Le Roi Hirscher rejoint Herminator

Battu il y a deux jours à Kitzbuhel par Henrik Kristoffersen, Marcel Hirscher a pris sa revanche hier soir lors du slalom de Schladming. Signant son neuvième succès en treize courses. Avec 54 victoires en Coupe du monde, il a surtout égalé son compatriote légendaire Hermann Maier.

 

Une course en nocturne. 60.000 spectateurs survoltés. Et un sacre attendu. Les légendes s’écrivent souvent dans un contexte singulier. Hier soir, à Schladming (Autriche), tous les ingrédients étaient réunis pour assister à l’exploit de Marcel Hirscher. Et le scénario n’a pas déçu. C’est bien connu, tous les héros ont leur rival. Parfois détestable. Parfois encombrant. Souvent pénible. Dans le film de cette treizième étape de Coupe du monde comme depuis le début de saison, le rôle était endossé par Henrik Kristoffersen. L’ennemi intime. Le Norvégien qui vit et s’entraîne désormais en Autriche, avait un tantinet irrité le public local après sa victoire de dimanche à Kitzbuhel. Certains allant même jusqu’à lui jeter des boules de neige en pleine course. Tout cela parce qu’ils n’avaient d’yeux que pour leur héros national. Sur le point de rejoindre une autre idole, Hermann Maier. Contrairement à Kitzbuhel, tout se déroulait selon le script. Alors qu’il avait terminé troisième de la première manche, relégué à plus d’une seconde de Kristoffersen il y a deux jours (1’05), Hirscher ne commettait pas la même erreur sur les pentes de la Planai. Il prenait les commandes dès la première manche, loin devant le Norvégien (+ 0’20). Mais le suspense restait entier. Le slalom peut réserver bien des surprises. Michael Matt qui enfourchait en seconde manche pour la deuxième fois en 48h symbolisait à lui seul la difficulté. D’autant plus que le viking Henrik se chargeait de mettre une pression d’enfer au sextuple vainqueur du classement général de la Coupe du monde. Une deuxième manche de folie. Un quasi sans-faute en 54’08, seul le Français Clément Noël avait fait mieux. Shladming était plongé dans le doute. Pas Hirscher.

 

Le virtuose modeste

 

Au claquement de ses bâtons, on comprenait que le héros de la soirée était prêt à en découdre. Les cloches retentissaient. Les drapeaux flottaient. Et les piquaient vacillaient au passage du bondissant slalomeur d’1,73m. Kristoffersen avait donné une impression de facilité. Hirscher ajoutait la virtuosité. Il survolait la piste. Chaque virage était une démonstration de fluidité. Ses jambes donnaient la direction. Son buste corrigeait les trajectoires. Ses poings cognaient les obstacles comme des marteaux. A l’arrivée, il allumait vert. 53’89 au chrono. Meilleur temps de la manche. 1’43’56 sur les deux courses. 39 centièmes devant Kristoffersen. Le reste de la meute était relégué à plus de deux secondes (Daniel Yule 3ème en 1’45’69). Signe de la domination du duo infernal. Le Norvégien s’inclinait devant le maître de la discipline. Hirscher et Schladming communiaient. L’Autrichien rejoignait Herminator au panthéon des plus grands skieurs de tous les temps. « J’essaie de ne pas trop y accorder d’importance, de penser à autre chose, mais c’est vrai que c’est incroyable« , reconnaissait-il, à l’issue de la course. Le Roi modeste. Dans quatre jours, à Garmisch-Partenkirchen, il aura l’occasion de décrocher une 55ème victoire. Il visera alors une nouvelle conquête. Les 86 victoires d’Ingemar Stenmark. Le record absolu. Un nouveau chapitre de sa légende. L’histoire est en marche.

 

Grégory MONNOT

 

Hirscher, chasse les records

(article réalisé le 17/01/2018. Mis à jour le 24/01/2018)

 

Le 14 janvier dernier à Wengen, l’Autrichien entrait dans le cercle très fermé des skieurs à cinquante victoires en coupe du monde. Hier à Schladming, il a égalé les 54 victoires de son compatriote Hermann Maier. A bientôt 29 ans, Marcel Hirscher est en train d’écrire l’histoire du ski alpin mondial.

 

« Wengen était la dernière classique que je n’avais pas gagné, je suis super heureux ». Marcel Hirscher pouvait avoir le sourire. Après Val d’Isère, Madonna di Campiglio, Zagreb et Adelboden, il venait d’enchaîner une cinquième victoire d’affilée en slalom cette saison. On n’avait plus vu pareille performance depuis la saison 2005/2006. A l’époque, le descendeur italien Giorgio Rocca avait décroché sa cinquième victoire en janvier 2006 à … Wengen. Le record de victoires consécutives reste la propriété d’Alberto Tomba, avec sept succès. Hircher, lui, avait déjà signé cinq succès en slalom lors d’une même saison, en 2011/12. Avec sa neuvième victoire en douze podiums cette saison, il a déjà atteint son niveau de 2012, sa meilleure saison jusqu’à présent. Il n’est plus qu’à quatre sacres du record de victoires en Coupe du monde sur une seule saison (toutes disciplines confondues), détenu par le suédois Ingemar Stenmark et son compatriote Hermann Maier.

 

Aux côtés d’Herminator

 

Le 4 janvier à Zagreb, Hirscher avait déjà marqué les esprits. En s’imposant sur la huitième étape de l’année, il était rentré dans la caste des plus grands skieurs de la planète. Avec cinquante victoires en coupe du monde, il égalait Alberto Tomba « la Bomba » et rejoignait Ingemar Stenmark ainsi que Hermann Maier, les trois autres références à avoir atteint cette barre mythique. Avant cela, il avait déjà effacé des tablettes des légendes du ski alpin comme le luxembourgeois Marc Girardelli (46) ou le suisse Pirmin Zurbrigger (40). A titre de comparaison, d’autres champions comme Benjamin Raich ou Bode Miller sont respectivement restés bloqués à 36 et 33 victoires. Le premier français de ce classement est Alexis Pinturault avec 21 victoires au compteur. Avec la cinquante-quatrième levée de Schladming, il est déjà au même niveau qu’« Herminator », son compatriote autrichien qui a dominé les années 1990-2000. A ce rythme, Hirscher se dirige tout droit vers un septième gros globe de cristal1, record absolu en la matière.

 

La référence Stenmark

 

Dans la ligne de mire d’Hirscher ne figure plus qu’un seul homme : Ingemar Stenmark. Ce grand slalomeur des années 1970-80 détient encore trois records que Marcel « Cool, Cooler, Hirscher » lorgne de très près. Avec 86 victoires en coupe du monde, dont 40 en slalom et 46 en slalom géant, il est loin devant. Sans compter ses 155 podiums et ses 16 petits globes de cristal2 qui valut à Stenmark d’être élu « Elu skieur du siècle » par l’Equipe. Mais à 28 ans, Hirscher est encore dans les temps de passage. Stenmark avait décroché sa dernière victoire en 1989 du côté d’Aspen. Hermann Maier avait poussé jusqu’à ses 37 ans en 2009 à Lake Louise. Avec une vingtaine de slaloms programmés chaque saison et sauf gros pépin physique, Hirscher est capable d’aller détrôner la légende suédoise.

 

Objectif Pyeongchang

 

Pour être définitivement le plus grand, Hirscher sait que ses records en coupe du monde ne suffiront pas. Seulement vice-champion olympique de slalom aux JO de Sotchi en 2014, son palmarès est encore vierge de titres aux JO d’hiver. Les Jeux Olympiques qui s’ouvriront le 9 février prochain à Pyeongchang, en Corée du Sud, lui offriront l’occasion de marquer encore plus l’histoire de son sport en devenant champion olympique. Chose que Stenmark et Maier avaient fait avant lui. A Lake Placid en 1980 pour le premier. A Nagano en 1998 pour le second. S’il y arrive, Hirscher sera dans le Saint des saints et sans doute plus heureux que jamais.

 

1 : trophée récompensant le vainqueur du classement général de la Coupe du monde, ayant inscrit le plus de points toutes disciplines confondues (slalom, slalom géant, super-G, descente, combiné).

2 : trophée récompensant le vainqueur du classement général de la Coupe du monde, ayant inscrit le plus de points dans une seule discipline.

INFOGRAPHIE « HIRSCHER: GEANT PARMI LES GEANTS »:

https://infogram.com/hirscher-geant-parmi-les-geants-1hnq41nvnvnk63z

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