Footy au pays de Footix

Le football australien – footy pour les intimes – parvient difficilement à franchir les frontières de son île de naissance. En France, la discipline est quasiment inconnue. Alors les quelques initiés, comme ceux des Paris Cocks, se débrouillent comme ils peuvent pour assouvir leur passion, à l’ombre des rois football et rugby.

Les projecteurs du stade La Plaine ont succédés aux rayons du soleil. Le ciel bleu est devenu mauve et file vers le noir profond des nuits parisiennes. Dans cet immense complexe sportif de la capitale, toutes les disciplines imaginables cohabitent dans un joyeux mélange des genres. A côté du gymnase, sur la piste d’athlétisme, les coureurs enchaînent talons-fesses et montées de genoux. Dans un virage, des boxeurs répètent leur gamme, capuche sur la tête et bandages aux poings tandis que la pelouse synthétique est martelée par les crampons des footballeurs.

20h45, une poignée de jeunes s’avancent vers le terrain. Avec leur maillot sans manches, ils promènent une drôle de dégaine, singulière, différente de celle des aspirants Mbappé et leurs tuniques bariolées aux couleurs des grands clubs de Ligue des Champions. C’est l’heure de l’entraînement pour les Paris Cocks, le club de football australien de la capitale. Alors que les tennismen quittent les courts, que les derniers runners ralentissent l’allure, les nouveaux venus enfilent leurs baskets et se lancent dans deux tours de piste d’échauffement.

L’art de la débrouille

Hugo Rea, le président des Paris Cocks, prend des nouvelles de ses potes de footy, claque une bise ici, échange un check là. A 27 ans, cet ingénieur commercial fait également partie de l’équipe. « Notre club est divisé en trois formations. Il y a les Cockerels et les Cockatoos, nos deux équipes masculines, et les Cockerelles, l’équipe féminine. Au départ, on n’était pas beaucoup. Mais avec le bouche-à-oreille, de plus en plus de personnes sont venues et on a dû former plusieurs groupes. Par contre, on joue tous ensemble à l’entraînement. »

Ce soir-là, une vingtaine de joueurs sont présents. L’entraînement se déroule sur une moitié de terrain, l’autre étant occupée par l’équipe de foot locale. Une hérésie quand on sait qu’un terrain de football australien mesure traditionnellement plus de 160 mètres de long et que sa forme ovale a peu à voir avec les lignes rectilignes de nos pelouse européennes. « De toute façon, on ne joue jamais sur des terrains de ce genre, glisse Alexandre Dulchain, secrétaire du club et consultant en système d’information. En général, on joue sur des terrains de rugby. Du coup, on est moins nombreux sur la pelouse. Au lieu de jouer à 18 contre 18 comme en Australie, on fait des 9 contre 9. »

Aussi étonnant que cela puisse paraître, les 300 licenciés de football australien en France en sont réduits à s’adapter aux contraintes logistiques pour pratiquer un sport sans ses règles officielles. Et comment faire pour marquer des points sans les quatre poteaux caractéristiques du footy ? « On se sert des poteaux de rugby et on place deux piquets de slalom à gauche et à droite, explique Alexandre en chaussant son protège-dent. Ce n’est pas très pratique, mais bon, ça fait l’affaire. »

Gilet jaune et cours d’anglais

Derrière la petite tribune attenante au stade, le vacarme du périphérique rappelle la musique des mégapoles. Les coups de klaxons du trafic se mêlent au coup de sifflet sur le terrain. Jonathan enchaîne les passes en tapant la balle du poing comme l’exige la règle. Le gilet jaune qu’il porte attire forcément l’œil. Des revendications à formuler peut-être ? « Non ! pas du tout ! rigole-t-il. C’est un trophée que m’ont remis mes coéquipiers. » « C’est celui qui fout le plus le bordel en troisième mi-temps, éclaire Andrew. Il mérite bien son titre. » L’atelier consacré au jeu au pied commence. Dégagement long, puis court, puis croisé… Certains maîtrisent parfaitement l’art de la chandelle, d’autres moins. « C’est normal, justifie Hugo. Tous les niveaux sont mélangés ici, des débutants aux confirmés. »

A la réception des ogives lancées dans le ciel, les mains se font peu sûres, les ballons tombent facilement. La balle est ovale comme au rugby, mais elle est plus élancée, plus fine, et surtout, beaucoup plus glissante. Sans grip pour aider les joueurs à s’en saisir, le ballon file comme une savonnette entre les doigts. Et ses rebonds au sol sont bien évidemment imprévisibles. De sorte que l’entraînement tourne parfois au burlesque, le ballon poursuivant sa course folle comme un poulet sans tête avec à ses trousses une armée de Cockerels impuissants.

Pour les non-initiés, l’entraînement des Paris Cocks s’apparente à un énorme bazar, faits de joueurs répartis n’importe comment aux quatre coins du terrain. Mais tout cela relève en réalité d’un magnifique chaos organisé, de courses de soutiens précises et d’annonces lancées pour indiquer un joueur démarqué. Un ballet de mouvements perpétuels où le ballon fait office de précieux relais entre les différents chefs d’orchestre de la symphonie.

Duel aérien entre les Coyotes (à gauche) et les Cockerels

« Come on guys ! », « Be quiet with the ball », « Don’t move here ! » Au footy, tout le monde parle anglais. En tout cas à Paris. « Il y a beaucoup d’anglophones dans l’équipe, souligne Alexandre. A peu près la moitié de l’effectif. La plupart viennent d’Australie, mais on a aussi des Irlandais, des Anglais… » Dans l’Hexagone, ce sport est pratiqué par de nombreux étrangers venus étudier en France et qui ont emporté dans leur bagage leur passe-temps favori. C’est d’ailleurs l’ambassade d’Australie qui a créé l’équipe à Paris à la fin des années 1990 pour rendre hommage aux soldats aussies qui ont donné leur vie à des milliers de kilomètres de chez eux dans l’immense bourbier de la Grande guerre. C’est au début du siècle dernier, aux abords des tranchées, que les premières parties de footy ont eu lieu sur le Vieux Continent.

Sur le terrain, un « wahou » d’admiration s’élève dans la nuit. Huw Ryan vient de réaliser une magnifique passe dans le dos, à l’aveugle. La classe. Cet Australien est arrivé en France il y a treize ans et a obtenu la double nationalité en 2016. Professeur d’anglais à Science Po Paris, il est très heureux d’avoir pu retrouver un sport qu’il pratiquait dans son bush natal quand il n’était alors qu’un teenager. « Mais si je jouais aujourd’hui en Australie, j’aurais beaucoup de mal à suivre le rythme. Ici, le format est plus cool et c’est moins éreintant physiquement », glisse-t-il dans un sourire.

22h30, les lumières du stade s’éteignent. C’est le signal que l’entraînement est terminé. Fin de la récréation : les joueurs rejoignent les vestiaires du gymnase comme les écoliers rentrent en salle de classe. Une file indienne se forme dans la pénombre, escortée par une drôle d’odeur de weed qui s’empare des narines plus ou moins consentantes. L’obscurité est vaincue le temps de quelques secondes par le phare de la tour Eiffel. Avant que le footy ne retourne une fois de plus dans l’ombre.

Adrien Corée

Duo de générations

Au Lille Université Club (LUC) handibasket, seulement deux femmes évoluent en compétition. Fabienne Saint-Omer avec l’équipe première et Kimberley François avec l’équipe 2. Pas facile de s’imposer au milieu des garçons mais elles y parviennent grâce à leur caractère, à leur travail et à leur complicité.

Kimberley François (à gauche) et Fabienne Saint-Omer (à droite), les deux seules joueuses du LUC handibasket en compétition, sont complices. PHOTO DEBORAH ADOH

« 1 2 3, ensemble ! » 20 heures à la salle Micheline Ostermeyer, le Lille Université Club (LUC) vient de s’imposer 69-66 face à Lyon. Le cri de guerre des Nordistes résonne pour la dernière fois du match. A chaque temps-mort, il a été entonné. Une femme le clame toujours en premier de sa voix grave et pleine d’assurance : Fabienne Saint-Omer. La joueuse élancée de 46 ans est l’une des deux femmes du LUC. La deuxième, c’est Kimberley François, 19 ans. Cinq heures plus tôt, la lycéenne aux cheveux longs et bouclés était sur le terrain avec l’équipe 2. 27 ans séparent les joueuses mais de nombreux points communs les lient.

Toutes deux Nordistes, elles ont découvert le basket fauteuil après avoir pratiqué une autre discipline. « Pendant 13 ans, j’ai joué avec Hazebrouck en valide, confie Fabienne Saint-Omer, d’une attitude posée. Pendant ma carrière, j’ai eu beaucoup de blessures aux genoux, j’ai été opérée plusieurs fois mais après plusieurs années, mes ligaments et mon cartilage étaient complètement détruits. Mon médecin m’a informé que je ne pourrai plus jamais faire de sport. Et puis, dans le lycée où je suis assistante de direction à Hazebrouck, une collègue m’a dit qu’elle connaissait une joueuse de handibasket à Lille. Comme la pratique se fait en fauteuil, ça pouvait être un sport intéressant pour moi. J’ai contacté le LUC et j’ai rejoint l’aventure en 2006. C’est vraiment un super sport! » Le plus dur pour elle a été de s’adapter à la chaise roulante. « Dans la vie de tous les jours je marche, il a donc fallu apprendre à diriger le fauteuil, conduire la balle en même temps et trouver mes équipiers. »

Fabienne Saint-Omer sait parfaitement jongler entre le fauteuil sur le terrain et la position debout dans sa vie de tous les jours. PHOTO DEBORAH ADOH

La benjamine souffre quant à elle d’une malformation à la jambe droite, plus courte et plus fine. Elle a découvert le basket fauteuil plus récemment. « Il y a 5 ans, un éducateur de mon institut m’a conseillé de tester la discipline à Lille. Comme il était joueur au LUC, il m’a convaincue d’y aller. Mais à l’origine, mon sport était la natation. J’en ai fait pendant 10 ans. » Le handibasket, un sport collectif très différent de la natation pour la jeune fille au sourire radieux. « Si  je nageais mal, je ne pouvais m’en prendre qu’à moi-même. En basket fauteuil, il y a d’autres facteurs qui influent sur le jeu, mes adversaires, mes équipiers. »

« Avec les garçons, ça chambre »

Fabienne Saint-Omer et Kimberley François ne jouent pas ensemble: la première évolue avec l’équipe principale et la seconde avec l’équipe 2. Elles sont donc seules au milieu de garçons. La plus expérimentée des deux aimerait qu’il y ait plus de pratiquantes: « Deux-trois filles dans chaque équipe, ce serait bien. Mais pour ça, il faut aller dans les centres de rééducation, montrer qu’on peut faire du basket malgré le handicap ». La grande basketteuse aux cheveux courts et gris évoque les difficultés d’évoluer en équipe mixte : « Il faut avoir du caractère. Parfois, on nous met de côté, on ne reçoit pas la balle. Au début c’est dur, mais petit à petit on s’impose. »

Sa jeune équipière, au physique frêle, confirme ce ressenti. « Les garçons pensent qu’on roule moins vite, qu’on est moins fortes alors ils ont tendance à jouer sur nous. A l’inverse, ils peuvent avoir peur de nous faire mal qu’ils soient dans notre équipe ou nos adversaires. Mais très vite, ils se rendent compte qu’on est comme eux et qu’on a le même niveau donc ils ne font plus de différence de traitement. »

Dans les vestiaires, c’est également compliqué. « Les garçons ont des sujets de conversation différents des nôtres et on se sent souvent un peu à l’écart. Donc c’est vrai que l’esprit d’un vestiaire entre filles, la convivialité, ça manque », concède Fabienne Saint-Omer avec un léger sourire.  Sous ses airs timides, Kimberley François fait preuve de caractère et de malice avec ses homologues masculins. « Il y a des commentaires sur moi, ça chambre. Mais je sais que c’est pour rigoler, je connais mes équipiers, ce n’est pas méchant. Et j’aime bien leur rendre la pareille. »

Dans les vestiaires, c’est également compliqué. « Les garçons ont des sujets de conversation différents des nôtres et on se sent souvent un peu à l’écart. Donc c’est vrai que l’esprit d’un vestiaire entre filles, la convivialité, ça manque », concède Fabienne Saint-Omer avec un léger sourire.  Sous ses airs timides, Kimberley François fait preuve de caractère et de malice avec ses homologues masculins. « Il y a des commentaires sur moi, ça chambre. Mais je sais que c’est pour rigoler, je connais mes équipiers, ce n’est pas méchant. Et bien sûr, j’aime bien leur rendre la pareille. »

Seule femme parmi les hommes en équipe 2, Kimberley François sait s’imposer sur le terrain comme en dehors. PHOTO DEBORAH ADOH

Évoluer avec des hommes a cependant un avantage majeur : « On travaille beaucoup plus aux entraînements. C’est plus physique qu’avec les filles », analyse Fabienne Saint-Omer. Cette dernière sait de quoi elle parle : Elle est membre de l’équipe de France féminine depuis plusieurs années. « Quand je vais en équipe de France, c’est très différent. On est que des femmes. On est plus tactiques. On prend le temps de poser notre jeu. Les hommes foncent et shootent. Ils sont plus directs. Mais j’aime bien les deux. » Au LUC, le public réagit bien et il est « curieux » de voir des filles parmi une équipe de garçons selon Kimberley François.

Transmettre le relais

Fabienne Saint-Omer n’est pas seulement joueuse au LUC mais elle est aussi entraîneure adjointe de l’équipe 2. Elle travaille donc avec son équipière Kimberley François. « Je m’entends super bien avec Fabienne. C’est un peu mon modèle. J’aimerais avoir le même parcours qu’elle, aller aussi loin. » L’admiration est réciproque. « Kimberley a un gros potentiel, elle en veut, elle fait du bon travail. Elle a juste besoin de plus de confiance en elle. Mais après, de nombreuses sportives ont ce défaut, j’ai eu ce problème plus jeune aussi. »

En 2018, la jeune femme aux yeux pétillants a connu sa première sélection en équipe de France des moins de 23 ans et a demandé conseil à son aînée avant d’y aller. « J’avais beaucoup d’interrogations donc je lui ai demandé si les filles étaient méchantes entre elles, s’il y avait de la rivalité. Elle m’a dit que c’était plus compliqué qu’avec les garçons. Et d’ailleurs, je l’ai constaté. L’ambiance était bonne mais on sent qu’il faut montrer qu’on est meilleure qu’une autre sur le terrain. »

La relation entre Fabienne Saint-Omer et Kimberley François est presque maternelle. En évoquant l’équipe de France, la Hazebrouckoise parle de transmission avec tendresse et sérénité. « Les Jeux Paralympiques de 2020 arrivent. La qualification se jouera pendant les championnats d’Europe en juin. J’espère que je serai sélectionnée. Mais je ne me projette pas vers Tokyo 2020 et encore moins vers Paris 2024 parce que les jeunes arrivent et c’est à elles de jouer. Bien évidemment, j’espère que Kimberley sera en équipe de France pour les Jeux de 2024. » Justement, la jeune basketteuse « fait tout pour y participer ». Les prochains mois au LUC risquent donc de rimer avec passage de relais entre Fabienne et Kimberley.

Déborah ADOH

Jenna Potts a trouvé son spot

Le sport permet à des personnes du monde entier de se réunir en un lieu pour un objectif commun. À Marcq-en-Baroeul, le club de volley féminin englobe Françaises, Bulgares, Camerounaises ou encore Péruviennes. Dans ce melting-pot, une jeune Américaine tente de se faire sa place.

Jenna Potts est du genre à avoir la bougeotte. À 24 ans, cette grande blonde d’1,91m, toujours de bonne humeur, est arrivée cet été en provenance d’Allemagne. En trois ans, elle découvre ici son troisième pays européen (après l’Allemagne et la République Tchèque). Dynamique et très souriante, elle tente de s’intégrer au mieux dans son nouvel environnement. « J’ai été dans 3 pays différents en Europe donc j’ai dû parler plusieurs langues. C’est difficile de devoir se réhabituer à une autre langue.» Parfois cela pose souci, surtout dans un sport ou la communication entre équipières est primordiale : « Les termes de volley diffèrent selon les pays donc à chaque fois que je bougeais je devais réapprendre les bons mots. Parfois je dis des choses sur le terrain que mes coéquipières ne comprennent pas et parfois moi-même je ne les comprends pas », s’amuse-t-elle.

Des bancs de la Fac à l’Europe

Pas facile pour une jeune américaine sortie de ses études de s’adapter à la vie quotidienne, dans un pays dont la langue est, pour l’instant, une barrière. Il n’est pas non plus évident de passer professionnelle quand on a longtemps vécu dans le système universitaire « La culture est différente. Quand tu es à l’université, toutes les filles sont du même âge et vivent ensemble. Quand tu joues en Europe, les filles peuvent avoir 18 ans comme 37 ans. » Etudiante à l’université de Pittsburgh, elle garde en mémoire des moments précieux. « J’ai un tas de bons souvenirs. Mais si je devais retenir un truc en particulier c’est pendant mon année en NCAA. Mon équipe était menée 24-17 et nous allions perdre le match. Et quand ce fut à ma partenaire de servir, elle nous a fait remonter à 25-24 pour nous, et au final on a gagné ce set 35-33 ! C’était incroyable, tout le monde était incandescent. »

Mais il a fallu bouger ensuite, traverser l’Atlantique, et s’adapter à un nouveau mode de vie, seule. « Je n’ai personne de ma famille ici, ils me manquent bien sûr. Mais j’aime beaucoup vivre en Europe. Mes parents sont quand même déjà venus ici en France, et avant en Allemagne. » Mais le sport a cela de beau qu’il permet de créer rapidement des liens : « Les joueuses ont été très gentilles avec moi. J’ai été très bien reçue. Avant d’arriver j’avais entendu un stéréotype sur les Français comme quoi ils n’étaient pas accueillants et aimables avec les Américains. Mais pour moi, ça a été tout le contraire. Quand je marche dans la rue, je sais que quelqu’un peut m’aider si j’en ai besoin. »

Ici à Marcq-en-Baroeul, elle découvre aussi les spécificité des matchs, notamment le joyeux vacarme produit par les supporters pendant les points. « Les fans sont super ici et partout où je suis allée. À la fac aussi les supporters sont bruyants mais ici il y a quelques différences : ils jouent des tambours tout le temps alors que je n’ai jamais vu ça à la Fac. C’est dur parfois de se concentrer avec tout ce bruit mais j’aime bien, c’est sympa. »

La « French way of life »

Mais le plaisir de la vie de sportive passe aussi par l’adaptation à son lieu de travail. Pour Jenna ce ne fut pas un problème car elle est fan depuis toujours de la France. Dans une interview donnée à MTV Stuttgart le 8 mars dernier (vidéo), la jeune femme avait avoué son amour pour Paris, et pour l’Hexagone en général. À la suite du match face à Venelles, son discours n’a pas changé. « La ville est très mignonne, et ce que j’aime ici c’est le nombre de boulangeries. J’adore les baguettes, c’est une par jour avec moi ! Ce que j’aime aussi c’est votre langue, elle est douce et belle à écouter. » Une Américaine de plus charmée par la culture française…

Jenna a aussi pu voir que les Français restent fidèles à eux-même sur un point : les manifestations. Arrivée cet été, elle a pu observer avec curiosité les mouvements sociaux qui secouent le pays depuis des mois «  Il se passe également de nombreuses manifestations aux Etats-Unis, surtout que les politiques ne sont pas géniaux en ce moment. Mais je n’ai jamais vu quelques choses comme les gilets jaunes. » Avoir fait du gilet jaune le symbole de la contestation du pouvoir, tenir quatorze semaines malgré les troubles, tout cela la marque particulièrement (et positivement) : « Je n’ai jamais vu d’aussi grosses manifs ! Les gens portent tous la même chose sur eux et je trouve ça plutôt cool, ça montre de la solidarité. Aux USA, on sait que les Français aiment se battre pour leur droits. Personnellement je trouve ça vraiment super. »

Malgré l’éloignement de sa famille, malgré la frontière de la langue, bien qu’elle ne soit pas encore titulaire, elle se plaît encore plus ici qu’ailleurs. L’Américaine deviendra-t-elle un jour une résidente régulière du pays du fromage et du vin ? En tout cas cette idée n’est pas pour lui déplaire :« J’aimerais vraiment faire une partie de ma vie en France, j’aime la vie ici, j’aime ce pays, j’aime sa culture. » Et si sa bougeotte s’arrêtait ici, à Marcq-en-Baroeul ?

Mathieu Sanchez

Bleu Blanc Nord

Samedi 23 février, le Stadium Lille Métropole de Villeneuve-d’Ascq accueillera la rencontre du Tournoi des VI Nations féminin entre la France et l’Ecosse. L’occasion pour certaines joueuses du LMRCV de retrouver leur antre. Que ce soit avec le coq ou le chardon brodé sur le maillot.

Un léger crachin vient rafraîchir un peu plus l’atmosphère hivernale. Les rares joueuses du LMRCV présentes à l’entraînement ce mercredi soir se réchauffent comme elles peuvent. Des exercices de passes dans un petit périmètre succèdent à une séance physique particulièrement relevée. Mais les sourires ne quittent pas le visage des joueuses. « Les filles prennent du plaisir à l’entraînement », confie Frédéric Cocqu. Le coach lillois observe l’opposition de loin, avec un œil toujours attentif. C’est son co-entraîneur Cyril Fouda qui donne les consignes et corrige certaines postures.

« Bien faire devant la famille »

A portée de drop du terrain d’entraînement, le grand Stadium Lille Métropole se dresse fièrement, comme la promesse d’une belle fête à venir. Dans un petit mois, l’équipe de France y recevra l’Ecosse pour la troisième journée du Tournoi. « On est très excitées », livre Yanna Rivoalen. La demie de mêlée du LMRCV a été retenu dans le groupe des Bleues. Tout comme sa jeune coéquipière Gabrielle Vernier, trois-quart véloce aux plaquages saignants. Les deux joueuses seront les dignes représentantes du Nord, les locales de l’étape. « Je suis super fière qu’un match de l’équipe de France puisse se dérouler ici, reprend Rivoalen. Cela s’inscrit dans la logique des bons résultats du LMRCV ces dernières années et du match des U20 féminines contre l’Angleterre organisé au Stadium l’an passé. » A cette liste, l’expérimentée capitaine du LMRCV pourrait ajouter le match du XV de France contre l’Argentine disputé au stade Pierre-Mauroy en novembre dernier. A seulement trois kilomètres de là.

Yanna Rivoalen va retrouver avec les Bleus un stade qu’elle connaît bien. ©Manuel Blondeau

« On aura envie de bien faire devant la famille et les amis », sourit Gabrielle Vernier. Pour elle, la perspective d’un match à la maison est une magnifique opportunité. Surtout après les émotions vécues lors de la fameuse victoire contre la Nouvelle-Zélande à Grenoble le 10 novembre. « C’est l’une des plus belles expériences que j’ai eu la chance de vivre, confirme-t-elle. On sentait une osmose entre l’équipe et le public ! »

Duel de copines

Du côté écossais aussi on attend ce match avec une certaine impatience. Surtout pour Lisa Martin et Chloe Rollie. Cette saison, les deux femmes portent le maillot vert, bleu et blanc du LMRCV. Et retrouveront donc leur Stadium-maison, au même titre que les deux françaises. « C’est rigolo de se retrouver face à des copines en match international », sourit Rivoalen. « Mais sur le terrain, il n’y a plus d’amies, répond Vernier. On sait faire la part des choses. »

En tout cas, depuis l’annonce officielle de la tenue de France-Ecosse à Villeneuve-d’Ascq, les joueuses ont entamé un traditionnel jeu de chambrage, entre blagues à l’entraînement et moqueries sur les affiches du match. « Cela reste bon enfant », indique Rivoalen. « Mais cela va continuer encore, ajoute Vernier. Avant, pendant et surtout après le match ! »

Gabrielle Vernier et les Françaises voudront relever la tête après leur défaite en Angleterre (41-26). ©AFP

Un mélange de rire mais aussi de crainte entre des joueuses qui s’estiment beaucoup et connaissent les qualités les unes et des autres. Gabrielle Vernier ne tarit pas d’éloge à propos de ses partenaires britanniques : « Lisa (Martin) a une excellente vision du jeu. J’ai de la chance de l’avoir comme coéquipière. Elle est performante dans tous les secteurs : le jeu au pied, la passe, le plaquage… Quant à Chloe (Rollie), je crois que tout le championnat connaît ses qualités d’appuis et de vitesse qui lui permettent d’être une redoutable finisseuse. »

« Une belle promotion du rugby féminin »

Méfiance de mise, donc, avant de recevoir ce piquant XV du Chardon. Même si, sur le papier, la France part favorite. « Il est drôle de constater que le France-Ecosse féminin est l’exact opposé du France-Ecosse masculin, décrypte Frédéric Cocqu. Chez les garçons, la France s’est enfermée dans un jeu de collision alors que les Ecossais essaient de déplacer énormément le ballon. Chez les filles, c’est l’inverse. Les Françaises ont un jeu très aéré tandis que l’Ecosse est beaucoup plus limité offensivement. »

Trois heures après le coup de sifflet final du match du XV de France contre l’Ecosse à Saint-Denis, les Bleues entameront leur partie quelques kilomètres plus au nord. Et cette exposition du rugby à Lille pourrait avoir des répercussions favorables pour le LMRCV. « On espère remplir le Stadium par beaucoup de gens, de joueurs et joueuses du département, explique le coach du club. Peut-être que de nouveaux licenciés vont venir à l’école de rugby grâce à ce match. En tous les cas, ce sera une belle promotion du rugby féminin. » Et après la fête sur le terrain viendra l’heure de la troisième mi-temps. On devine déjà les guides de la soirée.

Adrien Corée (avec D. A. et T. D.)

Faire du Nord une terre de rugby

ORGANISATION

La réussite de l’organisation est un défi majeur. Point capital pour Laura Di Muzio, joueuse du LMRCV et membre du comité d’organisation de France-Ecosse : « Les retombées économiques seront moindres mais nous espérons capitaliser pour le futur. Sur le long terme, on peut espérer plus de licenciés dans les clubs de la métropole lilloise et des Hauts-de-France. Par ailleurs, cela peut nous permettre de montrer que le Nord sait accueillir des matchs de rugby avec la manière. Au fil du temps, nous pourrons donc recevoir de plus en plus de confrontations de haut niveau. Et c’est notre objectif. »

AMBIANCE

Un autre enjeu de ce France-Ecosse se jouera hors du terrain. Le comité d’organisation a pour ambition de recréer une ambiance rugby. Le Nord n’est pas réputé pour être une terre de l’ovalie. Mais pour réveiller cet esprit, le comité d’organisation a misé sur une bodega, avec boisson, restauration, musique et animations variées. Elle débutera juste avant le match.

Le Stadium Lille Métropole, haut lieu du sport nordiste. ©touslesstades.fr

10 000

C’est le nombre de places en vente pour le match du Tournoi des VI Nations féminin France-Ecosse. Pour remplir le Stadium et faire connaître l’événement, les organisateurs enverront des invitations aux équipes de rugby féminin et masculin des Hauts-de-France. D’autres clubs de sport féminin seront également conviés.

SPORT FEMININ

La Métropole de Lille n’apporte pas uniquement son aide en prêtant le Stadium de Villeneuve-d’Ascq. Le partenaire institutionnel a aussi choisi de mettre une quinzaine du sport féminin (du 9 au 23 février). Le point d’orgue en sera le match France-Ecosse.

Déborah Adoh (avec T. D. et A. C.)

Filles en tête

Dans les Hauts-de-France, le rugby se conjugue au féminin. Portée par le LMRCV, cette différence fait la fierté des dirigeants. Guillaume Blanc et Jean-Louis Merten, vice-présidents de la ligue, espèrent que ces filles pourront un jour inspirer leurs homologues masculins.

Ancienne du LMRCV, Romane Ménager est le symbole des filles du Nord à avoir réussi dans le rugby. ©Alexandre Dimou

Un match de l’équipe de France aura lieu au Stadium de Villeneuve d’Ascq. Comment fonctionne le mode d’attribution ?

Jean-Louis Merten : La fédération propose aux différentes ligues l’éventualité d’accueillir les matchs. La ligue des Hauts-de-France, avec le Lille Métrople Rugby Club Villeneuvois (LMRCV), s’est portée candidate pour recevoir ce match.

Guillaume Blanc : Le club de Villeneuve-d’Ascq fait partie des meilleurs clubs de France, c’est un vrai atout. On s’est appuyé sur eux pour valoriser le rugby féminin dans la région et pour l’organisation de la rencontre au mois de février. Il a fallu avoir l’autorisation de la Métropole Européenne de Lille (MEL) pour qu’on puisse avoir le stade. Ensuite, on s’occupe des prestations pour les partenaires régionaux et français, sur la promotion du match auprès de nos licenciés et la distribution et vente des places.

Qu’est-ce que ce match aura comme retombées pour la ligue ?

J-L. M. : On espère que les jeunes vont venir s’inscrire. Le rugby féminin a une très bonne image. C’est un très beau rugby, qui gagne à être vu. Bien entendu, si on organise ce match, c’est parce qu’on veut faire des féminines une vitrine du rugby dans les Hauts-de-France. Et en Belgique également puisqu’on travaille sur les partenariats, les invitations et les spectateurs avec nos collègues de la fédération belge.

Le rugby féminin moteur dans les Hauts-de-France, est-ce une fierté ?

J-L. M. : Absolument, c’est une fierté, c’est une très belle récompense pour le club de Villeneuve-d’Ascq qui a travaillé pendant longtemps pour faire progresser le rugby féminin. En plus du LMRCV, on a aussi le pôle espoir féminin au Lycée Beaupré d’Haubourdin qui fonctionne très bien et d’où sont sorties plusieurs internationales.

« On a un public acquis à la cause du LMRCV »

Le championnat de France féminin n’est pas télévisé. Cette situation peut-elle changer ?

G. B. : Je l’espère. On voit que cela peut susciter un intérêt. Les matchs internationaux de l’équipe de France féminine font de l’audience. Pour l’instant, c’est diffusé sur France 4 et bien que ce ne soit pas une chaîne à très grande audience, il y a du monde. C’est bien la preuve que c’est un rugby qui intéresse les gens.

J-L. M. : C’est aussi grâce aux bons résultats de l’équipe nationale féminine que le rugby féminin va gagner en visibilité. C’est grâce à ces bons résultats que les chaînes de TV vont venir chercher nos équipes du top 16 pour les diffuser.

Qu’est-ce que le rugby féminin a de plus que le masculin ?

J-L. M. : Je vais dire que c’est un rugby avec une autre façon de jouer, beaucoup moins bourrin que chez les hommes, beaucoup moins rentre-dedans. Cela ressemble plus au rugby qu’on a connu il y a quelques années, au rugby à la française et pas seulement, c’est comme ça dans les autres pays aussi. Le rugby féminin est spectaculaire. Chez les filles, il y a une très bonne mentalité. Une mentalité plus amateure, moins professionnelle que chez les hommes et c’est ce qui plaît aux gens.

Le XV de France féminin jouit d’une belle popularité grâce à ses succès de prestige. ©Icon Sport

G. B. : Le rugby féminin peut montrer l’exemple. Le rugby doit continuer à exister à la fois dans ses composantes masculine et féminine. On ne peut pas considérer que s’il y a plus de licenciées filles, ce n’est pas grave qu’il y ait moins de licenciés garçons. L’intérêt du rugby féminin est qu’il peut montrer l’exemple y compris à l’équipe de France masculine sur le jeu développé. On voit bien que dans le rugby féminin, on n’a pas de problème de commotions cérébrales comme on peut avoir sur le rugby masculin. C’est bien parce que le rugby n’est pas en soi un sport qui génère normalement ce type de difficultés. C’est le style de jeu qui est appliqué aujourd’hui par les garçons qui les provoque. Quand on voit du rugby féminin, on voit du rugby de mouvement qu’on aimait voir chez l’équipe de France masculine il y a quelques dizaines d’années. Je trouve beaucoup plus intéressant de regarder un match de ligue féminine qu’un match du Top 14 aujourd’hui. C’est plus agréable à voir, avec plus de mouvement. C’est un vrai jeu de passe.

Deux filles du LMRCV sont sélectionnées pour le Tournoi. Sont-elles la vitrine de la région ?

J-L. M. : Oui bien sûr. Sur notre site, vous verrez qu’on communique à travers elles. Elles participent à des conférences dans différentes villes de la région. On compte sur elles, ce sont deux sportives de haut niveau de la région et derrière, on en a d’autres qui arrivent.

« Le rugby féminin est devenu naturel »

G. B. : On a des clubs friands d’aller voir des matchs de haut niveau de rugby et qui ont l’habitude de voir des matchs de rugby de haut niveau féminin puisqu’ils viennent souvent voir les filles du LMRCV. On a un public acquis à leur cause. Dans notre région, ils sont déjà sensibilisé au fait que le rugby féminin est du très beau rugby. On fait aussi de la communication vis-à-vis des écoles, collèges et lycées, comme on pourrait le faire sur un match de rugby masculin comme France-Argentine. On va inviter toutes les jeunes filles qui jouent au rugby dans nos clubs régionaux à venir faire un stage le samedi en compagnie de jeunes filles qui jouent au rugby en Belgique, en partenariat avec la fédération belge pour faire la promotion du rugby féminin.

La ligue se porte-t-elle candidate pour de futurs matchs des Bleus ?

G. B. : Non, on n’a pas cette réflexion. C’est une nouveauté de la part de la fédération de délocaliser des matchs des équipes de France, du moins pour les masculines. On a une chance immense d’avoir reçu France-Argentine en novembre, de recevoir France-Écosse au mois de février. On continuera à faire des demandes mais pas forcément sur la métropole. L’idée serait de pouvoir faire bénéficier à l’ensemble du rugby régional de matchs internationaux des équipes de France, quelles que soient les catégories. On a déjà accueilli les moins de vingt ans, les moins de dix huit ans, ce sont aussi des matchs intéressants à voir.

J-L. M. : Cela se fait au coup par coup, saison après saison. On laisse passer le match France-Écosse du Tournoi et après la fédération va revenir auprès des ligues pour proposer un nouvel organigramme de matchs, pour les garçons et les filles. À ce moment, on décidera de se porter candidat ou pas.

La ligue des Hauts-de-France accorde beaucoup de place au rugby féminin. Comment est-elle vue par les autres organes fédéraux ?

J-L. M. : Il n’y a pas que les féminines. Il y a eu le Lille Métropole Rugby il n’y a pas si longtemps. Je le vois dès que je vais à Marcoussis. À chaque rencontre avec mes collègues des autres ligues, je me rends compte que la vie du LMR a été certes furtive mais a eu un impact dans l’esprit des rugbymen de toute la France. Les autres ligues guettent l’avènement d’un autre club de la région. On est très content que Marcq-en-Baroeul soit premier en Fédérale 2. On espère tous qu’ils seront en Fédérale 1 l’année prochaine et ainsi de suite pour en faire une locomotive. Le rugby féminin est presque devenu naturel. C’est naturel qu’on ait un club dans le Top 16 quand on a vu les résultats que Villeneuve d’Ascq réussissait à avoir.

Propos recueillis par Thibault Duclos (avec D. A. et A. C.)

Dans les pas des Guerrières

Au moment de rencontrer Bourges ce mercredi 20 février pour le dernier match de coupe de l’EuroLigue féminine, il est temps de revenir sur les moments qui ont marqué la saison de l’ESBVA. De la qualification en EuroLigue, aux victoires, défaites et moments de doute, les Villeneuvoises ont fait le plein d’émotion. 

Magali Mendy, arrivée cet été dans le Nord, entre dans la raquette. ©Pierre Le Masson

Samedi 13 octobre 2018. Début des hostilités. Première journée de championnat. Les Z’hurlants, supporters emblématiques du club, sont prêts pour une nouvelle saison. L’ESBVA reçoit Mondeville et signe sa première victoire (86-58). Des débuts prometteurs, une prestation imparfaite mais qui satisfait l’équipe. 

Mercredi 17 octobre 2018. Match qualificatif pour l’EuroLigue face à Szekszard. Une victoire dans la douleur (77-61). Et un état d’esprit collectif déjà performant selon le coach des Guerrières Frédéric Dusart : « Dans les six dernières minutes on est à -17. J’ai tenté un coup de poker. Il faut qu’on gagne en régularité sur la défense. » Une victoire rassurante surtout que l’ESBVA est privée de sa capitaine et meilleure marqueuse de la saison dernière Johanne Gomis. « Ça promet de belles choses quand elle va revenir. » La joueuse à suivre, Magali Mendy, fraîchement débarquée pour découvrir l’EuroLigue. « Elle marche sur l’eau ». Cette victoire est importante également car c’est la quatrième fois d’affilée que le club officiera en EuroLigue. Un record. Ce premier match européen, c’est aussi l’occasion d’afficher les objectifs du club dans la compétition. Mais Frédéric Dusart préfère ne pas s’avancer : « On ne sera favori d’aucun match. L’EuroLigue va être un objectif qualitatif. »

Mercredi 24 octobre 2018. Premier match officiel d’EuroLigue. L’ESBVA reçoit le monstre russe d’Ekaterinburg. Les Villeneuvoises s’inclinent lourdement (51-99) mais pour l’entraîneur Frédéric Dusart, il y a encore de belles choses à retenir. « Dans la construction du jeu on était là, dans l’état d’esprit on était là, dans l’intensité défensive on était là. » Avec un effectif « favori pour finir dernier de la poule », difficile de faire mieux. Surtout quand l’une des meilleures joueuses du monde est face aux Nordistes.  « Avec toute l’argent qu’on met dans l’équipe on achète la jambe droite de Brittney Griner » ironise Dusart à la fin du match. « Mais je ne veux pas qu’on se réveille demain avec une baisse de confiance, avec une gueule de bois, désespérées, désemparées, dans le doute. »

Mercredi 31 octobre. L’ESBVA affronte Braine. Les Belges se targuent d’avoir la meilleure équipe de leur histoire et visent les places qualificatives pour l’EuroCoupe. Le match tourne à l’avantage des Nordistes (51-49) dans une ambiance folle. « Avec un public qui poussait, à chaque fois qu’il y avait un rebond offensif on croyait qu’il y avait un but ». Frédéric Dusart est ravi du match et surtout de prendre part à cette compétition pour le public. « L’EuroLigue, ce sera plus un aspect événementiel qu’un aspect sportif. Je suis content pour le public. Je sais qu’ils viennent voir jouer les grandes équipes qu’on affronte. »

Dimanche 4 novembre 2018. L’ESBVA se déplace à Nantes. Un match très compliqué. Les Guerrières sont bousculées physiquement et mentalement. Elles se prennent une claque. Alors qu’elles mènent de 10 points dans le 3ème quart temps, elles se font remontées (74-69). Une défaite qui reste en travers de la gorge de l’équipe.

Mercredi 5 décembre. Nouvelle défaite à Nadezhda (72-49). L’ESBVA est sur un fil. Les joueuses alternent entre les bonnes et les mauvaises prestations. Le public ne sait plus à quoi s’attendre. Le parcours en EuroLigue est compliqué mais c’était prévu. En revanche le bilan en championnat est davantage surprenant avec cinq victoires pour autant de défaites.

Jeudi 10 janvier 2019. L’ESBVA n’y arrive plus. Sixième défaite consécutive après son match à Ekaterinburg (100-75). En EuroLigue c’est même la cinquième défaite de suite et leur parcours dans la compétition européenne se complique. Après Prague, les voisines de Saint-Amand, Bourges par deux fois, Mont-de-Marsan et Ekaterinburg, Villeneuve-d’Ascq doit trouver les clés pour sortir la tête de l’eau. 

Jeudi 24 janvier 2019. La dernière spirale de défaite avait fait du mal aux têtes des Guerrières. Il fallait absolument changer les choses pour se relancer. C’est chose faite. Les Nordistes se sont reprises face à Mondeville le 13 janvier. Elles enchainent leur succès en championnat face aux Nantaises. Avec un match aller qui les avait marquées. Il y avait des airs de revanche sur le parquet. Même son de cloche en EuroLigue. Les Villeneuvoises relèvent enfin la tête. Face à Braine d’abord (73-61) et à Schio (75-81). L’ESBVA a remporté tous ses matchs face à ces deux équipes. Surtout, c’est la première fois que le club enchaîne quatre victoires consécutives toutes compétitions confondues depuis le début de la saison. 

Mercredi 13 février. Nouvelle défaite à Prague (84-68). Même bilan en EuroLigue pour les matchs retours. A part Braine et Schio, l’ESBVA est dominé par tous ses adversaires. Frédéric Dusart le répétait déjà au début de la saison: « On ne sera favori d’aucun match ». De quoi tirer un bilan positif pour les joueuses avec quatre victoires en 13 matchs. Pour l’instant à la sixième place, elles peuvent espérer participer au tournoi à huit équipes de l’EuroCoupe en mars prochain. 

Dimanche 17 février 2019. L’ESBVA se déplace à Landerneau pour la 16ème journée. Après leurs deux dernières défaites face à Lyon et Charleville-Mézières, il faut se reprendre avant d’affronter Bourges la semaine d’après. Les Guerrières tiennent leur rang. Elles contiennent les Bretonnes. Et elles font le plein de confiance avant le dernier match de poule en EuroLigue. 

Les Villeneuvoises joueront leur dernier match de la compétition la plus prestigieuse en Europe mercredi prochain face à Bourges. Si elles gagnent, elles seront automatiquement qualifiées pour l’EuroCoupe. Si elles perdent, elles devront attendre les résultats de Schio. Mais face aux Berruyers qu’elles ont déjà rencontré deux fois cette saison, la tâche s’annonce difficile.

Elena Cervelle

Un nouveau chef Viking

Viking depuis le début des années 2000, Guillaume Prévost a gravi tous les échelons pour devenir à 30 ans le nouveau président du club de Villeneuve d’Ascq. Également joueur mais aussi entraineur, le Lillois entend développer son club et lui faire atteindre les sommets du football américain hexagonal.

(crédit photo : page Facebook des Vikings de Villeneuve d’Ascq)

Du haut de son mètre 90, floqué du numéro 75, le chef viking se tient droit au milieu de la mêlée. En plus d’être joueur, Guillaume Prévost est depuis janvier le président du club de football américain de Villeneuve d’Ascq. Le club phare de la métropole lilloise.

Ce soir-là dans un match moyenâgeux, les Vikings reçoivent les Templiers d’Élancourt. Véritable armoire à glace, Guillaume joue défensive line et offensive line. Son rôle est central : « En défense, mon rôle est d’empêcher les actions adverses. En attaque, je protège mon quarter back (le passeur qui dirige l’attaque) et je dois ouvrir des brèches pour nos receveurs. » Avec deux entrainements collectifs et deux entrainements musculaires par semaine en plus des matchs, le football américain rythme sa vie.

« Je ne savais même pas que ce sport existait »

L’histoire d’amour entre Guillaume et la petite balle ovale commence au début des années 2000, il avait onze ans. « J’ai commencé grâce à mon frère qui me disait : ″ T’es beaucoup trop sur la console, viens te bouger un peu. ″ Je ne savais même pas que ce sport existait. J’ai alors commencé au flag, le football américain sans contact. J’ai tout de suite accroché. » 

Le Lillois gravit ensuite tous les échelons dans son club de toujours.   « Durant ma première année en junior, j’ai intégré les classes Sport Étude à Amiens. Ce qui m’a permis d’entrer en équipe de France. En 2008, on a gagné la médaille de bronze aux championnats d’Europe juniors. »

Guillaume monte en équipe première et ajoute une autre casquette à sa collection, le coaching. « Dès ma première année en sénior, j’ai commencé à entrainer notre équipe junior. » Une trajectoire toute trouvée pour cet assistant d’éducation dans un collège. « J’ai toujours aimé le contact avec les jeunes, j’ai toujours eu cette fibre sociale d’encadrer les gens, les aider à se développer et à sortir le meilleur d’eux-mêmes. » Cette année, en plus de la présidence, Guillaume a pris en main l’équipe féminine des Vikings. 

A l’issue du match, Guillaume (debout à gauche) écoute le débriefing de ses entraîneurs.
(crédit photo : page Facebook des Vikings de Villeneuve d’Ascq)

Objectif : monter dans l’Elite

Fort de ses dix-huit années passées au club, le jeune trentenaire fait quand même office de « papa » pour cette jeune équipe. « Cette année je ne suis pas capitaine. Je laisse ça aux jeunes. » Pour ce troisième match de championnat de deuxième division, les Vikings s’imposent face aux Templiers sur le score de 12 à 0. A la fin du match, le président-joueur a réuni ses troupes pour prononcer un discours. Le mot d’ordre : ne pas céder au chambrage et rester concentré sur la suite de la saison. « Notre objectif est de monter en Elite. Aujourd’hui tout n’était pas parfait, on a encore beaucoup de travail pour respecter cet objectif. » 

Les Vikings ont de grandes ambitions. Normal pour un club en constant progrès depuis sa création en 1986. Avec environ 500 licenciés parmi lesquels une centaine de bénévoles, le club de Villeneuve d’Ascq est le plus important de France en nombre de licenciés. « On refuse du monde, une centaine de personnes par an. Car au niveau infrastructures on ne peut pas faire plus, on est à saturation. On pourrait avoir trois équipes seniors, c’est sûr. On les envoie aux clubs d’à côté », explique Jean-Philippe Delporte, président pendant près de 20 ans. En ce début d’année 2019, il a passé la main. « Je suis maintenant trésorier. Il fallait un président avec un axe plus sportif. » Avec trois victoires en trois matchs, les Vikings du chef Prévost sont bien partis pour conquérir le Casque d’or, la deuxième division du football américain français. Avant, pourquoi pas, de conquérir l’Hexagone. 

Laurent Vignasse

C’est la défaite qui prend Lomme

Promu en deuxième division féminine de handball, le club nordiste a pour l’instant perdu tous ses matchs. Joueuses et entraîneur sont touchés mentalement et semblent sans solution.


L’entraîneur Loïc Gardey avec ses joueuses avant le début du match contre Octeville-sur-mer, finalement perdu 27-31. (crédits photo Thierry Robbe)

Une heure avant le coup d’envoi, samedi 16 février, les joueuses d’Octeville-sur-mer sont déjà en plein échauffement. De l’autre côté du terrain, les joueuses de Lomme sont assises sur le banc, pensives et silencieuses à observer leurs futurs bourreaux du soir. Le contexte sportif commence à être pesant pour elles. 13 matchs, 13 défaites. C’est le terrible bilan des Nordistes dans cette phase régulière avant d’aborder la rencontre face à Octeville-sur-mer et avant les playdowns* (voir ci-dessous).

La dernière défaite à domicile face aux Normandes (27-31), pourtant avant-dernières d’un championnat à huit équipes, a rendu encore plus hypothétique les chances de maintien. La réalité du terrain est rude pour les Lommoises qui n’étaient pas programmées pour monter, rappelle Michel Destombes, vice-président. « Il faut remettre l’église au milieu du village. Sportivement on a terminé deuxième de Nationale 1. C’est une montée par opportunisme mais qu’on ne pouvait pas refuser. Mais clairement pour l’instant la marche est un peu trop haute surtout dans un contexte de professionnalisation du handball. » Autre élément, Lomme ne s’est jamais maintenu sportivement en deuxième division. « Ce n’est pas la première année que le club galère », explique Loïc Gardey, l’entraîneur, arrivé cet été en provenance de Brest où il a été responsable du centre de formation. « Mais le club n’a pas retenu les leçons du passé. Au moins on ne peut pas dire que je fais pire que certains mes prédécesseurs. »

« A un moment, tu ne sais plus quoi faire »

Ce qui n’empêche pas l’entraîneur d’être décrié et cela l’use. « On ne sent pas les choses avancer dans le club. Je suis mis en cause par des gens qui ne voient que la partie immergée de l’iceberg. Il m’est arrivé d’entendre dire que je ne méritais pas mon salaire. Les gens ne voient pas le reste comme les séances vidéo, les entraînements. C’est un peu désespérant car on travaille bien. Elles font des semaines extraordinaires, j’ai rarement vu un groupe qui bossait autant. » Il aime le rappeler, son équipe perd rarement par 10 points d’écart. Seulement, ses joueuses sont trop inconstantes et ne parviennent pas à atteindre « le smic sportif ». Ce manque de régularité leur fait défaut. Il ne réussit pas à corriger ce problème, au point d’être sans solution. « C’est désarmant, à un moment tu ne sais plus quoi faire. »

Les joueuses sont bien conscientes que leur entraîneur vit mal la situation. « J’imagine que pour lui ça doit être dur et même pire en tant que coach, estime la gardienne Margaux Destombes. Il nous offre toutes les cartes en main mais ce n’est pas lui qui est sur le terrain. Il donne tout ce qu’il peut faire. » Même le tableau d’affichage semble avoir lâché, il est tombé en panne pendant la rencontre face à Octeville.

L’arrière Célia Benlabed, avoue « vivre la saison la plus compliquée de sa carrière ».
(crédits photo Thierry Robbe)

Pour trouver une trace d’optimisme, il faut chercher du côté des supporters. Ils veulent y croire, du moins ils essayent. Carlos est un fervent supporter depuis 2013. Il s’occupe des lives Facebook, de la billetterie et fait tous les déplacements. « Un supporter se doit toujours d’y croire. Après c’est vrai que je suis quelqu’un d’optimiste. Il faut au moins essayer de projeter sur l’avenir. » De l’espoir dans les mots, un peu dans les actes. Après la défaite, quelques joueuses, restent sur le terrain pour faire des selfies avec les supporters venus les réconforter. Sur les visages des joueuses, apparaît un sourire, parfois sincère, parfois de dépit. Interrogées sur la situation sportive, elles en oublient le nombre de défaites.

« On est dans un cercle vicieux »

Toutes n’appréhendent pas la situation de la même manière. « On ne sait même pas comment expliquer cette situation », confie Maelig Cimbe, la pivot, dépitée après ce nouveau revers. « C’est vraiment difficile d’être un groupe qui perd tout le temps ». A tel point que le handball reste toujours dans un coin de la tête pour ces joueuses qui sont soit salariées ou étudiantes. « Je n’arrive pas à mettre ça de côté, car c’est ma deuxième famille. On se voit quasiment tous les jours donc forcément on en parle entre nous. », lâche Margaux Destombes, aussi étudiante en master.

D’autres, à l’image de Célia Benlabed, kiné au quotidien et meilleure marqueuse du groupe, n’avaient jamais vécu cette situation. « C’est ma saison la plus compliquée en 7 ans de carrière depuis que je suis au club. Perdre tout le temps, ça devient mentalement très dur. Certains matchs, on les lâche comme la semaine dernière à Noisy-le-Grand (défaite 36-21). On entre dans un cercle vicieux. » Avant d’esquisser un sourire et de rappeler une évidence : « J’arrive à oublier, car je fais du handball pour le plaisir. Mais dans la vie, il y a plus grave. » Les Lommoises peuvent trouver un autre motif d’espoir. Dans l’autre poule de la division 2, Bergerac collectionne aussi les défaites (1 nul et 13 défaites). Elles les rencontreront lors des playdowns. A la clé peut-être enfin une victoire pour que les sourires ne soient plus seulement de façade.

Florian Decloquement

*Après la phase régulière s’ouvre un deuxième championnat de 8 équipes où s’affrontent les quatre dernières des deux poules. Les matchs face aux équipes de la saison régulière sont déjà comptabilisés. Il reste donc huit matchs aux Lommoises pour se maintenir sachant que les quatre derniers descendent.

Des Vikings au grand coeur

Engagée en deuxième division nationale, l’équipe de football américain de Villeneuve-d’Ascq est celle qui compte le plus de licenciés en France, avec un modèle associatif bien défini. Et dont les actions ne se cantonnent pas aux terrains de sport.

L’équipe des Vikings pendant le match contre les Templiers d’Elancourt

Les Vikings contre les Templiers. Ce n’est pas le nom du dernier jeu vidéo à la mode mais l’affiche de ce samedi soir au terrain de la Tamise à Villeneuve-d’Ascq, dans la métropole lilloise, entre le club de la ville et leurs adversaires venus d’Elancourt, en région parisienne. Loin du spectacle à l’américaine, des concerts à la mi-temps, des danseuses et des publicités à la télévision, le football américain se joue ici, dans ce complexe sportif mal éclairé. Sur un terrain boueux, niché entre les barres d’immeubles et à deux pas du Stade Pierre Mauroy et ses près de 50 000 places. Depuis 2001 l’équipe première des Vikings de Villeneuve-d’Ascq joue ici ces matchs à domicile, dans la deuxième division du football américain français, appelée Casque d’Or.


« Une belle bande de pote ». Jean-Philippe Delporte, 39 ans, décrit son club dont il est membre depuis 1991. Il vient tout juste de passer la main à la présidence, après vingt ans passés à diriger le club comptant le plus grand nombre de licenciés dans l’hexagone, près de 500. Un club victime de son succès : « On refuse du monde, une centaine de personnes par an car on veut accueillir les gens dans de bonnes conditions. Notre but c’est que l’on joue. » Une équipe de football américain compte en moyenne une cinquantaine de joueurs (voir encadré), 63 joueurs à Villeneuve-d’Ascq, de 19 à 47 ans. Mais les Vikings, c’est aussi une équipe féminine, des équipes de jeunes mais aussi une équipe handisport, qui existent depuis cinq ans : « Ils sont 22 en sport adapté, de 20 à 58 ans. Nous avons un partenariat avec le centre des Lauriers à Ascq. », explique Jean-Philippe Delporte.

Au-delà du sport, le social

Après le match. Source : Facebook de l’ESBVA

Le club assume parfaitement sa vocation sociale, en proposant des animations dans les quartiers populaires de Villeneuve-d’Ascq, qui permet de repérer des jeunes qui peuvent à terme intégrer l’équipe première. « Nous proposons une licence au cours des animations, pour quatre séances, afin que les jeunes puissent tester. » Mais cette volonté de s’intégrer dans le paysage local va plus loin. Chaque lundi, depuis cinq ans, une quarantaine de membres du club part en maraude, comme n’importe quelle association d’aide sociale : « On donne à manger et des vêtements aux SDF. Décathlon nous a même donné des duvets et organise une collecte de vêtements. ».

Une initiative hors du circuit classique de l’aide sociale : « Cela nous permet d’être libres. » « On fonctionne sans subvention et on va où on veut, assume Jean-Philippe Delporte, on veut juste aider les gens dans la rue, au début ils ne savaient même pas que l’on était un club de football américain. » Les Vikings ne comptent que des bénévoles dans leur organisation, les joueurs ne sont pas payés. « Nous sommes la seule équipe de deuxième division pour qui c’est le cas. », se félicite Jean-Philippe Delporte. Il y a une centaine de bénévoles dont les missions vont de « conduire les enfants pour les matchs à tracer les lignes du terrain en passant par la communication. » « Tout le monde se connaît. », souligne Margaux Desmoudt, membre de l’équipe féminine et l’une des responsables de la communication.

Un modèle financier assumé

Une organisation associative pour un club qui vise la montée dans l’élite du football américain français, pour rejoindre les Spartiates d’Amiens, l’autre grand club de la région des Hauts de France. Mais avec un budget de 60 000 euros par an, les Vikings vont devoir passer un cap financier après le cap sportif. « On a plus de partenaires privés que publics, car c’est dur de débloquer des subventions, décrit Jean-Philippe Delporte. Si on veut monter en élite, il faudra tripler voir quadrupler notre budget. On souhaite également obtenir le statut de sport communautaire auprès de la MEL (Métropole Européenne de Lille) pour pouvoir débloquer des subventions. » En attendant, le club bénéficie d’un large réseau de « petits partenaires privés fidèles, qui soutiennent le club depuis 10-12 ans. » « On préfère les garder sur le long terme plutôt que de faire des “ one-shot “ ». Cependant, le club peut compter sur le partenariat du grand équipementier sportif local, Décathlon : « On a fait leur communication sur leurs équipements ». La location du « Kipstadium », des infrastructures dont l’entreprise est propriétaire, est possible lorsque les terrains des Vikings ne sont pas praticables.


Le club compte également sur la Ligue des Hauts de France, qui accueillera au Stadium de Villeneuve-d’Ascq la finale du championnat élite, pendant deux ans à compter de cette année (l’édition 2019 se tiendra le 29 juin). 10 000 personnes sont espérées, pour ce qui sera la grande fête du football américain nordiste. Et les Vikings seront au coeur de cette organisation.
« Quand les joueurs partent dans un autre club ils me disent “ C’est dur “ »,dit Jean-Philippe Delporte en souriant. Il n’y avait qu’une petite centaine de spectateurs samedi soir, sur des chaises faisant office de tribune, à assister au match remporté 13 à 0 par les Vikings de Villeneuve-d’Ascq face aux Templiers d’Elancourt. Mais Villeneuve-d’Ascq profite l’espace d’une soirée d’un parfum léger d’Amérique.

Florent Vautier

Le football américain, c’est quoi ?

C’est un sport dit « de gagne-terrain ». Chaque équipe évolue en attaque et en défense à tour de rôle. En attaque, une équipe à quatre tentatives pour franchir l’équivalent de dix yards, soit environ neuf mètres. L’objectif final étant d’amener le ballon dans la « end-zone », au bout du terrain, pour marquer six points, voir un ou deux de plus en cas de transformation. L’autre équipe, en défense, doit l’en empêcher. «  Il y a de tout. Il nous faut des gros pour bloquer, des joueurs qui courent vite pour courir à l’arrière, des puissants pour faire les blocs mais avec de la vitesse. Ça va de 60 kilos à 160 kilos », explique Jean-Philippe Delporte. Un match se joue en 4 quarts-temps de 15 minutes.

Arsenal : in Arsène, they trust

Les supporters d’Arsenal aiment Arsène Wenger, et ce malgré des dernières années en demi-teinte. Si aujourd’hui, beaucoup de Gooners réclamaient son départ, l’Angleterre et les supporters d’Arsenal ne semblent pas près d’oublier le charismatique entraîneur français.

L’image est irréelle. En mai dernier, Stoke reçoit dans son Britannia Stadium l’équipe d’Arsenal, cinquième du championnat et loin de ses objectifs de début de saison. Les hommes d’Arsène Wenger mènent tranquillement 4-1, quand cet avion passe, avec une banderole au message très clair : « Wenger out, means out » (Wenger dehors, ça veut dire dehors!)

Le clivage entre pro et anti-Wenger était à son paroxysme la saison dernière, entre ceux qui réclamaient à tout va la tête du technicien, et les autres qui défendaient l’homme qui a tant apporté à leur club. Wenger a finalement été prolongé pour deux ans. Mais cette saison, le constat était le même pour tous : les résultats catastrophiques pour un club de l’envergure d’Arsenal (actuellement 6ème du championnat), loin d’une qualification en Ligue des Champions, devaient pousser le Strasbourgeois vers la sortie.

Un « Arsène Who ? » bien lointain

Mais licencier Arsène Wenger, l’homme aux trois championnats et sept FA Cup, et surtout l’artisan de la saison des Invincibles, était impossible à imaginer pour le board du club comme pour ses supporters. La décision devait venir de lui-même. Et finalement, c’est le choix qu’a aujourd’hui fait Arsène Wenger. La dépêche est tombée avant onze heures, et a surpris tous les supporters. Arsenal sans Arsène Wenger ? Toute une génération a vécu avec lui. Kylian Mbappé n’était pas né quand l’Alsacien a pris son poste en Angleterre. Dans les esprits, Arsenal et Arsène Wenger étaient synonymes.

Pourtant, quand Wenger est arrivé en 1996, l’accueil est glacial. L’Evening Standard titre un cinglant « Arsène Who ? » (Arsène qui?), et les joueurs dans le vestiaire sont surpris de l’allure de prof d’histoire-géo de ce coach français au drôle d’accent anglais. Tout commence bien, quand le 12 octobre 1996, Wenger remporte son premier match sur le banc d’Arsenal contre Blackburn, champion d’Angleterre un an plus tôt, 2 à 0.

La première saison permet aux Gunners de monter sur le podium de la Premier League, une première depuis le titre de 1991. L’année suivante, Wenger signe le doublé championnat – coupe. Les supporters commencent à apprécier le coach français. Même si le jeu n’est pas flamboyant, les résultats suivent. Le légendaire Highbury s’enflamme peu à peu pour les hommes de Wenger.

Le titre d’Arsenal en 2002, acquis grâce à une victoire à Old Trafford 1-0, conforte le nouveau statut de l’ancien entraîneur de Monaco. Les « In Arsène we trust » fleurissent dans Highbury, que Wenger et le board d’Arsenal viennent pourtant de condamner. Mais la saison qui fera rentrer Arsène Wenger dans la légende, c’est évidemment celle des Invincibles 2003-2004.

Imaginez : une saison sans défaite en championnat ! Au total, les hommes de Wenger seront invaincus pendant 49 matchs. Mais l’histoire de Wenger s’écrit un doux soir de printemps de mai 2004. Le titre est alors déjà dans la poche, depuis le North London Derby. Avec un match nul 2-2 contre les Spurs, Arsenal remporte, sur la pelouse de son plus grand rival, un nouveau titre.

Quelques semaines plus tard, pour la dernière journée de Premier League, Arsenal, leader invaincu reçoit Leicester, assuré de la relégation, à Highbury. Les Gunners sont ultra-favoris, mais écrasés par la pression, ils n’arrivent pas à trouver la faille. Ils se retrouvent même menés à la demi-heure de jeu, sur une tête de Paul Dickov.

Highbury est tétanisé, et craint l’invraisemblable. Wenger sent son rêve de saison parfaite s’envoler. À la mi-temps, « Le Professeur » s’emporte. « Je leur ai dit : « Écoutez, nous avons gagné le championnat, je veux désormais que vous deveniez immortels. » Ils ont dû penser : « Ce mec est complètement fou. Qu’est-ce qu’il veut de nous ? De quoi est-il en train de parler ? » Mais quelque part, ils ont commencé à y croire », explique-t-il dans le livre Invincibles.

Sortis des vestiaires, les Gunners jouent libérés. Quelques minutes à peine après le discours de Wenger, Dennis Bergkamp lance Ashley Cole dans la surface des Foxes, et l’Anglais obtient un penalty. Thierry Henry le transforme et marque son trentième but en championnat. Vingt minutes plus tard, Patrick Vieira profite d’un nouveau caviar de Dennis Bergkamp pour offrir la victoire aux siens. Au coup de sifflet final, Highbury se lève, comme un seul homme.

La performance est inédite dans l’histoire de la Premier League, et risque bien de le rester. Manchester City s’y est frotté cette saison, sans succès. Le souvenir est resté dans les mémoires des Gooners comme l’apogée de la carrière de Wenger. Depuis ce soir, Arsenal n’a plus été champion d’Angleterre.

Les Gooners ont pourtant vibré, notamment sur la finale de la Ligue des Champions 2006. Arsenal menait encore 1-0 à un quart d’heure de la fin du match, avant de se faire crucifier par un Barça en supériorité numérique. 2006 est un tournant pour Arsenal. Le club enterre alors Highbury de manière glorieuse, avec une victoire 4-2 contre Wigan, un triplé de Thierry Henry et une ambiance d’anthologie.

Les résultats de ces dix dernières années sont moins glorieux pour Arsène Wenger. Les déceptions se sont accumulées en championnat et sur la scène européenne. Neuf longues années de disette ont frustré Wenger et tous les supporters. Et dernièrement, les FA Cup n’ont pas toujours réussi à sauver le bilan du coach français.

Et pourtant, au moment de baisser définitivement le rideau sur l’aventure de Wenger à Arsenal, les supporters se remémorent les grands souvenirs. La magie de Dennis Bergkamp, le sens du but de Thierry Henry, la technique d’Andrei Arshavin, la justesse du « Wengerball ». La victoire impossible à l’Emirates contre le Barça en 2011, le but de Wilshere contre Norwich, la démonstration en Lombardie en 2008 face au Milan A.C.

Finalement, la terrible blessure d’Eduardo (2008), les humiliations contre United (8-2 à Old Trafford en 2011) et contre Chelsea (6-0 à Stamford Bridge,pour le 1000e match de Wenger en 2014), ou la saison 2011, broyée par la défaite invraisemblable en finale de la League Cup contre Birmingham (2-1), seront oubliés des esprits des Gooners quand, le dimanche 6 mai prochain, ils fêteront leur coach pour son dernier match à domicile, contre Burnley.

Parce que malgré les critiques, Wenger était une institution en Angleterre. Certes de plus en plus critiquée. Pour la première fois de l’ère Wenger, Arsenal devrait terminer en dehors du top 5. Mais sa longévité exceptionnelle (22 ans) force le respect. Henry Winter, journaliste au Times Sport, raconte : « J’ai parlé avec un supporter d’Arsenal qui a 25 ans. Quand il était tout petit, ses parents ont divorcé. Il m’a dit qu’il n’avait jamais rencontré Wenger, mais il lui sera toujours reconnaissant, parce qu’il était la seule figure masculine stable de sa vie. Wenger était une constante. »

Depuis ce matin, les hommages de ses anciens joueurs et du monde du football se multiplient. Le départ acté, l’union sacrée est déjà en place, pour aller chercher un dernier trophée avec Arsenal, l’Europa League. Pour offrir à Arsène Wenger la sortie qu’il mérite.

La Ligue des Nations, qu’est-ce que c’est ?

Ce mercredi, le tirage au sort de la Ligue des nations a été effectué. la France retrouve l’Allemagne et les Pays-Bas. Mis à part les férus du jeu Football Manager, personne ne connaît les règles de cette nouvelle compétition. Focus sur son fonctionnement.

La génèse ?


En 2014 , l’ancien président de l’UEFA Michel Platini annonce au congrès d’Astana la création officielle  de la Ligue des nations.
L’objectif est simple :  diminuer les matchs amicaux sans enjeu en créant une nouvelle compétition et par la même occasion multiplier les revenus des droits télés.
L’épreuve se déroule sur deux ans et est organisée les années impaires.

Qui participe ?

Les enjeux ?

Dans la Ligue  A, les quatre premiers des  groupes se retrouvent dans un « final four » similaire à l’euroligue de basket.
Au programme : deux demi-finales et une finale qui déterminera le gagnant de la Ligue des nations.
Les quatre derniers descendent dans la ligue B
Dans les ligues B, C et D : les vainqueurs de groupes montent dans la ligue supérieure et les derniers descendent dans la ligue inférieure.

L’autre nouveauté ?

La Ligue des nations ne remplace pas la phase éliminatoire classique. Cette dernière offre 20 places pour l’Euro 2020. Il reste donc 4 places à pourvoir. Les 16 vainqueurs des 16 groupes pourront jouer les barrages. Ils seront répartis en quatre groupe de quatre. Là encore, le modèle « final four » a été retenu et le vainqueur de son groupe remportera son ticket pour le championnat d’Europe.

Le tirage au sort intégral 

LIGUE A

 

Groupe 1: Allemagne, France, Pays-Bas
Groupe 2: Belgique, Suisse, Islande
Groupe 3: Portugal, Italie, Pologne
Groupe 4: Espagne, Angleterre, Croatie

LIGUE B

Groupe 1: Slovaquie, Ukraine, République tchèque
Groupe 2: Russie, Suède, Turquie
Groupe 3: Autriche, Bosnie-Herzégovine, Irlande du Nord
Groupe 4: Pays de Galles, République d’Irlande, Danemark

LIGUE C

Groupe 1: Ecosse, Albanie, Israël
Groupe 2: Hongrie, Grèce, Finlande, Estonie
Groupe 3: Slovénie, Norvège, Bulgarie, Chypre
Groupe 4: Roumanie, Serbie, Monténégro, Lituanie

LIGUE D

Groupe 1: Géorgie, Lettonie, Kazakhstan, Andorre
Groupe 2: Biélorussie, Luxembourg, Moldavie, San Marin
Groupe 3: Azerbaïdjan, Iles Féroé, Malte, Kosovo
Groupe 4: Macédoine, Arménie, Liechtenstein, Gibraltar

Rendez-vous donc dès le 06 septembre pour découvrir cette nouvelle épreuve.

Julien Parcinski