La « Triple couronne » un rêve (presque) inaccessible

Fernando Alonso va participer en 2018 aux 24h du Mans, après la Formule 1 et les 500 miles d’Indianapolis. Son but : devenir le deuxième pilote de l’histoire à obtenir la « Triple couronne ». Un défi de taille.

C’était un mythe enfoui dans les profondeurs de l’histoire du sport automobile. Tel un trésor fabuleux, on l’évoquait avec les enfants, pour leur écarquiller les yeux. Une légende qui semblait loin de la réalité. La « Triple Couronne ». Et soudain, il ressort d’outre tombe en 2016. Il a suffi d’une annonce. Fernando Alonso, le double champion du monde de Formule 1, déclare qu’il va participer aux 500 miles d’Indianapolis. Tout de suite, la « Triple couronne » est dans toutes les bouches. Malgré un premier échec dans l’Indiana (abandon), il annonce  la couleur, dans les colonnes de Motorsport.com : « J’ai remporté deux fois le Grand Prix de Monaco, et c’est mon ambition de remporter la triple couronne, ce qu’un seul pilote a fait dans l’Histoire : Graham Hill. C’est un challenge difficile, mais je suis prêt pour ça. Je ne sais pas quand j’irai courir au Mans, mais j’ai l’intention de le faire un jour. J’ai seulement 35 ans. J’ai encore du temps pour ça. » Le défi est lancé, et le mythe est de retour.

Qu’est ce que la « triple couronne » ?

En Tennis, on pourrait l’appeler le Grand Chelem. Il s’agit de remporter dans sa carrière le Grand Prix de Monaco, les 24h du Mans et les 500 miles d’Indianapolis. Soit le grand prix de formule 1 le plus prestigieux, la plus grande course d’Endurance, et la plus grande course « américaine », sur ovale. Le titre n’a rien d’officiel, mais il a été utilisé pour mettre en valeur les trois courses qui sont devenues mythiques au fil des décennies. Les épreuves ont été crées au début de l’essor de la course automobile. 1911 pour Indianapolis, 1923 pour les 24h du Mans, et 1929 pour le Grand Prix de Monaco. Après guerre, elles ont intégré divers grands championnats du monde, en monoplace ou en sport prototype, et se sont distinguées pendant l’âge d’or du sport auto, jusque dans les années 80. De Stirling Moss à Jacky Ickx en passant par Bruce Mclaren, beaucoup de légendes du sport auto s’y sont essayé. Si elles intègrent des disciplines bien distinctes aujourd’hui (l’Indy Car, l’Endurance et la Formule 1), elles restent célèbres dans le monde du sport auto pour leurs courses, et pour leurs circuits.

 

Pourquoi est-elle si dure à obtenir ?

Pour gagner en sport automobile, il faut être le meilleur pilote, avec la meilleure voiture. Réunir ces deux conditions dans une discipline est compliqué, ça devient rare dans trois différentes. Il faut avoir du talent, et de la chance. Surtout aux 24h du Mans, où les problèmes mécaniques sont nombreux. Jusqu’ici, seul un pilote a réussi l’exploit : Graham Hill. Le Britannique a commencé sa carrière en 1954. il a remporté son premier grand prix de Monaco en 1963 avant d’en gagner quatre autres (BRM) , les 500 miles d’Indianapolis en 1966 (Lotus) et les 24h du Mans en 1972 (Matra, avec Henri Pescarolo). Soit les trois courses en neuf ans. Un sacré exploit. Pourtant, il a du essayer de nombreuses fois.

 

Le graphique le montre, Alonso risque d’avoir besoin de beaucoup d’essais pour réussir. D’autant que nombre de grands pilotes s’y sont essayés en vain, à une époque où ils changeaient régulièrement de discipline. De Maurice Trintignant à Juan Pablo Montoya en passant par Bruce McLaren, ils sont six à avoir gagné deux des trois courses.

 

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Le dernier à avoir approché le Graal se nomme donc Juan Pablo Montoya. Le Colombien a commencé par une victoire à Indianapolis en 2000, avant d’écumer les grands prix de Formule 1 pendant six ans (victoire à Monaco en 2003). il est ensuite retourné à ses premiers amours américains en 2015. Mais il ne participera pas aux 24h du Mans. Son parcours est atypique. Depuis la fin des années 80, les pilotes se sont hyper spécialisés dans une discipline et y font la majorité de leur carrière. Ce phénomène vient notamment du développement des filières monoplace (Formule 3000, GP2…), Endurance (GT, LMP2, LMP1), et IMSA aux Etats-Unis. Les grands noms actuels du sport auto n’aspirent donc pas à la triple couronne. Jusqu’à un certain Espagnol.

Alonso peut-il le faire ?

Fernando Alonso a 36 ans. C’est encore un bon âge, mais il ne doit pas trainer, surtout à Indianapolis, une épreuve très physique. Sa première participation (abandon) a montré que la victoire sera difficile, même s’il a passé la majeure partie de la course avec le groupe de tête. « Il y a plein de petits détails particuliers pour gagner. Les gens ne comprennent pas c’est très spécifique », reconnaît l’ancien pilote Renault.

En ce qui concerne les 24h du Mans, il a plus de temps. Henri Pescarolo notamment l’a montré, on peut avoir une grande longévité. En 2018, il va découvrir la Sarthe au volant d’une Toyota. La voiture sera favorite de la course, en l’absence d’autres constructeurs de renom au départ. Sa décision de participer dès cette année (et oublier temporairement Indianapolis) n’est peut être pas un hasard. Néanmoins, Le Mans reste aléatoire. Surtout pour la marque japonaise, qui n’a toujours pas gagné en 12 participations. On se souvient des deux dernières éditions, où elle menait avant d’avoir des problèmes mécaniques.

Alonso s’est engagé dans un pari difficile, mais il a le mérite de le tenter, pour redonner ses lettres de noblesse  au mythe du pilote polyvalent.

Adrien TOULISSE

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