Sagan, San Remo sans les maux ?

Moins de jours de course, peu de victoires. Le triple champion du monde Peter Sagan arrive sur Milan-San Remo dans des standards moins imposants qu’à son habitude. Mais ça ne l’empêchera pas de se présenter samedi au départ de la Primavera pour tenter de gagner une épreuve qui se refuse à lui.

Tous les ans, il croit tomber sur le pire scenario possible. Et tous les ans, pourtant, on lui réserve un nouveau script. Peter Sagan est tombé amoureux de Milan-San Remo. Mais l’idylle est tourmentée et la Classicissima le fait souvent tourner en bourrique.

Le Slovaque a accompagné les attaquants dans le Poggio, tenté sa chance en bas de la descente, patiemment attendu son tour dans le peloton, tout perdu alors qu’il était idéalement placé dans le final. Toutes les physionomies de course y sont passées, et on se demande bien ce qu’il lui manque pour enfin s’imposer.

Sagan possède l’une des pointes de vitesse les plus élevées du peloton. Mais ce n’est pas un pur sprinteur. Le triple champion du monde passe bien les bosses et la présence du Poggio en fin de parcours revient tous les ans comme un dilemme : y laisser des forces ou attendre sagement le sprint massif. L’année dernière, Sagan était le plus fort. Le coureur Bora a voulu mettre toutes les chances de son côté en éliminant les meilleurs sprinteurs, mais il a été pris à son propre piège : Michal Kwiatkowski l’a débordé sur la ligne après un sprint décollé d’école.

TOUJOURS LE PLUS FORT, JAMAIS VAINQUEUR

Peter Sagan tombe toujours sur un adversaire inattendu sur Milan-San Remo. En 2013, dans une édition dantesque rabotée d’une cinquantaine de kilomètres, il est le plus rapide sur le papier des six autres concurrents présents dans l’échappée. Mais il est battu par Gérald Ciolek, revenu de nulle part après une carrière qui n’avait en rien été celle qu’on lui promettait.

Cette année, son bourreau sur Tirreno-Adriatico Marcel Kittel, a pris le temps de la réflexion. Le coureur Katusha s’alignera finalement au départ à Milan pour la première fois. Mais encore faut-il que l’Allemand, pur sprinteur, passe les «Capi», les bosses qui émaillent la fin du parcours. Sagan sera en revanche débarrassé de Fernando Gaviria, qui s’est cassé la main en tombant la veille de l’arrivée de Tirreno. L’ancien lauréat (2009) Mark Cavendish pourrait également représenter une menace, mais le Britannique a très peu couru cette année, meurtri par des chutes à répétition.

Ses trois deuxièmes places sur la course des «Deux Mers» ne l’ont pas forcément rassuré, mais elles ont confirmé sa bonne forme. Sagan a surtout brillé sur les étapes qu’il avait cochées, comme à Filottrano et son final escarpé. Le Slovaque a réglé le sprint du groupe des favoris, quand tous les sprinteurs avaient déjà renoncé.

SAGAN COMPTE LES JOURS

«Il est désormais temps de se concentrer sur l’une des grandes classiques de la saison, Milan-San Remo», a-t-il déclaré après Tirreno. Mais l’objectif est dans sa tête depuis longtemps. Encore plus après sa deuxième place en 2017. L’obsession est tenace.

Le coureur Bora a revu sa préparation cette année et se présente au départ avec le plus petit nombre de jours de course dans les jambes (14) depuis sa première participation en 2011 (15). Il a notamment zappé les premières classiques flandriennes de la saison, le Het Nieuwsblad et Kuurne-Brussel-Kuurne.

Après avoir lancé sa saison très tôt en Australie, sur le Tour Down Under, Sagan a préféré partir en Espagne pour un long stage en altitude à Sierra Nevada. Le Slovaque est passé de l’hiver ibère à la pluie toscane. Sa course de reprise en Europe, sur les Strade Bianche, l’a surpris, l’arc-en-ciel camouflé dans une parka noire, sous une pluie battante. Discret, il a malgré tout pris la 8e place.

Une équipe renforcée

Sagan a souvent dû se débrouiller seul dans le final des classiques. Il n’a pas semblé perturbé pour autant. Mais quelques équipiers peuvent aussi le soulager. Bora-Hansgrohe a donc recruté Daniel Oss, ancien capitaine de route de Greg Van Avermaet, qu’il connaît bien pour l’avoir côtoyé chez Liquigas. L’Italien s’est classé 9e de la Primavera et a même joué sa carte personnelle dans le Poggio en 2015. Un homme de confiance, un homme de terrain.

«Le meilleur ne gagne pas toujours, avait lâché le Slovaque dépité à sa descente du podium l’année dernière. Le résultat est important mais assurer le spectacle pour les fans l’est tout autant. Kwiatkowski me doit quelques bières.» A moins que samedi soir, ce ne soit enfin à lui de payer sa tournée.

Laurent MAJUREL

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