2005, Paris-Roubaix privé de Trouée

Dans un état déplorable, le célèbre secteur pavé avait été supprimé du parcours. Une prise de conscience bénéfique pour sa sauvegarde.

La Drève des Boules d’Hérin est un mythe en sursis perpétuel. Dangerosité, herbe, boue, pavés trop disjoints… De nombreux problèmes ont souvent posé la question de sa suppression. En 2005, les organisateurs franchissent le pas, et décident de s’en passer. « En réalité, tout commence en novembre ou décembre 2004, raconte François Doulcier, président de l’association Les Amis de Paris-Roubaix. L’organisateur de Paris-Roubaix à l’habitude d’effectuer une reconnaissance des secteurs pavés à cette période. Cette fois, il a trouvé l’état de la trouée d’Arenberg particulièrement dégradé. Pour lui, il y avait des affaissements miniers localisés sur certaines zones. Le pavé était complètement recouvert de boue, de mousse, extrêmement sale. » Amaury Sports Organisation (ASO) juge que la course ne peut se dérouler dans ces conditions. En cas de pluie, les risques de chutes s’avèrent trop importants. Il prend la décision à la fin de l’année 2004. « Nous, on a été mis au courant le 2 ou 3 janvier 2005, continue François Doulcier. L’organisateur a demandé notre aide pour faire un parcours alternatif. »  Jusqu’ici, la Trouée avait tenu bon depuis son introduction en 1968. Même dans le contexte des graves chutes de Johan Museeuw en 1998,  ou de Philippe Gaumont en 2001.  Mais à la détérioration du sol, s’ajoute la vitesse d’entrée dans le secteur, de près de 60 km/h.

L’état déplorable de la Tranchée d’Arenberg fatal à Philippe Gaumont en 2001

 

200 000 euros de travaux

 

Quelques semaines plus tard, l’information sort dans les médias. « La nouvelle a fait l’effet d’une bombe. Les élus sont tombés des nues. On en a parlé énormément. » Si les voix sont tristes de voir disparaître une légende, toutes s’accordent à dire que des travaux sont nécessaires. L’organisateur confirme qu’il reviendra seulement si la Trouée subit un profond changement. « L’emballement médiatique a certainement aidé à la réaction très rapide suite au non passage. Plusieurs réunions techniques ont été organisées, auxquelles nous avons été conviés. A travers elles, on a défini ce que l’on pouvait faire, on a trouvé des financements, et on a cherché à  mettre en place les travaux. Nous voulions que Paris Roubaix retrouve au plus vite sa Trouée d’Arenberg. » Au total, plus de  200 000 euros sont alloués pour redonner un coup de jeune à la légende. Dès le mois d’avril 2005, les organisateurs annoncent son retour. Mais les travaux prennent toute l’année. « On a modifié plusieurs parties, explique François Doulcier. Tout d’abord,  des zones ont été repavées. Les joints des pierres ont été complètement refaits en sable. Ensuite, on a élagué les arbres les plus proches du chemin. » Cette manœuvre est importante. La Tranchée, contrairement à la plupart des secteurs, se situe en plein milieu d’une forêt dense. De fait, la lumière du soleil et le vent passent peu, ce qui empêche le sol de sécher, et de s’aérer. « On a également refait les bas-côtés,  pour que l’eau s’évacue bien. On a modifié la bande de roulement sur les côtés, et mis des barrières pour empêcher les coureurs de d’y passer. »

 

« Elle n’est pas indispensable »

 

Le travail a porté ses fruits, la Trouée d’Arenberg n’a plus disparu depuis. Même si les difficultés demeurent. L’herbe toujours plus présente impose un désherbage thermique sur les neuf cents premiers mètres. On prévoit aussi de mettre de nouveaux joints avec un mortier spécial, pour empêcher les mauvaises herbes de s’installer. Les efforts sont conséquents. Mais la Trouée est-elle éternelle ? « Elle n’est pas indispensable à Paris-Roubaix, selon François Doulcier. En 2005, nous avons eu droit à une très belle édition, marquée par une météo piégeuse. Au final, Tom Boonen a raflé sa première victoire. Il en a gagné trois autres avec la Trouée. Après, quand on parle de Paris-Roubaix à un étranger, il pense tout de suite à Arenberg. » Le mythe survit à l’enfer du temps.

Adrien Toulisse

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