Un nouveau chef Viking

Viking depuis le début des années 2000, Guillaume Prévost a gravi tous les échelons pour devenir à 30 ans le nouveau président du club de Villeneuve d’Ascq. Également joueur mais aussi entraineur, le Lillois entend développer son club et lui faire atteindre les sommets du football américain hexagonal.

(crédit photo : page Facebook des Vikings de Villeneuve d’Ascq)

Du haut de son mètre 90, floqué du numéro 75, le chef viking se tient droit au milieu de la mêlée. En plus d’être joueur, Guillaume Prévost est depuis janvier le président du club de football américain de Villeneuve d’Ascq. Le club phare de la métropole lilloise.

Ce soir-là dans un match moyenâgeux, les Vikings reçoivent les Templiers d’Élancourt. Véritable armoire à glace, Guillaume joue défensive line et offensive line. Son rôle est central : « En défense, mon rôle est d’empêcher les actions adverses. En attaque, je protège mon quarter back (le passeur qui dirige l’attaque) et je dois ouvrir des brèches pour nos receveurs. » Avec deux entrainements collectifs et deux entrainements musculaires par semaine en plus des matchs, le football américain rythme sa vie.

« Je ne savais même pas que ce sport existait »

L’histoire d’amour entre Guillaume et la petite balle ovale commence au début des années 2000, il avait onze ans. « J’ai commencé grâce à mon frère qui me disait : ″ T’es beaucoup trop sur la console, viens te bouger un peu. ″ Je ne savais même pas que ce sport existait. J’ai alors commencé au flag, le football américain sans contact. J’ai tout de suite accroché. » 

Le Lillois gravit ensuite tous les échelons dans son club de toujours.   « Durant ma première année en junior, j’ai intégré les classes Sport Étude à Amiens. Ce qui m’a permis d’entrer en équipe de France. En 2008, on a gagné la médaille de bronze aux championnats d’Europe juniors. »

Guillaume monte en équipe première et ajoute une autre casquette à sa collection, le coaching. « Dès ma première année en sénior, j’ai commencé à entrainer notre équipe junior. » Une trajectoire toute trouvée pour cet assistant d’éducation dans un collège. « J’ai toujours aimé le contact avec les jeunes, j’ai toujours eu cette fibre sociale d’encadrer les gens, les aider à se développer et à sortir le meilleur d’eux-mêmes. » Cette année, en plus de la présidence, Guillaume a pris en main l’équipe féminine des Vikings. 

A l’issue du match, Guillaume (debout à gauche) écoute le débriefing de ses entraîneurs.
(crédit photo : page Facebook des Vikings de Villeneuve d’Ascq)

Objectif : monter dans l’Elite

Fort de ses dix-huit années passées au club, le jeune trentenaire fait quand même office de « papa » pour cette jeune équipe. « Cette année je ne suis pas capitaine. Je laisse ça aux jeunes. » Pour ce troisième match de championnat de deuxième division, les Vikings s’imposent face aux Templiers sur le score de 12 à 0. A la fin du match, le président-joueur a réuni ses troupes pour prononcer un discours. Le mot d’ordre : ne pas céder au chambrage et rester concentré sur la suite de la saison. « Notre objectif est de monter en Elite. Aujourd’hui tout n’était pas parfait, on a encore beaucoup de travail pour respecter cet objectif. » 

Les Vikings ont de grandes ambitions. Normal pour un club en constant progrès depuis sa création en 1986. Avec environ 500 licenciés parmi lesquels une centaine de bénévoles, le club de Villeneuve d’Ascq est le plus important de France en nombre de licenciés. « On refuse du monde, une centaine de personnes par an. Car au niveau infrastructures on ne peut pas faire plus, on est à saturation. On pourrait avoir trois équipes seniors, c’est sûr. On les envoie aux clubs d’à côté », explique Jean-Philippe Delporte, président pendant près de 20 ans. En ce début d’année 2019, il a passé la main. « Je suis maintenant trésorier. Il fallait un président avec un axe plus sportif. » Avec trois victoires en trois matchs, les Vikings du chef Prévost sont bien partis pour conquérir le Casque d’or, la deuxième division du football américain français. Avant, pourquoi pas, de conquérir l’Hexagone. 

Laurent Vignasse

Des Vikings au grand coeur

Engagée en deuxième division nationale, l’équipe de football américain de Villeneuve-d’Ascq est celle qui compte le plus de licenciés en France, avec un modèle associatif bien défini. Et dont les actions ne se cantonnent pas aux terrains de sport.

L’équipe des Vikings pendant le match contre les Templiers d’Elancourt

Les Vikings contre les Templiers. Ce n’est pas le nom du dernier jeu vidéo à la mode mais l’affiche de ce samedi soir au terrain de la Tamise à Villeneuve-d’Ascq, dans la métropole lilloise, entre le club de la ville et leurs adversaires venus d’Elancourt, en région parisienne. Loin du spectacle à l’américaine, des concerts à la mi-temps, des danseuses et des publicités à la télévision, le football américain se joue ici, dans ce complexe sportif mal éclairé. Sur un terrain boueux, niché entre les barres d’immeubles et à deux pas du Stade Pierre Mauroy et ses près de 50 000 places. Depuis 2001 l’équipe première des Vikings de Villeneuve-d’Ascq joue ici ces matchs à domicile, dans la deuxième division du football américain français, appelée Casque d’Or.


« Une belle bande de pote ». Jean-Philippe Delporte, 39 ans, décrit son club dont il est membre depuis 1991. Il vient tout juste de passer la main à la présidence, après vingt ans passés à diriger le club comptant le plus grand nombre de licenciés dans l’hexagone, près de 500. Un club victime de son succès : « On refuse du monde, une centaine de personnes par an car on veut accueillir les gens dans de bonnes conditions. Notre but c’est que l’on joue. » Une équipe de football américain compte en moyenne une cinquantaine de joueurs (voir encadré), 63 joueurs à Villeneuve-d’Ascq, de 19 à 47 ans. Mais les Vikings, c’est aussi une équipe féminine, des équipes de jeunes mais aussi une équipe handisport, qui existent depuis cinq ans : « Ils sont 22 en sport adapté, de 20 à 58 ans. Nous avons un partenariat avec le centre des Lauriers à Ascq. », explique Jean-Philippe Delporte.

Au-delà du sport, le social

Après le match. Source : Facebook de l’ESBVA

Le club assume parfaitement sa vocation sociale, en proposant des animations dans les quartiers populaires de Villeneuve-d’Ascq, qui permet de repérer des jeunes qui peuvent à terme intégrer l’équipe première. « Nous proposons une licence au cours des animations, pour quatre séances, afin que les jeunes puissent tester. » Mais cette volonté de s’intégrer dans le paysage local va plus loin. Chaque lundi, depuis cinq ans, une quarantaine de membres du club part en maraude, comme n’importe quelle association d’aide sociale : « On donne à manger et des vêtements aux SDF. Décathlon nous a même donné des duvets et organise une collecte de vêtements. ».

Une initiative hors du circuit classique de l’aide sociale : « Cela nous permet d’être libres. » « On fonctionne sans subvention et on va où on veut, assume Jean-Philippe Delporte, on veut juste aider les gens dans la rue, au début ils ne savaient même pas que l’on était un club de football américain. » Les Vikings ne comptent que des bénévoles dans leur organisation, les joueurs ne sont pas payés. « Nous sommes la seule équipe de deuxième division pour qui c’est le cas. », se félicite Jean-Philippe Delporte. Il y a une centaine de bénévoles dont les missions vont de « conduire les enfants pour les matchs à tracer les lignes du terrain en passant par la communication. » « Tout le monde se connaît. », souligne Margaux Desmoudt, membre de l’équipe féminine et l’une des responsables de la communication.

Un modèle financier assumé

Une organisation associative pour un club qui vise la montée dans l’élite du football américain français, pour rejoindre les Spartiates d’Amiens, l’autre grand club de la région des Hauts de France. Mais avec un budget de 60 000 euros par an, les Vikings vont devoir passer un cap financier après le cap sportif. « On a plus de partenaires privés que publics, car c’est dur de débloquer des subventions, décrit Jean-Philippe Delporte. Si on veut monter en élite, il faudra tripler voir quadrupler notre budget. On souhaite également obtenir le statut de sport communautaire auprès de la MEL (Métropole Européenne de Lille) pour pouvoir débloquer des subventions. » En attendant, le club bénéficie d’un large réseau de « petits partenaires privés fidèles, qui soutiennent le club depuis 10-12 ans. » « On préfère les garder sur le long terme plutôt que de faire des “ one-shot “ ». Cependant, le club peut compter sur le partenariat du grand équipementier sportif local, Décathlon : « On a fait leur communication sur leurs équipements ». La location du « Kipstadium », des infrastructures dont l’entreprise est propriétaire, est possible lorsque les terrains des Vikings ne sont pas praticables.


Le club compte également sur la Ligue des Hauts de France, qui accueillera au Stadium de Villeneuve-d’Ascq la finale du championnat élite, pendant deux ans à compter de cette année (l’édition 2019 se tiendra le 29 juin). 10 000 personnes sont espérées, pour ce qui sera la grande fête du football américain nordiste. Et les Vikings seront au coeur de cette organisation.
« Quand les joueurs partent dans un autre club ils me disent “ C’est dur “ »,dit Jean-Philippe Delporte en souriant. Il n’y avait qu’une petite centaine de spectateurs samedi soir, sur des chaises faisant office de tribune, à assister au match remporté 13 à 0 par les Vikings de Villeneuve-d’Ascq face aux Templiers d’Elancourt. Mais Villeneuve-d’Ascq profite l’espace d’une soirée d’un parfum léger d’Amérique.

Florent Vautier

Le football américain, c’est quoi ?

C’est un sport dit « de gagne-terrain ». Chaque équipe évolue en attaque et en défense à tour de rôle. En attaque, une équipe à quatre tentatives pour franchir l’équivalent de dix yards, soit environ neuf mètres. L’objectif final étant d’amener le ballon dans la « end-zone », au bout du terrain, pour marquer six points, voir un ou deux de plus en cas de transformation. L’autre équipe, en défense, doit l’en empêcher. «  Il y a de tout. Il nous faut des gros pour bloquer, des joueurs qui courent vite pour courir à l’arrière, des puissants pour faire les blocs mais avec de la vitesse. Ça va de 60 kilos à 160 kilos », explique Jean-Philippe Delporte. Un match se joue en 4 quarts-temps de 15 minutes.