuire. Elles seront à point pour midi. Pour l’instant, on en est encore à l’apéro. Mais une chose étonne surtout. Ils regardent la télévision. En plein champ. « Un ami nous a prêté son groupe électrogène, comme ça on a de l’électricité » rit Maarten, l’ami de Jensy. Le bruit est tellement fort que les Belges ont mis le générateur au milieu du champ. « Il gêne moins. » A grand renfort de rallonges électriques, la télévision fonctionne parfaitement. « On regarde les coureurs à la télévision, et tout à l’heure ils seront devant nous », s’émerveille Jasmien, qui assiste pour la première fois à Paris-Roubaix. Ses amis sont, au contraire, des habitués de la course. Une flûte de champagne à la main, Hanne et son mari viennent « depuis dix ans ! Cette année, on a fait la surprise à mon neveu de l’emmener avec nous. C’est son anniversaire aujourd’hui, on ne lui avait pas dit où nous allions ». Même s’ils sont ici surtout pour l’ambiance et le partage, ils ont tout de même un favori. « Zdeněk Štybar » de la Quick Step, « leur équipe belge ». 

Le groupe électrogène, trop bruyant, est au milieu du champ pour ne pas gêner les voisins.

Plus tard dans la journée, le groupe d’amis est parti se dégourdir les jambes un peu plus loin. Ils retrouvent Stefani, une de leurs connaissances en Belgique. Mais n’essayez pas de lui dire qu’elle est Belge. « Je suis Flamande, moi ! » Elle vient au Carrefour de l’Arbre depuis trente ans. « J’en ai trente-quatre, alors vous voyez, ça fait un bout de temps ! » renchérit-elle. Cette année, elle est accompagné par un cousin et des amis, français. « C’est ça le Paris-Roubaix, c’est le mélange, la convivialité. C’est la magie de cette course », affirme Jérémie, qui est venu de Wattrelos, dans la banlieue lilloise. Certains s’étonnent qu’il porte un drapeau flamand sur les épaules. « Quand ils me demandent pourquoi, je leur rappelle que Lille est la capitale des Flandres ».

Belges et Français se retrouvent devant la télévision de Jérémie, à l’arrière de sa camionnette. AD

Les Français aussi ont leur télévision. Posée à l’arrière d’une camionnette cette fois. « Ça nous a pris dix ans pour être installé comme on l’est aujourd’hui », rajoute avec fierté Jérémie. Lui aussi vient depuis qu’il est petit. « À l’arrivée des coureurs, je suis un gamin, j’ai les poils qui se dressent. Vous savez, il y a deux jours importants dans l’année. Le jour de l’anniversaire de ma fille et le jour de Paris-Roubaix. » Que dire de plus pour illustrer tout l’amour du public pour cette course.

Antoine Decarne et Juliette Michenaud

Christian Prudhomme – « Paris-Roubaix est une course hors du temps »

Le directeur du cyclisme chez Amaury Sport Organisation (ASO) a rencontré les étudiants de l’École supérieure de journalisme de Lille, ce mercredi. L’occasion d’évoquer Paris-Roubaix, à trois jours du grand départ de la « reine des classiques ». 

Depuis 1896, Paris-Roubaix passionne les foules. Comment expliquer ce constant succès populaire ?

« C’est une épreuve qui a des racines. Il y a la partie sportive, mais aussi la mise en valeur du patrimoine et celui du lien social. Sur les routes de Paris-Roubaix, il n’y a que des gens qui sourient. 

Que pensez-vous, à titre personnel, de cette course ?

C’est la plus grande classique au monde, la reine des classiques, une course atypique, hors du temps. C’est une course qui a nulle autre pareille. Ce dont je rêve, dès l’année prochaine, c’est d’avoir un coureur comme Nibali au départ.

Quel est votre meilleur souvenir de Paris-Roubaix ?

En 2006, je garde en mémoire mon dernier Paris-Roubaix avec Jean-Marie Leblanc. On a crevé deux fois le même jour.  Il y a aussi la victoire de Fabian Cancellara en 2006 avec le passage d’un train de marchandises. Et puis Tom Boonen en 2016 qui attaque de très loin. Tout le monde voulait le voir gagner ! Il en était capable, mais c’est le « vieux » Hayman qui l’emporte.

Quelles sont les principales nouveautés de l’édition 2018 ?

La principale volonté, cette année, était de passer de 8 à 7 coureurs par équipe sur les classiques, pour des raisons de sécurité. Concernant le parcours, il y a un nouveau secteur, le numéro 25, à Saint-Vaast, un peu avant Arenberg.

La Trouée d’Arenberg reste un passage mythique…

La Trouée d’Arenberg, c’est 2 400m de pavés tout droit, c’est quelque chose de très particulier. On ne voit pas ça ailleurs. Les coureurs rentrent à quasiment 60km/h. C’est une vraie émotion pour eux depuis 50 ans, avec toute la légende qui va avec.

Pourtant, en temps de pluie, elle pourrait s’avérer dangereuse pour les coureurs.

Dès la fin de l’édition de ce week-end,  il faudrait faire d’autres travaux sur la Trouée d’Arenberg, pour que la question du danger ne se pose plus, notamment par temps de pluie. La région s’investit pour sauvegarder les pavés, qui sont indispensables à Paris-Roubaix.

Quelles sont les chances françaises pour cette édition ?

Arnaud Démare a fini 6e l’année dernière. Il aime cette course. Son manager Marc Madiot est habité par Paris-Roubaix (vainqueur en 1985 et 1991). Il transmet cette passion à Arnaud, qui sera bon. Et puis, Adrien Petit (originaire d’Arras) est un coureur qui sera là aussi. Après, Paris-Roubaix est une course exceptionnelle mais aussi injuste, et cela il faut l’accepter avant de partir. 

Est-il possible d’envisager une course féminine, comme lors du Tour des Flandres ?

Ce qui est certain, c’est qu’il faut développer le cyclisme féminin. Le problème auquel on se heurte est celui de l’organisation, notamment en matière de sécurité. On ne sait pas le faire, on n’en a pas les moyens. Et pour que ça marche, il faudrait la lier à la course masculine, sinon ça n’aurait pas de résonance médiatique. »

Clément Commolet et Adrien Toulisse.

Crédit photo : Julie Sebadelha.

 

 

Sagan, San Remo sans les maux ?

Moins de jours de course, peu de victoires. Le triple champion du monde Peter Sagan arrive sur Milan-San Remo dans des standards moins imposants qu’à son habitude. Mais ça ne l’empêchera pas de se présenter samedi au départ de la Primavera pour tenter de gagner une épreuve qui se refuse à lui.

Tous les ans, il croit tomber sur le pire scenario possible. Et tous les ans, pourtant, on lui réserve un nouveau script. Peter Sagan est tombé amoureux de Milan-San Remo. Mais l’idylle est tourmentée et la Classicissima le fait souvent tourner en bourrique.

Le Slovaque a accompagné les attaquants dans le Poggio, tenté sa chance en bas de la descente, patiemment attendu son tour dans le peloton, tout perdu alors qu’il était idéalement placé dans le final. Toutes les physionomies de course y sont passées, et on se demande bien ce qu’il lui manque pour enfin s’imposer.

Sagan possède l’une des pointes de vitesse les plus élevées du peloton. Mais ce n’est pas un pur sprinteur. Le triple champion du monde passe bien les bosses et la présence du Poggio en fin de parcours revient tous les ans comme un dilemme : y laisser des forces ou attendre sagement le sprint massif. L’année dernière, Sagan était le plus fort. Le coureur Bora a voulu mettre toutes les chances de son côté en éliminant les meilleurs sprinteurs, mais il a été pris à son propre piège : Michal Kwiatkowski l’a débordé sur la ligne après un sprint décollé d’école.

TOUJOURS LE PLUS FORT, JAMAIS VAINQUEUR

Peter Sagan tombe toujours sur un adversaire inattendu sur Milan-San Remo. En 2013, dans une édition dantesque rabotée d’une cinquantaine de kilomètres, il est le plus rapide sur le papier des six autres concurrents présents dans l’échappée. Mais il est battu par Gérald Ciolek, revenu de nulle part après une carrière qui n’avait en rien été celle qu’on lui promettait.

Cette année, son bourreau sur Tirreno-Adriatico Marcel Kittel, a pris le temps de la réflexion. Le coureur Katusha s’alignera finalement au départ à Milan pour la première fois. Mais encore faut-il que l’Allemand, pur sprinteur, passe les «Capi», les bosses qui émaillent la fin du parcours. Sagan sera en revanche débarrassé de Fernando Gaviria, qui s’est cassé la main en tombant la veille de l’arrivée de Tirreno. L’ancien lauréat (2009) Mark Cavendish pourrait également représenter une menace, mais le Britannique a très peu couru cette année, meurtri par des chutes à répétition.

Ses trois deuxièmes places sur la course des «Deux Mers» ne l’ont pas forcément rassuré, mais elles ont confirmé sa bonne forme. Sagan a surtout brillé sur les étapes qu’il avait cochées, comme à Filottrano et son final escarpé. Le Slovaque a réglé le sprint du groupe des favoris, quand tous les sprinteurs avaient déjà renoncé.

SAGAN COMPTE LES JOURS

«Il est désormais temps de se concentrer sur l’une des grandes classiques de la saison, Milan-San Remo», a-t-il déclaré après Tirreno. Mais l’objectif est dans sa tête depuis longtemps. Encore plus après sa deuxième place en 2017. L’obsession est tenace.

Le coureur Bora a revu sa préparation cette année et se présente au départ avec le plus petit nombre de jours de course dans les jambes (14) depuis sa première participation en 2011 (15). Il a notamment zappé les premières classiques flandriennes de la saison, le Het Nieuwsblad et Kuurne-Brussel-Kuurne.

Après avoir lancé sa saison très tôt en Australie, sur le Tour Down Under, Sagan a préféré partir en Espagne pour un long stage en altitude à Sierra Nevada. Le Slovaque est passé de l’hiver ibère à la pluie toscane. Sa course de reprise en Europe, sur les Strade Bianche, l’a surpris, l’arc-en-ciel camouflé dans une parka noire, sous une pluie battante. Discret, il a malgré tout pris la 8e place.

Une équipe renforcée

Sagan a souvent dû se débrouiller seul dans le final des classiques. Il n’a pas semblé perturbé pour autant. Mais quelques équipiers peuvent aussi le soulager. Bora-Hansgrohe a donc recruté Daniel Oss, ancien capitaine de route de Greg Van Avermaet, qu’il connaît bien pour l’avoir côtoyé chez Liquigas. L’Italien s’est classé 9e de la Primavera et a même joué sa carte personnelle dans le Poggio en 2015. Un homme de confiance, un homme de terrain.

«Le meilleur ne gagne pas toujours, avait lâché le Slovaque dépité à sa descente du podium l’année dernière. Le résultat est important mais assurer le spectacle pour les fans l’est tout autant. Kwiatkowski me doit quelques bières.» A moins que samedi soir, ce ne soit enfin à lui de payer sa tournée.

Laurent MAJUREL

Dmitriev, l’arc-en-ciel collé à la peau

Le champion du monde de vitesse Denis Dmitriev est en stage pendant quatre semaines au vélodrome Jean Stablinski de Roubaix. Avec l’équipe russe, il prépare les mondiaux d’Apeldoorn aux Pays-Bas (28 février-4 mars). Son objectif, conserver son maillot, qu’il a eu tant de mal à obtenir.

Dmitriev en avait marre des podiums. Seul l’or l’intéressait.

A la sortie du virage, Denis Dmitriev se redresse. Il lève les bras du guidon, contracte ses biceps, et tire la langue. Nous sommes au vélodrome de Roubaix, en plein stage de l’équipe de Russie de cyclisme sur piste. Dmitriev s’amuse. Mais l’image renvoie neuf mois plus tôt, le 15 avril à Hong Kong. Le sprinteur d’1m76 pour 92 kg vient alors de remporter les championnats du monde de vitesse, à 31 ans. « Au moment de passer la ligne d’arrivée, j’ai éprouvé une sensation magique. Je pense que c’est la plus grande euphorie que j’ai pu ressentir dans ma vie. »

Il faut dire qu’il a attendu le maillot irisé pendant longtemps. Médaillé d’argent à Minsk en 2013, il n’est plus sorti du podium pendant cinq ans (dont une troisième place aux jeux de Rio), sans parvenir à l’emporter. Jusqu’en 2017. « Ce fut un long chemin. Les années où j’étais sur la boite, dans ma tête je me disais que je faisais le maximum, que je tentais, mais que ce n’était pas mon jour. Puis après quatre tentatives j’ai changé de vision. Je ne devais plus essayer, mais juste gagner. Je m’en fichais de terminer deuxième, troisième ou vingtième. Seule l’or comptait. Je pense que cette motivation m’a beaucoup aidé. »

La peur du vélodrome

Le Moscovite a enfin pu endosser la tunique arc-en-ciel, son rêve d’enfant. Pourtant, au moment où a germé chez lui l’idée de faire carrière dans le vélo, il ne pensait pas du tout à la piste. Né à Tyrnovo, une petite ville à trois cents kilomètres de Moscou, il a grandi en Ukraine, chez sa famille maternelle. Il y a commencé le cyclisme, sur route uniquement. A 14 ans, il retourne en Russie et se rend pour la première fois dans un vélodrome. « Je me suis dit : ‟Mais qu’est-ce que c’est que ça ? Comment on peut rouler là-dessus ?″ Rigole-t-il aujourd’hui. Plus tard j’ai trouvé un entraineur. Il m’a alors proposé de faire un test sur la piste, l’horreur ! Je lui ai répondu : ‟Oh non surtout pas ! La route je vous en prie″. Il a insisté plusieurs mois, j’ai finalement essayé, et me voilà. » Une fois à l’aise, il est tombé amoureux de la piste, mais surtout de la vitesse. «Dans cette discipline, on va toujours très vite, il y a beaucoup d’adrénaline. Quand on est épaule contre épaule avec les autres coureurs dans les virages, c’est fou ».

La passion, elle se lit dans ses yeux bleus, lorsqu’il parle de compétition. Son titre mondial n’a pas rassasié le colosse au crâne rasé. « Cette sensation magique ne m’a pas quittée. Quand tu as ce maillot de champion du monde pour la première fois, tu ne veux le donner à personne d’autre ! Dans un monde idéal, je souhaiterais le porter jusqu’aux Jeux Olympiques de Tokyo en 2020, et gagner l’or. Si je… (Il corrige.) Quand je serai champion olympique, j’aurai tous les titres possibles dans ma carrière. »

« La plus grande drogue de ma vie »

Denis Dmitriev se voit arrêter après les Jeux, à 34 ans. Il changerait alors complètement d’univers, professionnellement. Mais pas question de ranger le vélo au placard pour de bon. « Je ne peux pas vivre sans, c’est la plus grande drogue de ma vie. J’entends beaucoup de coureurs qui disent ne plus vouloir toucher à un vélo après leur carrière, par overdose. Mais comment on peut en arriver là ? C’est notre travail de rêve ! Quand je serai un grand-père de 80 ans, je roulerai encore, même si j’ai du mal à marcher. » Pour l’instant, son entrainement du jour au Vélodrome de Roubaix touche à sa fin. Il éprouve déjà quelques difficultés à marcher sur le revêtement. En chaussures de cyclisme, le maillot arc-en-ciel sur le dos, il vient prendre un dernier selfie avec des passionnés de vélo aux cheveux grisonnants.

Adrien Toulisse

 


L’interview décalée

Un Film ?
Denis Dmitriev : « Pulp Fiction. C’est très drôle et je suis un grand fan de Quentin Tarentino. Ensuite, Fighters club, parce que j’aime bien Brad Pitt. Enfin je mettrais « Il faut sauver le soldat Ryan » car j’aime beaucoup les films de guerre historiques. »

Une chanson ?
« En numéro un, sans hésiter, Metallica « Turn the page ». En numéro deux, un morceau de Slipknot, je ne me rappelle plus du nom. Et en numéro trois, « deeply disturbed » d’Infected Mushrooms ». J’écoute plusieurs types de musique, mais j’adore le métal. »

Un Vélodrome ?
« Hong Kong : celui où j’ai gagné le maillot de champion du monde. En réalité, c’est un très mauvais vélodrome (rires). Il a une piste vraiment dure. Quand je suis venu pour la première fois, je l’ai beaucoup critiqué. Mais depuis mon titre c’est mon préféré. »

Un Livre ?
« Le Conte de Montecristo. C’est mon premier livre « d’adulte ». Il est gravé dans ma tête. »

Une équipe de Foot ?
« Le Brésil pour leur style de jeu, et le Réal Madrid »

Un Plat ?
« Un bon beefsteak. J’aime beaucoup de choses. Je mange à peu près de tout, sauf des fruits de mer et du porc. A vrai dire, mon goût pour la nourriture est mon plus gros problème. Quand je vais en vacances, je deviens vite gras. »

Un Chiffre ?
« 23. Il est partout dans ma vie. En course, j’ai tout le temps un dossard avec 23 dedans. A Moscou, mon logement était au 23 d’une rue, appartement 23 avec numéro de téléphone 230. Et le clou du spectacle, je suis né le 23 mars. »

Une réplique de film ?
« Le joker dans The Dark Knight : « Je suis comme un chien enragé qui court après une voiture, mais si j’en attrape une je ne sais pas à quoi elle me serait utile. » et Matrix : « Tout ce qui a commencé doit finir ».

Un crédo ?
« Si tu choisis de faire une activité, sois le meilleur dans ce que tu fais »

Roger Federer, le maître du tennis

Cette finale de l’Open d’Australie, ce dimanche 28 janvier 2018, rentre indiscutablement dans l’histoire du tennis. Roger Federer a remporté son vingtième Grand Chelem, quinze ans après sa première victoire à Wimbledon. Une performance incroyable, unique et totalement invraisemblable. Le Suisse repousse la fin de son histoire, et écrit celle de son sport à chaque finale. Retour en chiffres sur la plus grande carrière du tennis.

Federer domine le monde du tennis, et celui-ci lui rend bien. Eugénie Bouchard, célèbre tenniswoman, n’a pu empêcher de rappeler son admiration pour « Roger » sur son compte Twitter.

Où s’arrêtera le Suisse ? Personne n’a aujourd’hui la réponse à cette question.

Baptiste Allaire

Cédric Vasseur veut remettre Cofidis en selle

Pour sa vingt-deuxième année dans le peloton avec le même sponsor (un record de longévité en France), Cofidis s’est fixée des objectifs ambitieux. L’arrivée de Cédric Vasseur au poste de manager général est censée relancer une équipe en perte de vitesse ces dernières années, sans avoir pu intervenir sur l’effectif. Mais l’ancien maillot jaune est optimiste, et ses coureurs aussi.

« Passer à l’échelon supérieur, c’est une vraie ambition à moyen terme. » Vendredi dernier, lors de la présentation de sa nouvelle formation dans la banlieue lilloise, Cédric Vasseur était clair. L’ancien coureur de Cofidis (2002-2005) est revenu donner une nouvelle impulsion à son équipe. Depuis des années, les résultats des Nordistes sont loin des attentes du président du groupe, Thierry Vittu. « Cédric connaît la maison. On a changé de manager pour les résultats sportifs en baisse, mais aussi pour la mauvaise ambiance de l’équipe. Nous n’étions pas en condition de réussite. » Yvon Sanquer, l’ancien manager en poste depuis 2012, a échoué à remplacer les anciens grands noms de Cofidis (Dumoulin, Montcoutié, Gallopin). L’arrivée de Nacer Bouhanni devait tout changer, mais la réalité est plus complexe.

Le malaise est bien profond. Depuis 2012, les Cofidis n’ont atteint qu’une fois le seuil des quatre victoires en World Tour (en 2016). Mais au-delà encore, sur les grandes courses, l’équipe nordiste ne glane plus de bouquets. Sur la Vuelta et le Tour de France, des grands objectifs de la saison pour le sponsor, les dernières victoires d’étape commencent à dater.

Le leader actuel de l’équipe, Nacer Bouhanni, n’a jamais réussi à gagner une étape sur le Tour de France. Ses meilleures places restent ses quatrièmes places à Vittel et sur les Champs-Elysées l’an dernier. Cette Grande Boucle 2017 reste son seul grand tour depuis son abandon sur la Vuelta 2015. Difficile de juger son réel niveau par sur les épreuves de trois semaines face aux autres cadors du peloton, mais cela explique en partie la disette des Cofidis. En montagne, la retraite de David Montcoutié (six étapes sur le Tour et la Vuelta) a laissé un grand vide. Dani Navarro semble régresser depuis sa neuvième place sur le Tour 2013, et n’a gagné qu’une seule étape sur la Vuelta 2014.

Avant de partir, Yvon Sanquer avait fait le choix de recruter les frères espagnols Herrada. Le pari est ambitieux, mais à la hauteur des objectifs de la Cofidis. L’équipe nordiste veut gagner sur le Tour de France cette année. La concurrence de Vital-Concept pour une invitation sur la plus grande épreuve de l’année a mis le doute pour les prochaines années et donc sur l’avenir de l’équipe. Au final, Cofidis a glané sa place en juillet, mais aussi sur la plupart des grands moments de la saison, comme Paris-Nice, le Dauphiné, ou Milan San Remo. Est-ce une dernière chance ? Pour effacer le doute, un message est clairement passé lors de la présentation de l’équipe : Nacer Bouhanni, puis le cadet des Herrada, Jesus, ont clamé leur envie de gagner en juillet.

Les résultats ne sont pas le seul angle de travail de Cédric Vasseur. Les frasques et déboires de Nacer Bouhanni ont terni l’image des Cofidis, ce que la direction a bien compris. Le nouveau manager devra donc rendre l’équipe « sympa« , selon les propres termes de Thierry Vittu, et insuffler un nouvel état d’esprit au sein du groupe. Loïc Chetout ne tarit pas d’éloges sur son nouveau patron. « C’est une nouvelle ère pour nous, on veur voir beaucoup plus haut, tout le monde est très satisfait de son arrivée. » Alors, Cédric Vasseur va-t-il transformer l’équipe ? En tout cas, le Nordiste y croit. « Aujourd’hui, on a toutes les cartes en main pour réussir sur tous les terrains. C’est la bonne ambiance qui va amener les résultats, et au vu de ce qui s’est passé pendant les stages, je suis sûr qu’on va vivre une belle saison ! » Le rendez-vous est pris, dès dimanche sur le Grand Prix La Marseillaise.

Baptiste Allaire