Au Carrefour comme dans son salon

Amateurs de vélo ou non, ils étaient nombreux autour du Carrefour de l’Arbre en ce dimanche de Paris-Roubaix, dernier secteur pavé cinq étoiles avant l’arrivée au Vélodrome. Si certains sont venus pour l’événement sportif, la plupart était là pour la fête. C’est le cas du groupe d’amis de Jensy, venus tout droit de Gand, en Belgique.

Jensy et ses amis, aux couleurs de la Belgique, sont bien installés devant leur télévision. JM

« Il y a de la saucisse, il y a de la saucisse, faut pas hésiter à venir se servir ». La phrase est prononcée avec un fort accent belge. Sous sa tonnelle installée pour l’occasion, le voisin de Jensy donne le ton de la journée. Partage, amitié, barbecue. Sur les 2,1 kilomètres qui composent le Carrefour de l’Arbre, on entend le bruit des grillades sur les braises où qu’on aille.

Jensy et ses cinq amis sont installés depuis 10 heures ce matin, pour être sûrs de trouver la bonne place. Ils viennent de Kruishoutem, à une soixantaine de kilomètres de la frontière franco-belge. Leur emplacement est stratégique : troisième virage du secteur pavé, très légèrement en hauteur. Autour d’eux, le blé pousse. Ils le piétinent un peu en agençant leur campement. Les Flamands n’ont rien oublié. Bac de bières – de la Stella Artois dans des bouteilles en verre brun – fauteuils pliants, glacière. De quoi tenir au moins la journée. Ils ont allumé un peu plus loin un barbecue, sur lequel les saucisses commencent à cuire. Elles seront à point pour midi. Pour l’instant, on en est encore à l’apéro. Mais une chose étonne surtout. Ils regardent la télévision. En plein champ. « Un ami nous a prêté son groupe électrogène, comme ça on a de l’électricité » rit Maarten, l’ami de Jensy. Le bruit est tellement fort que les Belges ont mis le générateur au milieu du champ. « Il gêne moins. » A grand renfort de rallonges électriques, la télévision fonctionne parfaitement. « On regarde les coureurs à la télévision, et tout à l’heure ils seront devant nous », s’émerveille Jasmien, qui assiste pour la première fois à Paris-Roubaix. Ses amis sont, au contraire, des habitués de la course. Une flûte de champagne à la main, Hanne et son mari viennent « depuis dix ans ! Cette année, on a fait la surprise à mon neveu de l’emmener avec nous. C’est son anniversaire aujourd’hui, on ne lui avait pas dit où nous allions ». Même s’ils sont ici surtout pour l’ambiance et le partage, ils ont tout de même un favori. « Zdeněk Štybar » de la Quick Step, « leur équipe belge ». 

Le groupe électrogène, trop bruyant, est au milieu du champ pour ne pas gêner les voisins.

Plus tard dans la journée, le groupe d’amis est parti se dégourdir les jambes un peu plus loin. Ils retrouvent Stefani, une de leurs connaissances en Belgique. Mais n’essayez pas de lui dire qu’elle est Belge. « Je suis Flamande, moi ! » Elle vient au Carrefour de l’Arbre depuis trente ans. « J’en ai trente-quatre, alors vous voyez, ça fait un bout de temps ! » renchérit-elle. Cette année, elle est accompagné par un cousin et des amis, français. « C’est ça le Paris-Roubaix, c’est le mélange, la convivialité. C’est la magie de cette course », affirme Jérémie, qui est venu de Wattrelos, dans la banlieue lilloise. Certains s’étonnent qu’il porte un drapeau flamand sur les épaules. « Quand ils me demandent pourquoi, je leur rappelle que Lille est la capitale des Flandres ».

Belges et Français se retrouvent devant la télévision de Jérémie, à l’arrière de sa camionnette. AD

Les Français aussi ont leur télévision. Posée à l’arrière d’une camionnette cette fois. « Ça nous a pris dix ans pour être installé comme on l’est aujourd’hui », rajoute avec fierté Jérémie. Lui aussi vient depuis qu’il est petit. « À l’arrivée des coureurs, je suis un gamin, j’ai les poils qui se dressent. Vous savez, il y a deux jours importants dans l’année. Le jour de l’anniversaire de ma fille et le jour de Paris-Roubaix. » Que dire de plus pour illustrer tout l’amour du public pour cette course.

Antoine Decarne et Juliette Michenaud

Julian Alaphilippe, l’éclosion du printemps ?

Samedi aura lieu la 109ème édition de Milan-San Remo. Une semaine après sa décevante dix-huitième place sur Paris-Nice, le Français Julian Alaphilippe remonte sur selle pour la première classique de l’année. L’occasion pour celui qui tourne de plus en plus autour de la victoire, de remporter une classique. Pour la première fois.

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« Je finis complètement à la rupture. » Les premiers mots de Julian Alaphilippe sur la ligne d’arrivée sont clairs. Dimanche dernier à Nice, celui qui espérait mieux qu’une dix-huitième place a failli. Encore deuxième au classement général lors de l’antépénultième étape Sisteron-Vence (à 22 secondes du leader), il termine finalement Paris-Nice dix-huitième, à presque un quart d’heure du vainqueur espagnol Marc Soler. Même pas un Top 10. Les deux dernières étapes ont eu raison de lui. La météo capricieuse aussi – la neige et la pluie étaient au rendez-vous. Mais excepté ce dernier week-end de course, Alaphilippe est « content d’avoir été à l’avant et de [s]‘être battu tout au long de la course» Il poursuit même : « Je ne peux pas dire que je suis déçu, au contraire. Je tire beaucoup de motivation de cette course pour Milan-San Remo ».

Et cela tombe bien. À peine une semaine après la Course au soleil, Alaphilippe est de retour sur les routes. Italiennes cette fois, entre Milan en Lombardie et San Remo, sur la littoral méditerranéen. Le puncheur de 25 ans sera au départ du premier Monument de la saison. Son deuxième Milan-San Remo. Sa chance : être l’un des leaders de son équipe Quick-Step Floors. À ses côtés, Philippe Gilbert, grand habitué des courses de printemps et vainqueur du Tour des Flandres et de la Flèche Wallonne notamment. Et ces deux-là feront la paire samedi après-midi. Après le forfait sur blessure de leur sprinteur Fernando Gaviria (fracture à la main gauche sur le Tirreno-Adriatico), l’un des favoris, Quick-Step Floors mettra Alaphilippe et Gilbert dans les meilleurs conditions. À deux, ils vont essayer de faire exploser la course. Une occasion à saisir.

Le parcours que devra effectuer le puncheur français pour tenter de s’imposer en Italie

L’an dernier, le puncheur auvergnat avait terminé à la troisième place. La victoire s’était jouée au sprint, en compagnie de Peter Sagan et Michał Kwiatkowski (vainqueur). Une des conditions pour jouer la victoire finale : attaquer et se détacher dans l’ascension du Poggio (169 mètres d’altitude), dernière difficulté du parcours. Et c’est bien le point fort d’Alaphilippe. Puncheur hors pair, il peut se défaire des sprinteurs à quelques kilomètres de l’arrivée. Il doit même. Au risque, sinon, de reproduire le scénario de l’année passée : se retrouver trop court face aux sprinteurs sur la Via Roma et ainsi voir la victoire finale lui passer sous le nez. Encore une fois.

Milan-San Remo 2017 – sprint final entre Alaphilippe, Sagan et Kwiatkowski

Car depuis deux ans, Alaphilippe est tout près, tout proche d’une grande victoire. Outre sa première place sur le Tour de Californie 2016, il ajoute surtout des podiums à son palmarès. Mais jamais de victoires finales (voir ci-dessous). Il faut dire aussi que sa jeune carrière (débutée chez les professionnels en 2013) n’a pas été un long fleuve tranquille. Gangrenée par des problèmes de santé, même. Le jeune adepte du cyclo-cross se blesse une première fois au genou en 2010 – il pense alors à arrêter le cyclisme. Puis c’est la mononucléose en 2015 qui l’empêche de terminer sa saison. L’année dernière, il se blesse à nouveau au genou sur le Tour du Pays Basque. Opéré au printemps, il ne participe pas ni au Tour de France, ni aux Classiques ardennaises, pourtant l’objectif de sa saison. Mais il est toujours revenu. « C’est un gros travailleur » affirme son frère Bryan, lui aussi cycliste professionnel.

Julian Alaphilippe n’a jamais terminé premier d’une classique

La plus longue course d’une journée de la saison (près de 300 kilomètres) est élégamment surnommée la Primaverala Classique printanière. Samedi, Julian Alaphilippe sait ce qu’il lui reste à faire pour aller chercher, enfin, sa première grande victoire. La quatorzième française sur les routes de Milan à San Remo. Et la Primavera verra peut-être éclore un nouveau champion printanier.