C’est la défaite qui prend Lomme

Promu en deuxième division féminine de handball, le club nordiste a pour l’instant perdu tous ses matchs. Joueuses et entraîneur sont touchés mentalement et semblent sans solution.


L’entraîneur Loïc Gardey avec ses joueuses avant le début du match contre Octeville-sur-mer, finalement perdu 27-31. (crédits photo Thierry Robbe)

Une heure avant le coup d’envoi, samedi 16 février, les joueuses d’Octeville-sur-mer sont déjà en plein échauffement. De l’autre côté du terrain, les joueuses de Lomme sont assises sur le banc, pensives et silencieuses à observer leurs futurs bourreaux du soir. Le contexte sportif commence à être pesant pour elles. 13 matchs, 13 défaites. C’est le terrible bilan des Nordistes dans cette phase régulière avant d’aborder la rencontre face à Octeville-sur-mer et avant les playdowns* (voir ci-dessous).

La dernière défaite à domicile face aux Normandes (27-31), pourtant avant-dernières d’un championnat à huit équipes, a rendu encore plus hypothétique les chances de maintien. La réalité du terrain est rude pour les Lommoises qui n’étaient pas programmées pour monter, rappelle Michel Destombes, vice-président. « Il faut remettre l’église au milieu du village. Sportivement on a terminé deuxième de Nationale 1. C’est une montée par opportunisme mais qu’on ne pouvait pas refuser. Mais clairement pour l’instant la marche est un peu trop haute surtout dans un contexte de professionnalisation du handball. » Autre élément, Lomme ne s’est jamais maintenu sportivement en deuxième division. « Ce n’est pas la première année que le club galère », explique Loïc Gardey, l’entraîneur, arrivé cet été en provenance de Brest où il a été responsable du centre de formation. « Mais le club n’a pas retenu les leçons du passé. Au moins on ne peut pas dire que je fais pire que certains mes prédécesseurs. »

« A un moment, tu ne sais plus quoi faire »

Ce qui n’empêche pas l’entraîneur d’être décrié et cela l’use. « On ne sent pas les choses avancer dans le club. Je suis mis en cause par des gens qui ne voient que la partie immergée de l’iceberg. Il m’est arrivé d’entendre dire que je ne méritais pas mon salaire. Les gens ne voient pas le reste comme les séances vidéo, les entraînements. C’est un peu désespérant car on travaille bien. Elles font des semaines extraordinaires, j’ai rarement vu un groupe qui bossait autant. » Il aime le rappeler, son équipe perd rarement par 10 points d’écart. Seulement, ses joueuses sont trop inconstantes et ne parviennent pas à atteindre « le smic sportif ». Ce manque de régularité leur fait défaut. Il ne réussit pas à corriger ce problème, au point d’être sans solution. « C’est désarmant, à un moment tu ne sais plus quoi faire. »

Les joueuses sont bien conscientes que leur entraîneur vit mal la situation. « J’imagine que pour lui ça doit être dur et même pire en tant que coach, estime la gardienne Margaux Destombes. Il nous offre toutes les cartes en main mais ce n’est pas lui qui est sur le terrain. Il donne tout ce qu’il peut faire. » Même le tableau d’affichage semble avoir lâché, il est tombé en panne pendant la rencontre face à Octeville.

L’arrière Célia Benlabed, avoue « vivre la saison la plus compliquée de sa carrière ».
(crédits photo Thierry Robbe)

Pour trouver une trace d’optimisme, il faut chercher du côté des supporters. Ils veulent y croire, du moins ils essayent. Carlos est un fervent supporter depuis 2013. Il s’occupe des lives Facebook, de la billetterie et fait tous les déplacements. « Un supporter se doit toujours d’y croire. Après c’est vrai que je suis quelqu’un d’optimiste. Il faut au moins essayer de projeter sur l’avenir. » De l’espoir dans les mots, un peu dans les actes. Après la défaite, quelques joueuses, restent sur le terrain pour faire des selfies avec les supporters venus les réconforter. Sur les visages des joueuses, apparaît un sourire, parfois sincère, parfois de dépit. Interrogées sur la situation sportive, elles en oublient le nombre de défaites.

« On est dans un cercle vicieux »

Toutes n’appréhendent pas la situation de la même manière. « On ne sait même pas comment expliquer cette situation », confie Maelig Cimbe, la pivot, dépitée après ce nouveau revers. « C’est vraiment difficile d’être un groupe qui perd tout le temps ». A tel point que le handball reste toujours dans un coin de la tête pour ces joueuses qui sont soit salariées ou étudiantes. « Je n’arrive pas à mettre ça de côté, car c’est ma deuxième famille. On se voit quasiment tous les jours donc forcément on en parle entre nous. », lâche Margaux Destombes, aussi étudiante en master.

D’autres, à l’image de Célia Benlabed, kiné au quotidien et meilleure marqueuse du groupe, n’avaient jamais vécu cette situation. « C’est ma saison la plus compliquée en 7 ans de carrière depuis que je suis au club. Perdre tout le temps, ça devient mentalement très dur. Certains matchs, on les lâche comme la semaine dernière à Noisy-le-Grand (défaite 36-21). On entre dans un cercle vicieux. » Avant d’esquisser un sourire et de rappeler une évidence : « J’arrive à oublier, car je fais du handball pour le plaisir. Mais dans la vie, il y a plus grave. » Les Lommoises peuvent trouver un autre motif d’espoir. Dans l’autre poule de la division 2, Bergerac collectionne aussi les défaites (1 nul et 13 défaites). Elles les rencontreront lors des playdowns. A la clé peut-être enfin une victoire pour que les sourires ne soient plus seulement de façade.

Florian Decloquement

*Après la phase régulière s’ouvre un deuxième championnat de 8 équipes où s’affrontent les quatre dernières des deux poules. Les matchs face aux équipes de la saison régulière sont déjà comptabilisés. Il reste donc huit matchs aux Lommoises pour se maintenir sachant que les quatre derniers descendent.

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