Kanner : « Le sport est un enjeu de société pour notre pays ! »

Il nous avait fait l’honneur de venir à notre rencontre, pour évoquer son mandat de sénateur et son rôle dans la collectivité territoriale lilloise. Mais avec l’ancien ministre de la Ville, de la Jeunesse et des Sports (2014-17) Patrick Kanner, la conversation a rapidement dévié sur ses précédentes attributions. Entretien.

 

Patrick Kanner, que représente le sport pour vous ?

Le sport ce n’est pas que du sport, c’est aussi de l’insertion, de l’inclusion, du développement économique, la parité homme-femme, des valeurs éminemment politiques, de tolérance, tout ce qui tourne le dos au populisme et aux extrêmes. Ça couvre tous les champs de la société. C’est aussi le drame. La corruption. Le dopage. Certains profitent du sport pour du business pas toujours très « clean ». Il faut avoir cette dimension amoureuse et en même temps le recul nécessaire pour dire que c’est enjeu économique qui intéresse les gens. J’ai été ministre d’une activité, le sport, que 17 millions de français pratiquaient comme licenciés et 17 autres comme pratiquants réguliers. J’ai écouté Laura Flessel [l’actuelle ministre des Sports] avec plaisir quand elle dit faut passer de 17 à 20 millions avant les Jeux au niveau des licenciés. Elle a raison. Quand je suis dans le train entre Paris et Lille, ce que les gens lisent le plus, c’est L’Equipe. J’ai porté l’Euro 2016, qui a été un évènement mondial, les Jeux olympiques, actuellement en pleine audition au Sénat sur la loi JO, puisqu’il faut une loi spécifique pour mettre en place les JO. 2024 c’est loin, mais on commence déjà à souffrir sur certains sujets en se disant « ça va être trop court ». Un exemple concret : avec les Jeux paralympiques, le métro de Paris est inaccessible pour 95% de ses lignes. Que fait-on ? Il faut mettre un métro aux normes, en tout cas au moins une partie, et c’est tout de suite ! On va un peu tendre les textes actuels pour faciliter les enquêtes publiques. Vous imaginez des Jeux paralympiques avec un métro inaccessible ? On marche sur la tête !

La France a enfin obtenu l’organisation des Jeux olympiques en 2024. Vous avez été partie prenante du projet…

Les JO vont être un formidable « booster ». Il y a des enjeux, y compris d’image, pour une nation organisatrice de grands évènements sportifs. On est dans le top 5 des nations capables d’organiser des évènements sportifs. C’est du soft power. On est fort sur le plan économique, culturel, militaire, mais pouvoir organiser des évènements sportifs, pour l’image, les JO sont le summum, avec la Coupe du Monde de football. C’est le plus grand évènement planétaire. Il n’y a pas plus grand que les JO. Les gens disent que ça ne dure que quinze jours, pour les olympiques et quinze jours pour les paralympiques. Il ne faut pas oublier que ça représente cinquante championnats du monde en même temps. Pour un sportif, une médaille olympique est plus importante que n’importe quelle autre médaille, même une médaille mondiale. C’est un enjeu majeur et j’ai été heureux d’avoir participé à cette aventure, désormais portée par ma collègue Laura Flessel.

INFOGRAPHIE : LES GRANDES COMPETITIONS SPORTIVES ORGANISEES PAR LA FRANCE SUR LA PERIODE 2014-2024

Quels sont selon vous les grands enjeux du sport français ?

Ils sont de différents ordres. Sur le plan sportif bien sûr, les JO vont rythmer notre vie jusqu’en 2024, j’aimerais qu’on entre dans le top 5 au classement des nations. Je ne pense pas qu’on fera comme nos amis anglais deuxièmes aux JO de Londres, mais ça veut dire plus de moyens pour le sport français, ne pas diminuer le budget du sport. Je n’ai pas été très heureux de voir le budget des sports raboté. 10% de budget en plus c’est 50 millions d’euros par an et, honnêtement, ce n’est pas insurmontable au niveau de la France.

Malgré tous les mérites que vous attribuez au sport, le budget du ministère ne cesse de diminuer. C’est assez paradoxal…

La fonction du ministère des Sports est une fonction plutôt d’organisation, de fixation de cap, de négociation d’évènements, il n’est pas opérationnel. Le sport est porté par le secteur associatif, donc les clubs, et porté par les collectivités locales. Le budget du sport peut se suffire à lui-même tel dans le contexte actuel mais face à l’objectif des JO, il faut multiplier les conditions pour obtenir les meilleurs résultats possibles. Un exemple très concret, qui d’ailleurs m’a fâché. Le territoire qui amène le plus de médailles, c’est l’Outre-mer. Je connais bien l’Outre-mer, j’y suis allé de nombreuses fois, notamment comme ministre des Sports. Allez voir les équipements, le CREPS de Guadeloupe, il y a de quoi avoir peur. Une piste d’athlétisme avec des trous gros comme ça [il mime avec ses doigts], dans le tartan. C’est un scandale. À la fin du quinquennat, avec ma collègue de l’Outre-mer George Pau-Langevin, on a lancé un plan investissement de 80 millions d’euros sur quatre ans, 20 millions par an, en espérant doubler la mise par les collectivités locales. Ce plan a été annulé par le nouveau gouvernement pour raisons d’économies. Je le regrette, sans esprit polémique. L’Outre-mer nous apporte une partie non-négligeable de médailles, notamment en athlétisme, matière reine des Jeux olympiques, la matière historique. Voilà où l’Etat peut être utile. Compenser les manques là où ils ont été constatés. Politiquement depuis des décennies, on a tendance à regarder l’Outre-mer avec une forme de condescendance. Nos amis ultra-marins ont des conditions différentes de celles de la métropole. De l’humidité, une chaleur extrême. C’est plus difficile d’avoir équipements conçus pour tenir compte des conditions extrêmes.

Une partie du budget, c’est également la lutte contre le dopage…

La lutte contre le dopage est une course contre-la-montre, les dopeurs vont plus vite que les anti-dopeurs entre produits, médicaments… C’est un enjeu énorme. J’ai été le tuteur de l’AFLD [Agence française de lutte contre le dopage], j’aurais voulu plus de budget, qu’on l’associe à une grand université avec des doctorants en recherche. L’industrie du dopage va plus vite, on l’a bien vu en Russie. Le CIO [Comité international olympique] avait laissé aux fédérations le soin de faire le ménage aux JO de Rio, mais cette fois, il a dit : « Terminé ! » Tolérance zéro avec les dopeurs.

Le laboratoire de Chatenay-Malabry, autrefois à la pointe dans la lutte contre les tricheurs, a été dernièrement suspendu…

J’espère qu’on donnera les moyens à l’AFLD. On était au top niveau sur le passeport biologique, j’ai passé une ordonnance pour des contrôles inopinés de nuit. Il faut donner les moyens aux laboratoires et y associer les grandes universités. C’est une question prise au sérieux. La France est reconnue comme nickel au niveau de l’AMA [Agence mondiale anti-dopage]. Ca a été un combat de mon bilan, on a failli perdre notre agrément, je salue le travail de Valérie Fourneyron [ancienne ministre des Sports], désormais membre de l’AMA. Les dopeurs ne s’intéressent pas seulement aux champions pour la médaille, mais pour les sous, il y a un business là-dessus. Il faut plus de moyens. On cotise à l’AMA. Les JO vont être un accélérateur pour être nickel chrome par rapport à ça. Tant qu’il y aura enjeux financiers autour sport, on aura des gens qui essaieront de faire de l’argent sur la santé des champions, même parfois à l’insu de leur plein gré.

Quels sont les autres combats à mener ?

Dans la loi équité du sport, votée à la fin de quinquennat, on a imposé que les présidents de fédérations soient soumis aux mêmes règles que les ministres et les parlementaires en termes de transparence de la vie publique. Leur patrimoine doit être publié au début de leur mandat et après par la Haute autorité de la transparence. Elle aura à examiner le patrimoine de la cinquantaine de présidents de fédérations olympiques. Ceux qui sont en contact avec monde l’argent, sponsors… La question des relations entre le CNOSF [Comité national olympique et sportif français] et l’Etat. Parfois le président du CNOSF pourrait avoir une volonté de devenir le vrai ministre des Sports. Quand vous en discutez avec Denis Masseglia [président du CNOSF], lui se demande ce que vient faire l’Etat dans le sport, que ce n’est de la pas compétence d’Etat et qu’il faut  la laisser aux collectivités locales, aux fédérations et à la présidence du CNOSF. J’ai une réserve à ce sujet. Je considère que les enjeux du sport, la santé, la probité, l’inclusion sociale, la parité homme-femme, l’insertion du monde du handicap dépassent largement le CNOSF. C’est un enjeu de société pour notre pays, d’où le rôle du ministre des Sports. Je suis convaincu que 2024 sera un catalyseur. On va vivre avec 2024 une clé de voute qu’on a rêvée depuis 50 ou 100 ans. C’est la quatrième fois que Paris était candidate. Ca a été la bonne. N’oubliez pas que Lille a aussi été candidate.

Vous êtes justement né à Lille, c’est votre ville. Quelle place accorde-t-elle au sport ?

La ville de Lille n’a pas à rougir de sa politique sportive. Ni en termes d’équipement, ni en termes de subvention. Il y a peut-être des des sports qui mériteraient plus d’attention. Je pense notamment à la boxe. Ce sport est un formidable outil insertion, en particulier des jeunes femmes dans les quartiers. Des sports se plaignent de ne pas être assez reconnus. J’ai toujours été interpelé par la mainmise du football, pas que professionnelle, mais globalement. Le foot, y compris au niveau médiatique est tel, qu’il n’y a qu’un sport. On milite, ce n’est pas toujours facile, pour qu’il y ait d’autres sports collectifs. Le basket, dans le nord, le handball, du hockey aussi, avec le Lille HOC, il y a un bon club à Douai. On a des sports collectifs qui existent. Il n’y a pas de raison qu’il n’y ait pas de grand club de rugby dans la métropole. On a failli en avoir un. Aujourd’hui pourquoi y aurait-il un grand club à Grenoble, à Paris, et pas au nord de Paris ? Il y a un public pour ça. Même si l’argent commence à faire des dégâts dans le rugby, comme partout, je pense que les valeurs du rugby peuvent intéresser beaucoup de jeunes. Il faut offrir un choix. Une des grandes pistes pour la ville de Lille, pour la métropole, à terme, c’est construire ce grand club, essaimer pour ce que sport soit davantage pratiqué. La priorité, c’est développer le rugby à XV dans le nord. L’image de la région, de la métropole, des départements, c’est l’image de ses clubs. Dunkerque est connu pour son port, son terminal méthanier, mais aussi pour ses grands clubs, le BCM, le handball, sa piscine olympique, il y a un grand club de natation. Il y a une très bonne dynamique. On a de très bons clubs dans la métropole, il faut en faire un élément de valorisation. Damien Castelain, le président de la métropole, s’est battu pour avoir la Coupe Davis à Lille. On possède avec le Stade Pierre-Mauroy une pépite qui permet d’accueillir des évènements sportifs. On parle de la métropole grâce aux évènements qu’on accueille. J’espère qu’on aura une grande équipe de foot, mais aussi de grands clubs au niveau national. C’est du soft power, pour reprendre l’expression employée tout à l’heure.

Vous évoquez le foot. Le LOSC a changé de propriétaire à l’intersaison. La métropole a-t-elle été consultée dans cette passation de pouvoir ? Quelles seraient les conséquences d’une descente en Ligue 2 ?

On n’a pas été associés dans la décision mais informés. Le LOSC ne joue pas sur un nuage mais dans un stade qui est propriété publique, même si c’est un stade en PPP [partenariat public-privé]. Mais c’est une affaire privée. Le LOSC est une société privée. [Michel] Seydoux a vendu le LOSC comme il l’a souhaité. Admettons que le LOSC parte sur un dépôt de bilan, il y aurait un énorme problème d’utilisation du stade. S’il n’y a plus de club résident, plus de recettes pour le « PP-iste ». On n’y est pas, mais si le LOSC devait disparaitre, en tant que structure commerciale, et que la recette disparaisse du budget du partenariat, la collectivité publique serait appelée. On ne peut pas intervenir en direct, on n’a aucun intérêt à ce que le LOSC connaisse des difficultés financières. Ne me parlez pas de cauchemar en ce début d’année ! La situation n’est pas simple mais [Gérard] Lopez [le nouveau propriétaire] est un homme intelligent avec des moyens, des ressources, qui sait mobiliser des finances.

Propos recueillis par Laurent Majurel

Infographie : Antetokounmpo, taillé pour le costume

Depuis le début NBA, Giannis Antetokounmpo réalise des performances de haut-vol. De quoi faire du Grec de 23 ans un potentiel MVP :

 

Théo DORANGEON

Les clés de la nouvelle saison cycliste 2018

Ce mardi 16 janvier, le cyclisme a repris ses droits avec le début du Tour Down Under, en Australie. Après deux mois de coupure, émaillés par la polémique Chris Froome, la loi du sport va-t-elle reprendre ses droits ? La question se pose, mais le peloton est également en pleine évolution. Quelques informations-clés afin de comprendre le peloton.

Un peloton cycliste est constitué de près de 200 coureurs, avec chacun une carrière bien différente. Le profil d’un cycliste type ? C’est encore un homme venu d’Europe, et principalement des cinq grands pays de cyclisme que sont l’Italie, la Belgique, la France, l’Espagne et les Pays-Bas. Ils sont 193 dans le peloton World Tour, sur 446 coureurs.

L’autre grand critère plutôt étonnant dans un sport aussi physique, c’est la grande disparité des âges au sein du peloton. Le plus jeune et le plus ancien coureur ont vingt ans d’écart ! Des jeunes coureurs comme David Gaudu (21 ans) ou Gianni Moscon (23 ans) ont d’excellents résultats sur les classiques, tout comme les plus anciens que sont Philippe Gilbert (35 ans) ou Alejandro Valverde (37 ans), vainqueurs respectivement du Tour des Flandres et du Liège-Bastogne-Liège l’an dernier.

La saison s’annonce ainsi captivante, avec cette génération dorée du cyclisme moderne, qui a déjà commencé à s’emparer du trône, mais qui bute contre quelques anciens comme Vincenzo Nibali, Alejandro Valverde et, dans une moindre mesure, Christopher Froome. L’internationalisation du cyclisme devrait se poursuivre. Fernando Gaviria est le premier grand sprinteur colombien de l’histoire, et ambitionne cette année de remporter une étape sur le Tour – ce qui serait une première, au sprint, pour un coureur sud-américain. Les jeunes pousses africaines de la Dimension Data auront également leur mot à dire, et le nombre de coureurs originaires d’Asie augmente petit à petit dans le monde cycliste. Les premiers rendez-vous de la saison seront intéressants à suivre, pour savoir comment va évoluer le peloton.

Baptiste Allaire

Zlatan Ibrahimovic est-il une légende ?

Zlatan Ibrahimovic et sa rage de vaincreeeeeee légendaire.

 

Depuis deux décennies,  Zlatan Ibrahimović martyrise les défenses européennes, enchaîne les buts spectaculaires et empile les titres. Pourtant, la Ligue des champions, la plus prestigieuse des compétitions européennes, manque à son palmarès. Ajoutons à cela son arrogance, et on obtient un joueur, mais aussi un homme, qui divise. À trente-six ans, il est au crépuscule de sa carrière. Doit-il être considéré comme l’un des plus grands footballeurs de l’histoire ?

« Je suis venu comme un roi, je repars comme une légende. » Lorsque Zlatan Ibrahimović annonce son départ du Paris Saint Germain, en mai 2016, l’attaquant suédois ne fait pas dans la fausse modestie. Il faut dire que le géant a de quoi se vanter.

Prophète en ses pays

Ibrahimović est une machine à gagner. Il est le cinquième joueur le plus titré de l’histoire du football en club. Rien que ça. José Mourinho, son entraîneur à l’Inter Milan (2009-2010) puis à Manchester United (depuis 2016), ne tarit pas d’éloges à son propos : « Quand vous avez quelqu’un comme lui, qui est un gagneur, qui veut gagner tous le temps, qui veut être le meilleur et qui n’a pas peur des responsabilités, c’est très facile à entraîner. » Retour sur une carrière impressionnante.

Un grand nez, mais pas de grandes oreilles

Pourtant, Zlatan ne fait pas l’unanimité. Loin de là. D’un point de vue strictement sportif, l’attaquant au long nez ne fait pas consensus à cause du grand échec de sa carrière : la Ligue des Champions. En quinze participations, « Ibra » n’est jamais parvenu à dépasser le stade des demi-finales. Pis, il est considéré comme le chat noir de la compétition. À deux reprises, lorsque Zlatan a quitté un club, celui-ci a gagné la Coupe aux grandes oreilles l’année suivante (l’Inter Milan en 2010, le FC Barcelone en 2011).

À l’échelle internationale, son palmarès vierge se comprend. La Suède n’est pas une grande nation de football. Zlatan a longtemps été seul dans son pays. Mais ses échecs européens, en club, traduisent une forme de syndrome. C’est pour cela qu’il n’est pas entièrement considéré comme une légende. Mais ce n’est pas la seule raison…

« C’est son personnage que je n’aime pas. » Louis Nicollin, ancien président de Montpellier (1974-2017)

Sensationnel pour certains, exécrable pour d’autres, le personnage Zlatan ne laisse personne indifférent. Depuis le début de sa carrière, le géant suédois fascine sur le terrain… et en dehors. Louis Nicollin, président du MHSC, n’adhère pas : « C’est son personnage que je n’aime pas. Il est prétentieux. » Journalistes, coéquipiers, adversaires… Il est sûr qu’avec Zlatan, tout le monde en prend pour son grade.

« Ibracadabra » maîtrise un tour de magie dont il se serait bien passé. « Ce mec n’engendre que frustration et déception partout où il est passé. Il n’y a pas un club, un supporter, qui garde un bon souvenir de Zlatan. » Daniel Riolo, journaliste sur RMC, exagère peut-être un peu. Mais les faits sont là : Zlatan ne sait pas dire au revoir.

À Amsterdam, il entre en conflit avec un icône du club, Rafael Van der Vaart. Zlatan veut alors montrer qu’il est le meilleur joueur de son club. À Turin, il engage un bras de fer avec la Juventus pour rejoindre l’Inter Milan. À Barcelone, enfin, il ne reste qu’une saison à cause de ses nombreux différends avec Pep Guardiola, l’entraîneur du club catalan.

Zlatan Ibrahimović est-il une légende ? Répondre à cette question, c’est finalement s’interroger sur les critères même du grand footballeur. Palmarès fourni, complet, comportement… Les éléments sont nombreux. Et n’ont pas fini de diviser.

La « Triple couronne » un rêve (presque) inaccessible

Fernando Alonso va participer en 2018 aux 24h du Mans, après la Formule 1 et les 500 miles d’Indianapolis. Son but : devenir le deuxième pilote de l’histoire à obtenir la « Triple couronne ». Un défi de taille.

C’était un mythe enfoui dans les profondeurs de l’histoire du sport automobile. Tel un trésor fabuleux, on l’évoquait avec les enfants, pour leur écarquiller les yeux. Une légende qui semblait loin de la réalité. La « Triple Couronne ». Et soudain, il ressort d’outre tombe en 2016. Il a suffi d’une annonce. Fernando Alonso, le double champion du monde de Formule 1, déclare qu’il va participer aux 500 miles d’Indianapolis. Tout de suite, la « Triple couronne » est dans toutes les bouches. Malgré un premier échec dans l’Indiana (abandon), il annonce  la couleur, dans les colonnes de Motorsport.com : « J’ai remporté deux fois le Grand Prix de Monaco, et c’est mon ambition de remporter la triple couronne, ce qu’un seul pilote a fait dans l’Histoire : Graham Hill. C’est un challenge difficile, mais je suis prêt pour ça. Je ne sais pas quand j’irai courir au Mans, mais j’ai l’intention de le faire un jour. J’ai seulement 35 ans. J’ai encore du temps pour ça. » Le défi est lancé, et le mythe est de retour.

Qu’est ce que la « triple couronne » ?

En Tennis, on pourrait l’appeler le Grand Chelem. Il s’agit de remporter dans sa carrière le Grand Prix de Monaco, les 24h du Mans et les 500 miles d’Indianapolis. Soit le grand prix de formule 1 le plus prestigieux, la plus grande course d’Endurance, et la plus grande course « américaine », sur ovale. Le titre n’a rien d’officiel, mais il a été utilisé pour mettre en valeur les trois courses qui sont devenues mythiques au fil des décennies. Les épreuves ont été crées au début de l’essor de la course automobile. 1911 pour Indianapolis, 1923 pour les 24h du Mans, et 1929 pour le Grand Prix de Monaco. Après guerre, elles ont intégré divers grands championnats du monde, en monoplace ou en sport prototype, et se sont distinguées pendant l’âge d’or du sport auto, jusque dans les années 80. De Stirling Moss à Jacky Ickx en passant par Bruce Mclaren, beaucoup de légendes du sport auto s’y sont essayé. Si elles intègrent des disciplines bien distinctes aujourd’hui (l’Indy Car, l’Endurance et la Formule 1), elles restent célèbres dans le monde du sport auto pour leurs courses, et pour leurs circuits.

 

Pourquoi est-elle si dure à obtenir ?

Pour gagner en sport automobile, il faut être le meilleur pilote, avec la meilleure voiture. Réunir ces deux conditions dans une discipline est compliqué, ça devient rare dans trois différentes. Il faut avoir du talent, et de la chance. Surtout aux 24h du Mans, où les problèmes mécaniques sont nombreux. Jusqu’ici, seul un pilote a réussi l’exploit : Graham Hill. Le Britannique a commencé sa carrière en 1954. il a remporté son premier grand prix de Monaco en 1963 avant d’en gagner quatre autres (BRM) , les 500 miles d’Indianapolis en 1966 (Lotus) et les 24h du Mans en 1972 (Matra, avec Henri Pescarolo). Soit les trois courses en neuf ans. Un sacré exploit. Pourtant, il a du essayer de nombreuses fois.

 

Le graphique le montre, Alonso risque d’avoir besoin de beaucoup d’essais pour réussir. D’autant que nombre de grands pilotes s’y sont essayés en vain, à une époque où ils changeaient régulièrement de discipline. De Maurice Trintignant à Juan Pablo Montoya en passant par Bruce McLaren, ils sont six à avoir gagné deux des trois courses.

 

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Le dernier à avoir approché le Graal se nomme donc Juan Pablo Montoya. Le Colombien a commencé par une victoire à Indianapolis en 2000, avant d’écumer les grands prix de Formule 1 pendant six ans (victoire à Monaco en 2003). il est ensuite retourné à ses premiers amours américains en 2015. Mais il ne participera pas aux 24h du Mans. Son parcours est atypique. Depuis la fin des années 80, les pilotes se sont hyper spécialisés dans une discipline et y font la majorité de leur carrière. Ce phénomène vient notamment du développement des filières monoplace (Formule 3000, GP2…), Endurance (GT, LMP2, LMP1), et IMSA aux Etats-Unis. Les grands noms actuels du sport auto n’aspirent donc pas à la triple couronne. Jusqu’à un certain Espagnol.

Alonso peut-il le faire ?

Fernando Alonso a 36 ans. C’est encore un bon âge, mais il ne doit pas trainer, surtout à Indianapolis, une épreuve très physique. Sa première participation (abandon) a montré que la victoire sera difficile, même s’il a passé la majeure partie de la course avec le groupe de tête. « Il y a plein de petits détails particuliers pour gagner. Les gens ne comprennent pas c’est très spécifique », reconnaît l’ancien pilote Renault.

En ce qui concerne les 24h du Mans, il a plus de temps. Henri Pescarolo notamment l’a montré, on peut avoir une grande longévité. En 2018, il va découvrir la Sarthe au volant d’une Toyota. La voiture sera favorite de la course, en l’absence d’autres constructeurs de renom au départ. Sa décision de participer dès cette année (et oublier temporairement Indianapolis) n’est peut être pas un hasard. Néanmoins, Le Mans reste aléatoire. Surtout pour la marque japonaise, qui n’a toujours pas gagné en 12 participations. On se souvient des deux dernières éditions, où elle menait avant d’avoir des problèmes mécaniques.

Alonso s’est engagé dans un pari difficile, mais il a le mérite de le tenter, pour redonner ses lettres de noblesse  au mythe du pilote polyvalent.

Adrien TOULISSE