Laura Glauser : « Une médaille d’argent n’allait pas suffire »

Actuellement enceinte, la gardienne de handball du club de Metz et de l’Équipe de France a assisté à la finale des Championnats de France UNSS de handball féminin. L’occasion d’évoquer également l’équipe de France, le sacre mondial et l’Euro à venir. 

Vous étiez invitée par l’UNSS (Union Nationale du Sport scolaire) pour assister à la finale du championnat de France excellence lycée de handball féminin. Quelle importance accordez-vous à votre venue ?

Ça prouve que l’on est accessible. Quand je dis ça, ce n’est pas parce que je me considère comme ayant la grosse tête, ou comme étant une star. Loin de là, je ne suis pas du tout comme ça. Mais on peut rendre la monnaie de la pièce aux gens qui nous suivent, qui nous encouragent.

Quels conseils auriez-vous à donner à de jeunes handballeuses rêvant de percer dans le haut-niveau ?

Je ne peux parler sur les points tactiques. Mais la seule chose que je peux dire, c’est qu’il faut se donner les moyens, énormément travailler et ne surtout pas s’arrêter à ses limites. Psychologiquement, on se fixe des limites que l’on peut dépasser. Il faut croire en nos rêves.

Quand vous étiez plus jeune, avez-vous rencontré des joueuses de l’équipe de France lors de compétitions scolaires ou en club ?

 Il me semble que oui. J’ai une très mauvaise mémoire (Rires). Mais quand on voit une joueuse de l’équipe de France, c’est très motivant. Ça donne des ailes, on a envie de faire pareil.

À propos de l’équipe de France, vous avez manqué le sacre mondial en décembre, dû à votre grossesse. Y’a-t-il comme une frustration en vous ?

 Franchement, pas du tout ! Ça a été un choix de ma part de ne pas faire les Championnats du monde. Ce n’est pas du tout frustrant car en tant que femme, j’ai la plus belle chance que la vie puisse donner. Je suis tellement contente pour mes copines et le handball féminin.

Quelle vision portez-vous sur cette équipe qui a remporté le Mondial ?

 Elles méritent amplement leur titre. Ça n’a pas été volé. Je suis tellement fière et tellement contente qu’elles aient gagné cette finale. Elles ont battu la plus grande nation du handball féminin. Aux JO 2016, inconsciemment, on est parties en finale en se disant qu’on allait avoir une médaille. Et que c’était un truc de fou. Autant là, quand je parlais avec les filles, je sentais qu’une médaille d’argent n’allait pas suffire. Je savais qu’elles allaient gagner.

Les Françaises se sont démarquées par une défense agressive et difficile à percer. C’est la force de cette équipe ?

 Sans aucun doute oui. Quand je les ai vues se mettre à défendre de manière très agressive, avec le regard noir, j’ai compris que rien ne pouvait leur arriver. Et pour une gardienne, c’est bénéfique. Vous pouvez être la meilleure gardienne du monde, sans défense, elle ne fera rien. Avoir une défense comme ça, ce n’est que bénéfique et jouissif quand on joue dans les buts.

Vous avez évoqué la médaille d’argent aux JO. Il y a également eu celle de bronze à l’Euro 2016. Avant cela, il y a eu une période compliquée sous Alain Porte. Peut-on parler de renouveau de l’équipe de France ?

 Pas plus que ça car c’est Olivier Krumbholz qui revenu (en 2016, NDLR). C’est un ancien. Mais je pense que ça nous a fait un bien fou qu’il revienne.

 Comment a-t-il relancé cette équipe ?

 Il nous a laissé la parole, l’occasion de s’exprimer. On a pu dire ce qui allait et ce qui n’allait pas. Il a été beaucoup à l’écoute. Je pense que c’est ce qu’il faut, beaucoup de communication. Il nous a laissé libre et nous a transmis beaucoup de confiance.

Il a été écarté en 2013 du poste de sélectionneur. On le connait pour son tempérament nerveux. Y a-t-il eu des conditions à son retour ?

 Je pense qu’on ne peut pas imposer des conditions à un sélectionneur. Nous ne sommes pas les chefs. On ne va pas dire : « Non, on ne veut pas de ce coach là… ». Ce n’est pas notre rôle. Je pense que c’est lui qui a su se remettre en question. Peut-être qu’il a su relativiser par apport à certaines choses. Je n’en sais trop rien. Mais on ne lui a rien imposé à son retour.

Vous l’avez connu en 2012, à vos débuts en bleu. Ressentez-vous une différence dans sa relation avec vous, les joueuses ?

 Quand je suis arrivée, j’étais la petite nouvelle. Je ne parlais pas beaucoup avec lui. Je venais d’intégrer l’équipe de France donc je ne faisais pas attention à toutes ces choses. Mais actuellement, il parle beaucoup avec nous. Tout ce que je peux dire à propos d’Olivier, c’est que j’aime beaucoup ce coach, humainement et sportivement.

Olivier Krumbholz est un meneur de vestiaire. Est-ce que cela prime sur la tactique avec des joueuses de votre niveau ou est ce qu’il faut être rodé tactiquement et techniquement avant de se porter sur le psychologique ?

 Il a les deux. Une femme, c’est dur à contrôler psychologiquement. Mais je pense qu’il a capté le truc. Tout ce qui est dans le psychologique, il est très bon. Mais tactiquement, il est bon également.

Les deux équipes de France sont championnes du monde. Quelle est la force du handball français ?

Je pense que c’est dans la formation. Et c’est surtout dans l’envie de gagner, d’avoir toujours plus. Mais la formation est un vrai atout. On a des équipes de France en jeunes. Les France juniors ont été championnes d’Europe l’été dernier. Ça met déjà ces joueurs dans un certain bain. Lorsqu’ils arrivent en équipe de France A, ils ne sont pas perdus.

La prochaine grande échéance avec les Bleues, c’est l’Euro à la maison en décembre prochain. Vous serez là ?

 J’espère être là, oui.

Jouer devant son public, c’est ajouter une pression supplémentaire à l’actuel statut de l’équipe de France ?

Bien sûr. Doublement même. On a une pression sur le fait que ça se passe en France. Et surtout vu qu’on est championnes du monde. Ça a amené une nouvelle pression. Mais c’est ça qu’on aime, qu’on veut. On se bat pour ça. La pression, on l’a tous les jours. J’espère qu’on pourra la maitriser à ce moment-là.

Avec les récentes performances, sentez-vous un engouement populaire pour cette équipe ? En comparaison des hommes ?

 On n’est pas sur le devant de la scène comme eux. Mais on commence à gratter un peu de terrain. Les médias nous mettent plus en avant. C’est aussi ce que l’on veut, qu’on reconnaisse un peu plus le handball féminin.

 En équipe de France, vous êtes en concurrence avec Amandine Leynaud et Cléopâtre Darleux. Comment entretenez-vous cette concurrence entre gardiennes ?

 On n’a pas de problème, je ne le pense pas. Après, je suis quelqu’un qui se concentre énormément sur moi-même. Je ne vais me concentrer sur la concurrence que j’ai avec quelqu’un d’autre. Si une gardienne est meilleure que moi, je ne vais pas être frustré. Je vais travailler et me concentrer pour être dans les buts. Mais on n’a pas de problème entre nous.

 Avec votre club de Metz, vous êtes encore invaincues. Revenir avant la fin de saison et fêter un possible titre, c’est faisable ?

Franchement, je ne me suis pas mis d’objectif réel sur mon retour. Mais je ne pense pas que ça soit possible. Le championnat se finit fin mai, il me semble. Et normalement, j’accouche fin avril. Donc je pense que ça va être très compliqué de revenir, ne serait-ce que mettre un maillot et un pantalon sur le banc. Mais je ne pense pas rejouer.

Propos recueillis par Théo Dorangeon

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Théo DORANGEON