À Valenciennes, Marie Nicodème montre la voie

Marie Nicodème a été élue meilleure animatrice de Ligue 1 de la saison 2012/2013. PHOTO LFP.FR

Depuis plus de 20 ans, Marie Nicodème donne de sa voix pour l’équipe de football de Valenciennes. Personnage attachant et attaché à son club de cœur, la speakerine officielle s’échine à mobiliser le stade du Hainaut chaque soir de match.

Marie annonce comme d’habitude la composition de son équipe, le Valenciennes FC. Le moment qu’elle choisit pour faire monter l’ambiance en tribunes. Sa voix, perçante et distinctive, anime l’avant-match. Mais ce soir-là, les supporters sont en grève et la speakerine anticipe déjà une situation qu’elle redoute : « Il y a des matchs comme ça où il faut essayer de prendre un peu la température ambiante, savoir ce qui se passe en tribunes. Et là ce soir, je sais qu’on ne va pas me répondre, qu’il va y avoir un blanc. C’est très compliqué. »

Sur le terrain, Valenciennes finit par dominer Grenoble (3-2) en ouverture de la 25ème journée de Ligue 2. Mais la victoire est loin de masquer l’actualité du club, éparpillé en interne. La grogne des supporters contre la direction, et notamment le président Eddy Zdziech, Marie la perçoit sur le bord de la pelouse. « Le plus dur, c’est un match comme aujourd’hui. Les supporters ne sont pas contents. Et quand ils crient c’est pour insulter. Il ne faut pas se voiler la face, les joueurs l’entendent sur le terrain. Ils me le disent : « Merde, on est en train de donner tout ce qu’on peut sur le terrain et on n’a pas de soutien » ».

« C’est mon club, c’est ma ville. »

Marie, dont le papa a transmis le virus du football en emmenant régulièrement sa fille à Nungesser, comprend le ras-le-bol des supporters. Mais se met aussi à la place des joueurs. « Ils auraient aimé être supportés aujourd’hui. C’est dommage parce que tu mènes, tu gagnes le match à un moment où tu as besoin de points, et il n’y a pas de soutien. Alors ils peuvent râler, je comprends tout à fait qu’ils aient envie d’exprimer leur mécontentement. Mais dans ce cas-là, on le fait après le match. Pendant le match, on soutient. »

Marie affiche volontiers son attachement intime à son club de cœur. Et tente, à son échelle, de partager un discours fédérateur : « C’est mon club, c’est ma ville, on devrait tous être soudé. C’est dommage d’avoir des guéguerres de clan, de personnes car c’est un moment où on doit tous se serrer les coudes, vu tout ce qui se passe en ce moment partout. On devrait se soutenir et on ne le fait pas. »

Pendant le match, Marie s’installe à proximité des bancs des deux équipes. La pelouse du Stade du Hainaut, c’est son jardin. La voix enthousiaste et le regard pétillant, elle se souvient de la soirée d’inauguration en 2011 : « Je l’ai présentée, c’était magnifique. Après l’inauguration, il y a eu tout un spectacle. J’ai donc coupé le micro, j’étais assise toute seule sur la pelouse et je regardais ce qui se passait. Le feu d’artifice notamment, c’était un moment magique. »

Reconnue dans la rue

Enseignante et directrice d’école à Dutemple, au cœur de Valenciennes, Marie ne passe plus inaperçue dans les rues de sa ville : « On me reconnaît plus que les joueurs. Il y a déjà eu des quiproquos avec des joueurs en train de boire un café dans un bar. Et les gens sont venus me demander des photos alors qu’il y avait ces joueurs à côté, qu’ils n’ont pas reconnus. »

Cette notoriété locale, elle le doit aussi à une participation à un jeu télévisé il y a quelques années : « Je me suis lamentablement planté sur une question musique. Quand l’émission est passée, le championnat avait repris. Et les gens me criaient la réponse depuis la tribune et me disaient : « Mais enfin Marie tu savais pas ? » »

« Et là ce soir, je sais qu’on ne va pas me répondre. C’est très compliqué. »

Speakerine, Marie ne pensait pas en faire son second métier. Débarquée un peu par hasard, elle porte année après année, à sa manière, la voix féminine dans le football professionnel. Elles ne sont que deux femmes, avec son homologue lilloise Anne-Sophie Roquette, à chauffer les pelouses de France.

Le Mondial féminin comme vitrine

C’est d’ailleurs dans le Nord qu’auront lieu six matchs de la Coupe du monde féminine cet été : « Je ne vais pas intervenir au Stade du Hainaut pour les matchs de Coupe du monde. C’est du 7 juin au 7 juillet, pendant l’école. Donc je suis avec mes élèves ou alors il faudrait les garder pendant toute la journée. Mais je ne vous le conseille pas, ils sont un peu remuants. »

Marie garde un œil attentif sur l’essor du football féminin. Mais selon elle, le chemin est encore long : « La diffusion du football féminin, ça commence à être pas mal, on commence à voir des matchs. Mais c’est dommage de prendre des créneaux d’autres sports où on voyait des équipes féminines, comme le basket ou le handball. Le football féminin a pris la place d’autres sports alors qu’on aurait dû augmenter justement la diffusion. »

Elle considère aussi que le travail sur le plan technique reste important : « Pour former des footballeuses pros, il faut énormément de temps, comme les garçons. Il faut commencer très jeune. Avec le temps, on va avoir de plus en plus de joueuses de bon niveau qui vont sortir. La marge de progression est très forte. Il faut laisser 2 ou 3 ans pour voir des oppositions meilleures. Là il y a trop d’écart entre certaines équipes. »

Valenciennes a vu la création d’une section féminine en 2017. Au quatrième échelon national (R2), elle tente de se structurer pour atteindre le plus haut niveau. Et Marie se dit qu’un jour, comme un symbole, elle pourrait avoir la chance de présenter leurs matchs.

En attendant, sa voix retentit inlassablement dans le ciel de Valenciennes : « Tant qu’on veut de moi et que je donne satisfaction, je continue. Maintenant, un jour, il faudra que j’arrête. Mais si c’est le cas, j’aimerais bien que ce soit une fille qui prenne la relève. »

Alexis Petit

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