Jenna Potts a trouvé son spot

Le sport permet à des personnes du monde entier de se réunir en un lieu pour un objectif commun. À Marcq-en-Baroeul, le club de volley féminin englobe Françaises, Bulgares, Camerounaises ou encore Péruviennes. Dans ce melting-pot, une jeune Américaine tente de se faire sa place.

Jenna Potts est du genre à avoir la bougeotte. À 24 ans, cette grande blonde d’1,91m, toujours de bonne humeur, est arrivée cet été en provenance d’Allemagne. En trois ans, elle découvre ici son troisième pays européen (après l’Allemagne et la République Tchèque). Dynamique et très souriante, elle tente de s’intégrer au mieux dans son nouvel environnement. « J’ai été dans 3 pays différents en Europe donc j’ai dû parler plusieurs langues. C’est difficile de devoir se réhabituer à une autre langue.» Parfois cela pose souci, surtout dans un sport ou la communication entre équipières est primordiale : « Les termes de volley diffèrent selon les pays donc à chaque fois que je bougeais je devais réapprendre les bons mots. Parfois je dis des choses sur le terrain que mes coéquipières ne comprennent pas et parfois moi-même je ne les comprends pas », s’amuse-t-elle.

Des bancs de la Fac à l’Europe

Pas facile pour une jeune américaine sortie de ses études de s’adapter à la vie quotidienne, dans un pays dont la langue est, pour l’instant, une barrière. Il n’est pas non plus évident de passer professionnelle quand on a longtemps vécu dans le système universitaire « La culture est différente. Quand tu es à l’université, toutes les filles sont du même âge et vivent ensemble. Quand tu joues en Europe, les filles peuvent avoir 18 ans comme 37 ans. » Etudiante à l’université de Pittsburgh, elle garde en mémoire des moments précieux. « J’ai un tas de bons souvenirs. Mais si je devais retenir un truc en particulier c’est pendant mon année en NCAA. Mon équipe était menée 24-17 et nous allions perdre le match. Et quand ce fut à ma partenaire de servir, elle nous a fait remonter à 25-24 pour nous, et au final on a gagné ce set 35-33 ! C’était incroyable, tout le monde était incandescent. »

Mais il a fallu bouger ensuite, traverser l’Atlantique, et s’adapter à un nouveau mode de vie, seule. « Je n’ai personne de ma famille ici, ils me manquent bien sûr. Mais j’aime beaucoup vivre en Europe. Mes parents sont quand même déjà venus ici en France, et avant en Allemagne. » Mais le sport a cela de beau qu’il permet de créer rapidement des liens : « Les joueuses ont été très gentilles avec moi. J’ai été très bien reçue. Avant d’arriver j’avais entendu un stéréotype sur les Français comme quoi ils n’étaient pas accueillants et aimables avec les Américains. Mais pour moi, ça a été tout le contraire. Quand je marche dans la rue, je sais que quelqu’un peut m’aider si j’en ai besoin. »

Ici à Marcq-en-Baroeul, elle découvre aussi les spécificité des matchs, notamment le joyeux vacarme produit par les supporters pendant les points. « Les fans sont super ici et partout où je suis allée. À la fac aussi les supporters sont bruyants mais ici il y a quelques différences : ils jouent des tambours tout le temps alors que je n’ai jamais vu ça à la Fac. C’est dur parfois de se concentrer avec tout ce bruit mais j’aime bien, c’est sympa. »

La « French way of life »

Mais le plaisir de la vie de sportive passe aussi par l’adaptation à son lieu de travail. Pour Jenna ce ne fut pas un problème car elle est fan depuis toujours de la France. Dans une interview donnée à MTV Stuttgart le 8 mars dernier (vidéo), la jeune femme avait avoué son amour pour Paris, et pour l’Hexagone en général. À la suite du match face à Venelles, son discours n’a pas changé. « La ville est très mignonne, et ce que j’aime ici c’est le nombre de boulangeries. J’adore les baguettes, c’est une par jour avec moi ! Ce que j’aime aussi c’est votre langue, elle est douce et belle à écouter. » Une Américaine de plus charmée par la culture française…

Jenna a aussi pu voir que les Français restent fidèles à eux-même sur un point : les manifestations. Arrivée cet été, elle a pu observer avec curiosité les mouvements sociaux qui secouent le pays depuis des mois «  Il se passe également de nombreuses manifestations aux Etats-Unis, surtout que les politiques ne sont pas géniaux en ce moment. Mais je n’ai jamais vu quelques choses comme les gilets jaunes. » Avoir fait du gilet jaune le symbole de la contestation du pouvoir, tenir quatorze semaines malgré les troubles, tout cela la marque particulièrement (et positivement) : « Je n’ai jamais vu d’aussi grosses manifs ! Les gens portent tous la même chose sur eux et je trouve ça plutôt cool, ça montre de la solidarité. Aux USA, on sait que les Français aiment se battre pour leur droits. Personnellement je trouve ça vraiment super. »

Malgré l’éloignement de sa famille, malgré la frontière de la langue, bien qu’elle ne soit pas encore titulaire, elle se plaît encore plus ici qu’ailleurs. L’Américaine deviendra-t-elle un jour une résidente régulière du pays du fromage et du vin ? En tout cas cette idée n’est pas pour lui déplaire :« J’aimerais vraiment faire une partie de ma vie en France, j’aime la vie ici, j’aime ce pays, j’aime sa culture. » Et si sa bougeotte s’arrêtait ici, à Marcq-en-Baroeul ?

Mathieu Sanchez

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